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Contestation

La répression policière contre les contestataires se fait plus virulente

Des décharges électriques auraient été infligées à des manifestants détenus à Saïda.

Des cocktails Molotov lancés mercredi, devant la branche de la Banque du Liban, à Saïda. Photo d’archives

À peine les Libanais sont-ils redescendus dans la rue pour protester à nouveau contre la dégradation de leurs conditions de vie, que des arrestations violentes et des mises en détention, qui auraient été assorties de torture, se sont produites, faisant fi des droits de l’homme consacrés par la Constitution et la loi. Des dizaines de protestataires à travers différentes régions (Tripoli, Saïda, Zouk, Zahlé) ont été appréhendés et détenus ces derniers jours dans des conditions déplorables. À la caserne Zgheib de Saïda, certains auraient même subi des tortures au moyen de décharges électriques. Une première depuis le début du mouvement du 17 octobre.

Libéré samedi, Ala’ Antar se trouve toujours à l’hôpital gouvernemental de Saïda. Il avait été arrêté mercredi dernier lors des protestations organisées devant la branche de la Banque du Liban, contre laquelle des cocktails Molotov avaient été lancés. Joint par L’Orient-Le Jour, il n’a pas désiré fournir d’informations concernant les détails de sa détention, se contentant de dire, 48 heures après sa libération, qu’il est « étourdi » et souffre au niveau de son oreille gauche ainsi que de douleurs aux jambes. Le militant a interrompu l’entretien pour aller « vomir ».

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Un membre du Comité d’avocats volontaires pour la défense des manifestants affirme à cet égard que « la peur de relater les faits serait due à une visite récente de membres des services de renseignements de l’armée à l’hôpital gouvernemental de Saïda ». « Un moyen, estime cet avocat, d’intimider les individus relâchés et hospitalisés. » Contactée par L’Orient-Le Jour, Lama el-Amine, membre du même comité, affirme que treize personnes au total ont été arrêtées à Saïda. Ala’ Antar fait partie des sept activistes relâchés samedi après une forte mobilisation du comité. Cinq autres personnes, arrêtées en même temps que lui, avaient été libérées dans la nuit de jeudi à vendredi, tandis qu’une seul reste sous les verrous. « Ce sont les propos des cinq personnes relâchées dans la nuit de jeudi à vendredi qui nous ont laissé penser que quelque chose de proscrit semblait se dérouler à l’intérieur de la caserne », révèle-t-elle, en allusion à des actes de torture qu’auraient subis ceux qui restaient détenus. Comme l’avocate avait entendu que grâce à une requête présentée par le bâtonnier Melhem Khalaf au procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, et au commissaire du gouvernement près du tribunal militaire, Peter Germanos, deux de ses confrères avaient obtenu jeudi l’autorisation inédite de rencontrer des manifestants emprisonnés au siège de la Direction du service des renseignements au sein du ministère de la Défense, Lama el-Amine a sollicité à son tour l’aide de Me Khalaf. Si, malgré le mandat du bâtonnier, l’avocate n’a pu entrer dans la caserne Zgheib, les activistes ont toutefois été transférés sur ordre de M. Germanos au siège de la police judiciaire, d’où ils ont ensuite été relâchés. Me el-Amine déclare que parmi ces militants âgés de 17 à 21 ans, deux, dont un mineur, auraient subi des chocs électriques, tandis que les autres en ont été menacés. Un médecin légiste a établi hier un rapport préliminaire dans lequel il affirme que les jeunes gens nécessitent de recevoir des soins hospitaliers pour quelques jours. Son rapport final est attendu.

Investigations

« Il est inadmissible que des membres des services des renseignements se livrent à de telles exactions pour extorquer des informations », s’indigne Lama el-Amine, qui exhorte le commandement de l’armée à « ouvrir une enquête sérieuse pour identifier les auteurs de ces violences et annoncer dans la transparence les résultats de l’investigation ».

Le commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire, Peter Germanos, a d’ailleurs affirmé hier, dans une déclaration, avoir chargé la branche d’investigations au sein des services de renseignements de l’armée de « mener les enquêtes nécessaires sur les allégations selon lesquelles des détenus dans la région du Sud auraient subi des tortures ».

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Une décision dont se réjouit Jad Tohmé, un autre membre de la Commission de défense des manifestants : « Les parquets doivent se montrer fermes à l’encontre des services sécuritaires lorsque ceux-ci commettent des brutalités policières. » « Infliger des sévices corporels lors d’une arrestation ou d’une détention est une atteinte à la dignité humaine », martèle l’avocat proche du mouvement de contestation, rappelant qu’une loi de 2017 criminalise la torture. « Sanctionner l’auteur d’un délit ou crime est du seul ressort de la justice », ajoute Me Tohmé, soulignant que « c’est aux services de sécurité d’être au service de la justice, et non le contraire ».


À peine les Libanais sont-ils redescendus dans la rue pour protester à nouveau contre la dégradation de leurs conditions de vie, que des arrestations violentes et des mises en détention, qui auraient été assorties de torture, se sont produites, faisant fi des droits de l’homme consacrés par la Constitution et la loi. Des dizaines de protestataires à travers différentes régions...

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État de NON DROIT d’une république bananière dotée d’une monnaie de singe dirigée et administrée depuis des années par des incompétents qui ont pillé et gaspillé l’argent public et qui veulent aujourd’hui en faire payer le prix aux citoyens

Liberté de Penser

08 h 05, le 05 mai 2020

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Commentaires (2)

  • État de NON DROIT d’une république bananière dotée d’une monnaie de singe dirigée et administrée depuis des années par des incompétents qui ont pillé et gaspillé l’argent public et qui veulent aujourd’hui en faire payer le prix aux citoyens

    Liberté de Penser

    08 h 05, le 05 mai 2020

  • Une enquête est promise: une de plus! De mémoire de libanais, a-t-on jamais entendu parler de sanctions prises contre des membres de forces de sécurité? Quand on sait qu'un colonel qui, en public, a donné l'ordre d'abattre un manifestant a été remis en liberté (sous une caution dérisoire). on peut être sceptique sur les résultats d'une telle enquête.

    Yves Prevost

    07 h 04, le 05 mai 2020