Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, dévoile un mur fait à partir de centaines de masques protecteurs, envoyés des quatre coins des États-Unis. Mike Segar/Reuters
Conséquence du coronavirus, la croissance des États-Unis a chuté pour la première fois depuis dix ans, nouvelle illustration de l’urgence économique du déconfinement entamé dans plusieurs pays, mais toujours sous la menace d’une résurgence de la pandémie qui pourrait concerner à présent directement les enfants.
Partie du centre de la Chine en décembre, l’épidémie de Covid-19 a contaminé depuis 3,1 millions de personnes dans le monde, et fait plus de 217 000 morts malgré le confinement de plus de la moitié de l’humanité, selon une compilation de bilans officiels. Et comme un rappel du danger posé par la maladie, l’apparition dans plusieurs pays européens de cas d’enfants affectés par un syndrome inflammatoire grave, ressemblant à la maladie de Kawasaki, suscite désormais l’inquiétude, car possiblement liée au coronavirus.
L’alerte est partie le week-end dernier d’Angleterre, avec un signalement du service public de santé, NHS England. Dans la foulée, un petit nombre de cas similaires a été mentionné en France, aux États-Unis, en Espagne ou en Belgique. Le phénomène s’est accéléré depuis environ une semaine. Si les enfants affectés évoluent quasiment tous de façon favorable, la préoccupation n’en est pas moins vive, alors que toutes les études ont jusqu’à présent montré que les formes graves de la maladie Covid-19 étaient rarissimes chez les plus jeunes.
À ce jour, les États-Unis sont le pays le plus touché, avec plus d’un million de cas diagnostiqués et 58 351 décès, soit plus que le nombre des militaires américains morts lors de la guerre du Vietnam. En Europe, la pandémie a tué plus de 130 000 personnes, dont les trois quarts en Italie (27 359 morts), au Royaume-Uni (26 097), en Espagne (24 275) et en France (24 087). Le bilan au Royaume-Uni a brutalement augmenté hier, devenant le deuxième plus lourd en Europe après l’Italie, du fait de l’inclusion des maisons de retraite, ont indiqué les services de santé. Jusqu’à présent, les bilans quotidiens du ministère de la Santé n’incluaient que les hôpitaux. De nombreux pays ne comptent pas les morts qui ont eu lieu dans les maisons de repos. La France comptabilise pour sa part les décès dans les Ehpad (Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).
Au Moyen-Orient, la Turquie a officiellement dépassé le chiffre des 3 000 morts provoquées par le coronavirus, a annoncé hier le ministère de la Santé.
Au-delà du drame humain, les indices économiques en chute libre n’en finissent pas de tomber, qui confirment l’impact dramatique de la pandémie sur l’économie planétaire. Après dix années de croissance ininterrompue, les États-Unis ont annoncé hier un recul de leur PIB de 4,8 % en rythme annuel pour le premier trimestre de l’année, selon une estimation préliminaire du département du Commerce. Ceci alors que plus de 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage ces cinq dernières semaines, du jamais-vu. Il s’agit de la plus importante baisse du PIB depuis le dernier trimestre 2008 quand les États-Unis s’enfonçaient dans la crise financière.
Le gouvernement allemand s’attend, lui, à la pire récession depuis le début des calculs en 1970 avec une baisse du PIB de 6,3 % cette année, a annoncé hier le ministre de l’Économie, Peter Altmaier. « Nous allons vivre la pire récession de l’histoire de la République allemande », a-t-il prévenu.
Le trafic aérien mondial, quant à lui, a enregistré en mars la plus forte baisse de son histoire récente avec une chute de 52,9 % par rapport à l’an dernier, retombant au niveau de 2006, a annoncé hier l’Association internationale du transport aérien (IATA). « Mars a été un mois désastreux pour l’aviation », a commenté le directeur général de l’IATA, Alexandre de Juniac, cité dans le communiqué. « La demande a été au niveau de celle de 2006, mais nous avons le double en flotte et en employés », a-t-il noté.
Et ce n’est « que le début »
En écho à cette annonce, le constructeur aéronautique Boeing a confirmé de son côté qu’il allait réduire ses effectifs globaux d’environ 10 % pour faire des économies. Ces suppressions d’emplois se feront via un programme de départs volontaires et des licenciements secs et concernent la division aviation civile, basée dans le nord-ouest des États-Unis, a indiqué le directeur général David Calhoun, qui n’a pas donné de chiffre précis. Boeing emploie quelque 160 000 personnes à travers le monde.
Plusieurs autres grandes compagnies ont déjà annoncé des plans de suppressions d’emploi : 12 000 chez British Airways, 5 000 chez la scandinave SAS, 2 000 chez Icelandair... Airbus a dévoilé hier une perte de 481 millions au premier trimestre. Évoquant « la plus grave crise jamais rencontrée par l’industrie aéronautique », le président Guillaume Faury a prévenu que « nous n’en sommes encore qu’au début ».
Selon une nouvelle étude de l’Organisation internationale du travail (OIT), ce sont 1,6 milliard de personnes dans le monde – les trois quarts des travailleurs informels de la planète – qui risquent de perdre leurs moyens de subsistance au cours de ce deuxième trimestre en raison de la pandémie. Soit, en d’autres termes, près de la moitié des 3,3 milliards de travailleurs sur la planète. Il faut s’attendre à un « impact énorme en matière de pauvreté », a alerté le directeur général de l’organisation, Guy Ryder. Toujours selon l’OIT, les secteurs les plus touchés sont les services d’hébergement et de restauration, l’industrie, le commerce de gros et de détail, l’immobilier et les activités commerciales.
Urgence du déconfinement
Dans ce contexte, l’urgence du déconfinement s’impose de jour en jour, au risque pourtant de relancer la pandémie. La levée des restrictions, toujours progressive, est déjà entamée dans plusieurs pays européens : Autriche, Allemagne, Norvège, Danemark... Dernier en date, la Pologne a annoncé hier la réouverture des crèches, hôtels et centres commerciaux.
En France, « le retour à l’activité est indispensable (...). Nous devons retourner au travail », a martelé hier le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, au lendemain de l’adoption par le Parlement d’un plan de déconfinement. Mais « si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai » pour ne pas prendre le risque de relancer l’épidémie, a prévenu le Premier ministre Édouard Philippe. Au programme : tests massifs, masque obligatoire dans les transports publics et réouverture progressive des écoles et commerces, à l’exception des cafés et restaurants.
En Espagne, la feuille de route du gouvernement prévoit à partir du 9 mai un déconfinement par « phases » jusqu’à « fin juin ». Si les enfants peuvent de nouveau sortir, les écoles, elles, resteront fermées jusqu’en septembre.
En Italie, les mesures restent strictes pour le déconfinement programmé le 4 mai : rassemblements interdits, déplacements entre régions interdits, port du masque obligatoire dans les transports.
En Chine en revanche, berceau de l’épidémie et où la maladie est désormais jugulée, la session annuelle du Parlement, grand-messe du régime communiste, s’ouvrira le 22 mai, a annoncé Pékin.
Enfin, l’Iran se prépare pour une reprise de l’activité dans différents secteurs pour soutenir l’économie, a déclaré hier le président Hassan Rohani, appelant toutefois à suivre les consignes médicales face à la pandémie de Covid-19 qui a encore fait 80 morts supplémentaires dans le pays.
Source : AFP


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