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À La Une - Liban

Le Parlement légalise la culture du cannabis à des fins médicales, malgré l'opposition du Hezbollah

Les commissions mixtes ont quinze jours pour étudier les propositions de loi sur l'amnistie générale.

Un cultivateur de cannabis dans la Békaa, dans l’ouest du Liban. Photo d’archives AFP

Le Parlement libanais, réuni mardi soir dans le cadre d'une séance législative devant s'étaler sur trois jours, a adopté la proposition de loi du président de la Chambre, Nabih Berry, concernant la légalisation du cannabis à des fins médicales. La proposition de loi avait été préparée par M. Berry, et avait été approuvée fin février par les commissions parlementaires mixtes. Le texte prévoit de légaliser la culture cannabis de type Sativa indica, produit jusqu'à présent de manière illicite dans la Békaa, à des fins thérapeutiques, sans toutefois dépénaliser sa vente et sa consommation.

Le groupe parlementaire du Hezbollah s'est opposé à ce texte, estimant qu’il "n'est pas faisable d'un point de vue économique". Le groupe parlementaire du Parti socialiste progressiste, du leader druze Walid Joumblatt, a de son côté approuvé ce texte, estimant que la loi adoptée permettra "d'assurer des rentrées financières à l'État et de mettre un terme au fléau (du narcotrafic) et à ses répercussions sociales et sécuritaires".

La culture du haschisch est illégale au Liban, la loi punissant de prison le trafic de drogue. Mais cette activité est largement répandue depuis des décennies, notamment dans la région déshéritée de la Békaa (est), où elle était devenue une industrie rapportant des millions de dollars, notamment durant la guerre civile (1975-1990). Selon l'ONU, le Liban est le troisième producteur de drogue au monde, derrière l'Afghanistan et le Maroc. Depuis 2018, les autorités libanaises envisagent une légalisation de la culture du cannabis à des fins thérapeutiques. Outre les coups de filet ponctuels contre les barons du trafic de drogue, l'armée éradique, parfois d'année en année, des milliers d'hectares de cannabis dans la Békaa.


(Pour mémoire, dans Le Commerce du Levant : Pourquoi la filière libanaise du cannabis thérapeutique n’est pas un si bon plan)


Amnistie générale
Par ailleurs, la question polémique de l'amnistie générale, qui devait être étudiée dans le cadre de deux propositions de loi, l'une présentée par Bahia Hariri, députée du courant du Futur, et l’autre cosignée par Yassine Jaber et Michel Moussa, tous deux membres du groupe parlementaire du mouvement Amal, a été renvoyée devant les commissions mixtes. Un délai de quinze jours leur a été accordé afin d'étudier les différents textes proposés  qui ne sont plus revêtus du caractère de double urgence.

Pour ses défenseurs, une amnistie générale permettrait de décongestionner les prisons surpeuplées du pays, tandis que ses détracteurs y voient une mesure populiste visant à redorer le blason des partis qui l'appuient. L'amnistie concernerait quelque 1.200 "détenus islamistes", venant essentiellement de la ville sunnite de Tripoli dominée par le Courant du Futur, ainsi que des milliers d'autres des régions de Baalbek et Hermel, où le Hezbollah et mouvement Amal jouissent d'une grande influence.

Le député Gebran Bassil (chef du Courant patriotique libre, aouniste) s'est à nouveau opposé dans la soirée à une amnistie générale, affirmant que "la pandémie ne peut pas couvrir les crimes. Il ne faut pas faire passer l'amnistie sous prétexte du coronavirus et de politique pénale du gouvernement". "Nous refusons de débattre de l'amnistie sous cette forme", a-t-il ajouté. Nabih Berry lui a rétorqué que "la Chambre a le droit de légiférer".

Plus tôt dans la journée, l'ancien Premier ministre, Saad Hariri, avait de son côté affiché sa position dans un tweet. "Nous avons été clairs depuis le début : nous sommes pour une loi d'amnistie qui exclut toute personne qui a du sang sur les mains. Le point de vue de certains contre une amnistie sert à donner un aspect confessionnel à la question ou à récupérer leur popularité perdue. Cela est immoral et inhumain", avait-il écrit, en allusion aux responsables du CPL.

A ce sujet, le député aouniste Elias Bou Saab a indiqué "ne pas être contre une amnistie générale". "Nous sommes opposés à tout empressement sur cette question. Il ne faut pas que cette loi contienne des lacunes qui permettraient à certaines personnes qui ont participé à des combats ayant fait des morts (dans les rangs de l'armée notamment, ndlr) ou qui ont fait partie de groupes terroristes de sortir de prison", a-t-il indiqué à la chaîne d'informations locale LBCI, en parallèle de la réunion législative. De son côté, le député Ziad Hawat a affirmé au micro de la LBCI "ne pas être opposé à l'amnistie générale, mais à la façon dont la question est mise sur la table, dans les conditions actuelles". "Je vais envoyer une question au gouvernement, concernant l'absence d'un plan stratégique pour développer et agrandir les prisons", a-t-il ajouté. Le député Ibrahim Moussaoui a de son côté affirmé que le Hezbollah "soutient fortement l'adoption d'une loi d'amnistie générale, qui permettrait de faire sortir de prison une grande partie des détenus".

Le Parlement a en outre rejeté le projet de loi qui aurait permis aux députés d'invalider des décisions administratives. M. Berry a notamment voté contre ce projet, après qu'il ait été rejeté par le Premier ministre, qui a argué qu'une telle loi porterait atteinte à la séparation des pouvoirs.

Lors de sa séance matinale, les députés avaient déjà adopté une série de lois, sur un ordre du jour de 66 articles, notamment la version amendée de la loi encadrant la lutte contre la corruption qui avait été renvoyée au Parlement par le chef de l'Etat, Michel Aoun.


Pour mémoire
Au Liban, les producteurs de haschich victimes... de la surproduction



Le Parlement libanais, réuni mardi soir dans le cadre d'une séance législative devant s'étaler sur trois jours, a adopté la proposition de loi du président de la Chambre, Nabih Berry, concernant la légalisation du cannabis à des fins médicales. La proposition de loi avait été préparée par M. Berry, et avait été approuvée fin février par les commissions parlementaires mixtes. Le...

commentaires (8)

Hezbollah n'est pas d'accord avec la légalisation de la culture du haschisch. Logique: cela va faire chuter les prix. Les petits cultivateurs vont en profiter tandis que les gros trafiquants vont voir leurs profits baisser

Yves Prevost

07 h 52, le 22 avril 2020

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Commentaires (8)

  • Hezbollah n'est pas d'accord avec la légalisation de la culture du haschisch. Logique: cela va faire chuter les prix. Les petits cultivateurs vont en profiter tandis que les gros trafiquants vont voir leurs profits baisser

    Yves Prevost

    07 h 52, le 22 avril 2020

  • Yen a qui s’opposent, yen a qui s’en moquent, yen a qui doutent... Médicale ou pas, l’essentiel c’est que ça génère des revenus, et si ya des dérives alors il faudra améliorer la réglementation de ce secteur. En attendant chacun fait gaffe à sa famille et ca ira, médical ou pas, légal ou pas.

    Chady

    01 h 07, le 22 avril 2020

  • Je plussoie un commentaire précedent, "..à des fins médicales et HN s'y oppose... "il faut dire ça très vite, mdr!

    Je partage mon avis

    23 h 10, le 21 avril 2020

  • Déjà qu'ils n'arrivent pas à maitriser les personnes non confinés.ils n'arrivent pas à assurer le traitement des ordures ménagères. Les voitures sans plaques minéralogiques..des "scooters" par dizaines zigzaguent entre les voitures sans crainte de contrôle..et là?? ils vont contrôler la culture de la drogue..ils sont forts:)

    radiosatellite.online

    22 h 28, le 21 avril 2020

  • On interdit...On censure films et livres sous pretexte que les libanais ne sont pas assez adultes pour comprendre. On emprisonne des gens sous des pretextes divers..Et là?? On va retrouver des milliers de commercants qui vont vendre et exporter leurs cultures de hash sous couvert médical.

    radiosatellite.online

    22 h 26, le 21 avril 2020

  • Enfin je peux rentrer au pays j’ai de quoi me faire supporter les âneries de notre élite politique.

    PHENICIA

    21 h 45, le 21 avril 2020

  • TOUTE LA PRODUCTION IRAIT POUR DES FINS MEDICALES ? DE LA BLAGUE !

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    21 h 21, le 21 avril 2020

  • A des fins médicales !! Hahahahaha Le Hezbollah s’y oppose... La démocratie en fonctionnement..Que c’est beau tout ça ! Hahahahaha

    LeRougeEtLeNoir

    20 h 20, le 21 avril 2020

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