La place Saint-Marc à Venise, le 4 mai 2020. Marco Sabadin/AFP
L’Europe, Italie en tête, a franchi hier une nouvelle étape dans le déconfinement de ses populations, mais la plus grande prudence reste de mise face au coronavirus qui a fait près de 250 000 morts dans le monde. Dans de nombreux pays, les coiffeurs notamment ont vu affluer une clientèle hirsute, ravie de pouvoir se faire couper les cheveux après des semaines de confinement, tout en respectant les « gestes barrières ».
À Bruxelles, un téléthon planétaire organisé en ligne par la Commission européenne a permis de lever 7,4 milliards d’euros pour financer la recherche sur un vaccin. Organisatrice de cette conférence des donateurs, qui a reçu le soutien des principaux dirigeants européens mais pas celui de Washington, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a assuré qu’un vaccin « est notre meilleure chance collective de vaincre le virus (...) Nous devons le développer, le produire et le déployer dans tous les coins du monde, à des prix abordables ».
En pleine campagne électorale, Donald Trump a, lui, voulu faire souffler un vent d’optimisme quant à une fin prochaine de la pandémie. « Les médecins vont dire : vous ne devriez pas dire cela », mais « nous pensons que nous aurons un vaccin d’ici à la fin de cette année », a affirmé le président américain dimanche soir à Fox News. Des propos immédiatement relativisés par la communauté scientifique. « Je serais ravi si c’était possible d’y parvenir en quelques mois, mais je trouve qu’il nous faut rester réaliste, cela peut durer aussi des années », a résumé le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn.
« L’urgence n’est pas terminée »
C’est avec d’infinies précautions qu’une quinzaine d’États européens ont à leur tour entrepris hier d’alléger les mesures de confinement imposées depuis des semaines à leurs habitants. À commencer par l’Italie, pays le plus frappé du continent avec près de 29 000 morts, où les habitants sont désormais autorisés à sortir, selon des schémas variant selon les régions. À Rome, Stefano Milano, 40 ans, ne cache pas sa « joie » de regagner un peu de liberté et de pouvoir recevoir un cousin alors que son fils s’apprête à « souffler ses bougies » d’anniversaire. « L’urgence n’est pas terminée », martèle toutefois la ministre de l’Intérieur, Luciana Lamorgese.
Du Portugal à la Serbie, de nombreux autres pays ont également allégé lundi le confinement, l’Autriche, pionnière en la matière, se risquant même à une rentrée scolaire partielle, de même que certains Länder allemands. À Barcelone, Conchi Navarro, coiffeuse de 56 ans, respire à travers un masque, ce qui embue légèrement ses lunettes. « Nous travaillons avec nervosité, pour appliquer strictement le protocole, respecter les mesures de protection, dit-elle. Mais il est important de montrer qu’on fait ça bien, pour que le client n’ait pas peur et revienne se couper les cheveux. »
Le casse-tête des écoles
Hors d’Europe, le Nigeria ou la Tunisie ont aussi levé hier certaines restrictions. « Nous venons de traverser un mois de faim et de peine. Maintenant je peux à nouveau gagner de l’argent et nourrir ma famille », se réjouit Ganiyu Ayinla, chauffeur de minibus à Lagos. Selon l’Organisation mondiale de la santé, seule la découverte d’un vaccin ou d’un remède permettra de mettre fin à la pandémie qui paralyse l’économie mondiale.
Une centaine de projets de vaccins ont été lancés à travers le monde, dont une dizaine en phase d’essais cliniques, selon des données diffusées par la London School of Hygiene & Tropical Medicine. D’ici à la découverte d’un remède, le respect des gestes barrières et de la distanciation sociale reste de mise. Un impératif qui tourne au casse-tête pour les pays qui prévoient de rouvrir les écoles. À l’image de la France, où près de 25 000 morts ont été dénombrés et où cette décision, qui doit prendre effet à partir du 11 mai, suscite la controverse. Sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien, le début du déconfinement prévu le 11 mai a été reporté, car « le virus y circule librement », a indiqué le Premier ministre Édouard Philippe. Au Canada, le Premier ministre Justin Trudeau a reconnu ignorer s’il enverrait ses enfants à l’école s’il habitait au Québec, province où une rentrée est également prévue le 11 mai. « Ça va être une décision extrêmement personnelle pour beaucoup de parents », a-t-il reconnu au micro de Radio-Canada. L’Espagne, où le Covid-19 a fait plus de 25 000 morts, a redécouvert les joies du sport et de la promenade. Le déconfinement du pays doit se poursuivre par phases d’ici à la fin juin. En Allemagne, où la levée des restrictions est déjà bien enclenchée, le ministre des Sports s’est dit favorable à une reprise de la saison de football. Le test de tous les joueurs allemands de 1re et 2e division a montré pour l’instant que sur 1 724 tests effectués dans les 36 clubs concernés (18 dans chaque division), dix ont donné un résultat positif.
La pandémie a fait au moins 247 503 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, dont quelque 144 000 en Europe. Aux États-Unis, pays le plus endeuillé avec près de 70 000 décès, les deux tiers des 50 États ont mis une levée des mesures de confinement à l’ordre du jour, afin de relancer l’économie. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a affirmé dimanche disposer de « preuves immenses » que le nouveau coronavirus provenait d’un laboratoire sensible de la ville de Wuhan, berceau de la pandémie. Des propos jugés « déments et imprécis » par la télévision chinoise CCTV, selon laquelle « le malfaisant Pompeo crache son venin et répand des mensonges sans raison ».
Source : AFP


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