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Liban

Regain de tension à Tripoli après la mort d'un manifestant blessé par balle

Des dizaines de blessés dans les rangs des protestataires et de l'armée depuis lundi.

Des soldats près d'une banque incendiée, le 28 avril 2020 à Tripoli, au Liban-Nord. AFP / Ibrahim CHALHOUB

La tension est remontée mardi à Tripoli, au Liban-Nord, après le décès d'un jeune contestataire blessé lundi soir par balle lors d'une manifestation qui a dégénéré en affrontements avec l'armée. Les manifestations et saccages de banques, ainsi que les affrontements entre protestataires et militaires ont ainsi repris en début d'après-midi, après une nuit de violence qui a fait des dizaines de blessés.  Ces développements interviennent alors que depuis plusieurs jours, le Liban connaît un regain de tensions et les manifestants ont relancé leur mobilisation pour dénoncer une inflation galopante et une dépréciation sans précédent de la livre libanaise, malgré les mesures de confinement qui ont commencé à être allégées depuis lundi.


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La victime décédée dans la nuit de lundi à mardi à Tripoli s'appelait Fawaz Samman, un jeune mécanicien de 26 ans, père d'une fillette de deux ans. Sur Facebook, la sœur de la victime, Fatima Samman, une jeune femme qui manifeste régulièrement contre la classe politique, a annoncé le décès de son frère. "Il est mort des suites de ses blessures après avoir été atteint par une balle réelle, lors des affrontements hier soir entre les révolutionnaires et l'armée à Tripoli", affirme-t-elle. Selon notre correspondante au Liban-Nord, Ornella Antar, Fawaz manifestait lorsqu'il a reçu une balle dans la jambe. Ayant perdu beaucoup de sang, le jeune mécanicien a succombé à ses blessures après avoir été hospitalisé. "Il était descendu pour réclamer ses droits, il n'était pas armé et n'a pas jeté de pierres sur les soldats", a assuré sa sœur Fatima à l'AFP, le qualifiant de "martyr de la révolution". Les funérailles du jeune homme ont eu lieu en début d'après-midi, au milieu d'une foule dense.

Une foule à Tripoli, lors des funérailles, le 28 avril 2020, du jeune Fawaz Samman, tué lors d'une manifestation lundi. Photo AFP / Ibrahim CHALHOUB


"C'est comme cela que l'on exprime sa gratitude ?"
L'armée a exprimé "ses profonds regrets" en annonçant l'ouverture d'une enquête, assurant respecter la liberté d'expression à condition que la mobilisation ne se transforme pas en vandalisme.

Sur Twitter, l'institution militaire a par la suite formulé un reproche aux manifestants de Tripoli, en publiant une vidéo sous le message : "C'est comme cela que l'on exprime sa gratitude ?". Dans cette vidéo de 30 secondes, l'armée passe en revue des images de militaires distribuant des subsides financières aux Libanais démunis, dans le cadre de l'aide sociale mise en place par le gouvernement depuis une dizaine de jours. L'institution fait ensuite défiler des extraits de scènes filmées la veille, lors des violences à Tripoli. Des manifestants lançant des pierres et des cocktails Molotov contre l'armée et des banques apparaissent dans ce spot.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes, journalistes et autres activistes ont réagi avec colère à la vidéo. Certains affirment que "distribuer des aides sociales ne donne pas le droit de tuer des gens". D'autres soulignent que les aides sociales sont un droit en temps de crise et non un don envers lequel ils doivent faire preuve de reconnaissance. Face au tollé qu'elle a provoqué, la vidéo a été retirée un peu plus tard.


Une nuit de violences
Des scènes de guérilla urbaine se sont poursuivies jusqu'à tard dans la nuit, dans une ville de Tripoli envahie par la fumée des gaz lacrymogènes et où retentissaient des tirs de semonce, d'après un vidéaste de l'AFP. Les secouristes de l'Association médicale islamique ont fait état d'un mort et de 27 blessés. Pour sa part, l'armée a annoncé que 40 militaires, dont six officiers, ont été blessés "lors des actes de vandalisme" dans la ville. La troupe a souligné en outre avoir arrêté neuf personnes pour avoir jeté des pétards et des pierres contre le domicile du député Fayçal Karamé, en visant notamment une patrouille militaire qui se trouvait sur les lieux, et pour avoir incendié trois banques et plusieurs distributeurs de billets, ainsi qu'un véhicule militaire visé par un cocktail Molotov. L'armée affirme également que d'autres individus ont lancé une grenade contre une patrouille, blessant un officier et un soldat. Elle souligne que "des quantités de haschisch, des munitions ainsi que cinq bombes lacrymogènes ont été saisies" en possession des individus arrêtés.


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En outre, l'institution précise que sept militaires, dont trois officiers, ont été blessés dans la localité de Biré, dans le Akkar, (Nord), lorsque leur patrouille a été la cible de jets de pierres, de verre et de ferrailles, alors qu'elle tentait de rouvrir une route bloquée. Dans la Békaa, la troupe annonce que trois militaires ont été blessés dans la localité d'al-Aïn, lorsqu'une patrouille qui tentait de rouvrir une route a été la cible de jets de pierres. Trois véhicules de l'armée ont également été endommagés. Quatre personnes ont été arrêtées. Toujours dans la Békaa, à Jdita, une autre patrouille a également été prise à partie par des manifestants, l'armée faisant état d'un soldat blessé. Plus au Sud, sur l'autoroute reliant Khaldé à Saïda, trois soldats ont été blessés dans les mêmes circonstances.



Une manifestante détruit une façade la banque al-Nour à Tripoli.  AFP / Ibrahim CHALHOUB



Nouveaux accrochages
Mardi en début d'après-midi, mardi, un groupe de manifestants à Tripoli a une nouvelle fois vandalisé plusieurs branches de banques, notamment celle de la Banque Libano-française (BLF). Selon les informations de notre correspondante au Liban-Nord, des dizaines de jeunes hommes, souvent à moto, ont poursuivi le saccage de banques qui avait débuté hier. Selon la chaîne LBCI, l'armée s'est déployée dans le quartier de Tall afin de repousser les contestataires. Les militaires ont fait usage de bombes lacrymogènes. La Défense civile est ensuite intervenue afin d'éteindre les flammes à l'intérieur de l'une des banques. Un autre groupe de contestataires lançait des pierres contre des soldats, poussant ces derniers à répliquer à coups de gaz lacrymogènes et de tirs à balles en caoutchouc.Lundi, l'Association des Banques du Liban a annoncé dans un communiqué que les agences bancaires de Tripoli seront fermées mardi et jusqu'à nouvel ordre, jusqu'à ce que le calme soit rétabli.


Kubis réagit
Le coordinateur spécial de l'ONU pour le Liban, Jan Kubis, a réagi dans l'après-midi aux affrontements de Tripoli. "Les tristes événements de Tripoli qui voient s'affronter des manifestants non pacifiques et l'armée libanaise et lors desquelles un manifestant a été tué et plusieurs blessés dans les deux camps constituent un signal d'alerte pour les responsables politiques. Le temps n'est pas au règlement de compte ou aux attaques contre les banques, mais à un plan de soutien concret à la majorité grandissante des Libanais désespérés, pauvres et affamés sur l'ensemble du pays", a écrit M. Kubis sur Twitter.

Le Liban surendetté - et en défaut de paiement depuis mars - a connu en octobre dernier un mouvement de contestation sans précédent contre la classe politique, jugée coupable de corruption et d'incompétence. La rue accuse le secteur bancaire de complicité avec le pouvoir politique et d'avoir accordé des prêts à l'Etat de manière effrénée. La colère contre les banques est également attisée par la dégringolade continue de la livre libanaise face au dollar sur le marché parallèle, entraînant une forte inflation des prix à la consommation. La situation économique du Liban est en outre aggravée depuis mi-mars par les mesures draconiennes de confinement mises en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19.



La tension est remontée mardi à Tripoli, au Liban-Nord, après le décès d'un jeune contestataire blessé lundi soir par balle lors d'une manifestation qui a dégénéré en affrontements avec l'armée. Les manifestations et saccages de banques, ainsi que les affrontements entre protestataires et militaires ont ainsi repris en début d'après-midi, après une nuit de violence qui a fait des...

commentaires (3)

les banques depuis plusieurs mois faisaient des rationnements en devises à raison de 200 et 300 dollars par client, continuaient à tranférer des milliards à l'extérieur du pays

Esber

13 h 12, le 28 avril 2020

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Commentaires (3)

  • les banques depuis plusieurs mois faisaient des rationnements en devises à raison de 200 et 300 dollars par client, continuaient à tranférer des milliards à l'extérieur du pays

    Esber

    13 h 12, le 28 avril 2020

  • La violence a son origine dans l'injustice associée à l'indifférence. A n'en citer qu'une seule vérité : les banques qui depuis plusieurs mois se.m

    Esber

    13 h 07, le 28 avril 2020

  • Quand on coupe le petit filet d'eau qui vous abreuve, faudra pas venir se plaindre qu'on crève de soif. Déjà cette rêve illusion était une grosse rigolade , sil faut en plus se tirer une balle dans le pied....

    FRIK-A-FRAK

    12 h 56, le 28 avril 2020