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Politique - Mobilisation générale

Des « avions privés » loués pour rapatrier les Libanais bloqués à l'étranger

Parallèlement à l’opération de rapatriement officiel, des jets appartenant à des hommes d’affaires ou des entreprises continuent d'atterrir à l'AIB.


Si la première phase de l’opération de rapatriement des Libanais bloqués à l’étranger depuis la fermeture de l’aéroport a été dans son ensemble couronnée de succès, il n’en reste pas moins qu’elle a donné lieu à une série de rumeurs, notamment selon lesquelles des Libanais auraient été rapatriés à bord d’« avions privés appartenant à des personnalités politiques ». Si plusieurs sources affirment qu’il s’agissait, en fait, d’avions privés non liés à des politiques, la propagation rapide de ces rumeurs en dit long sur la sensibilité et la prépondérance, dans le paysage libanais, de la question du clientélisme politique.

Ces rumeurs, relayées par certains journaux et certaines chaînes de télévision, visent essentiellement Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre, et Nabih Berry, président du Parlement. Selon certaines de ces rumeurs, des « avions privés » auraient été affrétés, avec l’appui de M. Bassil, pour rapatrier des Libanais, notamment d’Afrique, via Istanbul, et de Paris. Les faits se seraient produits le 25 mars dernier, soit avant le début du rapatriement officiel qui a commencé le 5 avril. D’autres opérations de rapatriement par des moyens similaires se seraient poursuivies les jours suivants, toujours à bord de « jets privés » en provenance de nombreuses capitales principalement africaines, d'après certains médias.

Également au cœur de ces rumeurs, le chef du mouvement Amal, qui avait menacé il y a quelques semaines d’ordonner aux ministres relevant de sa formation de suspendre leur participation au gouvernement si ce dernier s’obstinait à ne pas assurer le retour des Libanais qui le souhaitent. Certains avaient vu, dans cet ultimatum, un souci de la part de M. Berry de contenter les chiites d’Afrique, parmi lesquels se trouvent de grosses fortunes, une clientèle politique importante pour Amal.

Cible collatérale de ces rumeurs, le gouvernement de Hassane Diab qui, tout en martelant, dans un premier temps du moins, la nécessité de garder l’AIB fermé pour des raisons sanitaires, aurait plié sous la pression de M. Berry et, pire, fermé l’œil sur les avions « clandestins » destinés à exfiltrer des proches et amis de figures politiques soucieuses d’entretenir leur clientèle.


(Lire aussi : Quels seraient les enjeux d’un déconfinement progressif ?)


« Taxi aérien »
Qu’en est-il réellement ? Y-a-t-il eu une intervention directe ou indirecte de la part de Gebran Bassil, de Nabih Berry ou encore de l’ancien Premier ministre Nagib Mikati qui possède un avion privé, dont le nom a également pu être mentionné par certains médias au sujet de ces rapatriements particuliers ?

Le chef du CPL, à qui collent des rumeurs selon lesquelles il serait lui-même propriétaire d’un jet privé, a démenti ces informations, dénonçant, dans un tweet publié le 9 mars dernier « les rumeurs et les mensonges » qui circulent à son propos. Il a, par la même occasion, souhaité que « les auteurs puissent mettre en quarantaine leurs mensonges ne serait-ce que quelque temps ». Dans les milieux du CPL, on s’offusque de ce type d’accusations « destinées à ternir un peu plus l’image de M. Bassil ». « Pour la énième fois, le chef du CPL ne possède pas d’avion privé », martèle une source aouniste.

S’il est difficile à ce stade de prouver que certains, parmi les Libanais rapatriés, ont pu bénéficier d’une intervention quelconque de la part de leur parrain politique, une chose semble pour l’heure certaine : l’arrivée de ces Libanais pressés de rentrer et ne pouvant attendre leur tour sur les longues listes d’attente officielles, « n’aurait rien d’irrégulier » et s’inscrirait dans le cadre d’un mécanisme autorisé par le gouvernement lui-même, affirment plusieurs sources concordantes proches de l’affaire.

Les autorités de l’aéroport démentent, elles, des « rumeurs infondées » et affirment qu’« aucun avion privé appartenant à des politiques n’a servi de moyen de transport pour les ressortissants libanais rapatriés ». « Les avions privés de Nagib Mikati et de Mohammad Safadi (ancien ministre) sont cloués au sol depuis le depuis le début de la crise. Quant à celui de Saad Hariri, il a été utilisé par l’ancien Premier ministre pour aller en France », assure une source informée. M. Hariri est rentré au Liban vendredi.

« Plusieurs personnes, dont des ressortissants libanais ou des hommes d’affaires, ont des jets privés qu’ils louent. C’est une sorte de taxi aérien dont les services sont soumis à une réglementation spécifique », explique à L’Orient-Le Jour le directeur de l’aéroport et directeur par intérim de l’aviation privée, Fadi el-Hassan. Les avions dits privés sont opérés par le biais d’agences reconnues qui s’en servent pour transporter soit des personnes, soit de la marchandise, poursuit-il. Ces appareils, de petite ou moyenne taille, ne sont pas comptés parmi la flotte commerciale mais doivent recevoir au préalable l’autorisation de la Direction générale de l’aviation civile qui scrute également en amont les noms des passagers et les pays de provenance. La MEA possède deux de ces avions, que la compagnie loue régulièrement à des hommes d’affaires ou à des sociétés privées « comme en ce moment », précise une source informée. Le directeur de l’aéroport affirme de son côté que pour la seule journée de lundi dernier, seize de ces avions ont atterri à l’aéroport de Beyrouth. Les passagers à bord ont été tous soumis aux tests de dépistage du coronavirus, comme le préconise le mécanisme en place pour le rapatriement des Libanais de l’étranger dans le cadre de la mobilisation générale. Certains passagers ont d'ailleurs été testés positifs, dont trois venant du Liberia et un venant de Grande-Bretagne. « Nous n’avons rien à cacher », assure M. el-Hassan.

« Depuis l’instauration de l’état de mobilisation générale le 15 mars dernier, le recours aux avions privés a pris de l’essor, d’autant que ce moyen exceptionnel de transport a été exempté de la décision prise en Conseil des ministres suspendant les vols commerciaux traditionnels », confie une autre source informée ayant requis l’anonymat. Cette décision prévoyait des exemptions pour les avions de fret, les avions militaires ou les appareils transportant des équipes médicales, les délégations diplomatiques, les unités de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) et les experts chargés des opérations de forage au niveau du bloc 4. Ce que le directeur de l’aéroport et la source précitée ne disent pas cependant, c’est que la tâche incombant aux avions affectés au fret et au transport de marchandises a été interprétée de manière large pour inclure le transport par jets privés de personnes.


(Lire aussi : Coincés à Goa : ces Libanais oubliés à l’autre bout du monde)



Coût du transport privé

Un ancien responsable de l’aéroport qui a requis l’anonymat préfère mettre les informations infondées relayées par certains médias sur le compte d’« un malentendu provoqué par la terminologie d’’avions privés’ » et non sur des considérations de politique politicienne. « Beaucoup de Libanais optent pour la location de jets privés et n’ont pas besoin de recourir aux responsables politiques », indique-t-il, précisant que des avions non libanais ont été loués auprès de sociétés allemandes et suisses pour rapatrier plusieurs ressortissants.

Selon un expert, le trajet coûte autour de 10 000 dollars par heure de vol, un tarif qui peut augmenter ou baisser selon le type d’avion et le type d’équipage. Les passagers (les avions de taille moyenne peuvent accueillir au maximum une vingtaine de personnes) peuvent se cotiser pour régler le prix total. Pour les avions plus petits du genre Cesna, il faut compter environ 3 000 dollars l’heure, toujours selon l’expert. « Nous sommes en temps de crise. Toutes les ressources disponibles devraient être mises à profit, surtout que le nombre de Libanais souhaitant rentrer augmente jour après jour », précise-t-il.


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Si la première phase de l’opération de rapatriement des Libanais bloqués à l’étranger depuis la fermeture de l’aéroport a été dans son ensemble couronnée de succès, il n’en reste pas moins qu’elle a donné lieu à une série de rumeurs, notamment selon lesquelles des Libanais auraient été rapatriés à bord d’« avions privés appartenant à des personnalités politiques...

commentaires (12)

Rien que de lire cet article ça me donne envie de vomir. Comment dans un si petit pays, avec les investigations de la presse (il faut le dire, ridiculement efficace)on est incapable de savoir? d'une part si Mr un tel ou un tel possède ou pas un avion, et d'autre part? comment un tel ou un tel a réussi à amasser une telle fortune en partant de rien? Comment est ce possible? Aucun curieux dans ce pays n'a eu l'idée de chercher à savoir?

Citoyen

17 h 14, le 18 avril 2020

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Commentaires (12)

  • Rien que de lire cet article ça me donne envie de vomir. Comment dans un si petit pays, avec les investigations de la presse (il faut le dire, ridiculement efficace)on est incapable de savoir? d'une part si Mr un tel ou un tel possède ou pas un avion, et d'autre part? comment un tel ou un tel a réussi à amasser une telle fortune en partant de rien? Comment est ce possible? Aucun curieux dans ce pays n'a eu l'idée de chercher à savoir?

    Citoyen

    17 h 14, le 18 avril 2020

  • Ils sont teste pour le covid a leur arrive? Saad a il etait teste ?

    Roger Xavier

    14 h 53, le 18 avril 2020

  • Y en a qui ont acquis leur jet à la sueur de leur front et ils payent pour ceux qui l'ont acquis à la force de leur magouille. Dommage qu'au Liban, comme par exemple au Japon ou en Allemagne on ne puisse pas entendre dire , si ce mec est arrivé à en POSSÉDER un , donc moi je vais bosser dur pour pouvoir m'en payer un à mon tour. Tellement l'esprit est embrouillé par l'idée que tout s'obtient par la magouille chez nous. Si je devais un jour pouvoir m'en offrir un qu'à cela Dieu ne plaise , j'appellerai mon jet privé "WINGS OF HOPE" .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 05, le 18 avril 2020

  • Le miracle de "La multiplication des pains". Comment un individu devenu un homme politique qui s'était marié en vendant un bien immobilier, peut-il affréter des avions privés pour rapatrier des amis d'Europe et d'ailleurs ? Où est le "Cabinet international d'audit" sur les milliards virés à l'étranger, en Suisse et dans les Caraïbes ? Est-il déjà devenu un "Comité Gustave" ?

    Honneur et Patrie

    12 h 01, le 18 avril 2020

  • parlant d' exfiltration ,ce memes avions seront/seraient utilises aussi par les dizaines/centaines de personnes qui risquent d'etre poursuivies pour vol, corruption et autres crimes aux fins de fuire la justice....

    Gaby SIOUFI

    11 h 21, le 18 avril 2020

  • Encore une fois le pays reste un Liban de tribus . Chaque religion a sa république et ses pistons .

    Antoine Sabbagha

    08 h 23, le 18 avril 2020

  • Cet article est complètement vide. Si quelqu'un a les moyens de se payer un déplacement en jet privé, ou est le problème?

    Mago1

    03 h 53, le 18 avril 2020

  • Incroyable cette manie des libanais de jalouser tout ce qui devrait être des privilèges des "un peu plus riches que môa ! C'est d'une anthipqthie exécrable !

    Chucri Abboud

    03 h 01, le 18 avril 2020

  • Mais d’où est venu l’argent pour acheter ces jets? Rien qu’avec cela on peut les arrêter ces malfrats

    PHENICIA

    02 h 19, le 18 avril 2020

  • C’est bien ça, on parle du fameux 1% de la population qui détient une fortune équivalente, sinon plus, que les avoirs combinés de > que 80% du reste de la population, classe moyenne incluse... A savoir près de 40 à 50.000 individus ultra-riches, allant de fortunes de quelques millions de $ à des milliardaires et multi-milliardaires de toutes sortes... Ces gens-là se promènent régulièrement en jets privés où de location comme le commun des mortels ferait une petite promenade en montagne, pour joindre leurs multiples propriétés disséminées de par le monde... Et pensez-vous que quelques dizaines de milliers de $ vont les déranger pour les ramener ainsi que leurs associés, acolytes et membres de leurs familles au bercail? Le hic dans cette histoire, c’est leur arrogance, leurs allégeances politiques et leurs statuts privilégiés qui leur font passer outre les recommandations gouvernementales concernant de fermeture totale de l’aéroport à tout trafic commercial! Encore une histoire de gros sous, et de magouilles qui sont à la base de la révolte populaire!

    Saliba Nouhad

    01 h 46, le 18 avril 2020

  • Toujours du clientélisme et infractions aux règles.

    Esber

    00 h 51, le 18 avril 2020

  • JE NE POSSEDE PAS D,AVION PRIVE EN MON NOM... IL EST AU NOM DE (?)... DEVINEZ SI VOUS LE POUVEZ !

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    00 h 34, le 18 avril 2020

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