Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Décryptage

Coronavirus : après la crise, le moment chinois ?

Pékin a réussi le tour de force de retourner la situation à son avantage, mais la dynamique pourrait à nouveau s’inverser.

Une photo d’une usine de fabrication de masques à Nanchang, le 8 avril 2020. Photo AFP/STR

Les regards du monde entier sont braqués sur la Chine qui, doucement, prudemment, sort du confinement tout en guettant l’arrivée d’une possible seconde vague d’épidémie. Les usines ont certes rouvert leurs portes, mais le pays est loin d’un retour à la normale – trop tôt, donc, pour crier victoire.

Mais la petite musique triomphante commence à résonner alors que Pékin a réussi en quelques mois un pari de taille : celui de retourner la situation à son avantage. Hier touchée de plein fouet par la crise du coronavirus et accusée d’en avoir dissimulée l’origine, la Chine a depuis réussi à endiguer l’épidémie et se présente aujourd’hui comme un modèle susceptible de venir en aide aux autres pays.

Oubliés les errements d’un régime décrié pour son autoritarisme en début de crise. Exit les mensonges officiels, l’opacité de l’État et la censure des médecins chinois pour étouffer les rumeurs d’épidémie. Exit aussi les conséquences – fatales – liées au retard de plusieurs semaines pour donner l’alerte aux autorités internationales. La Chine a sorti la tête de l’eau au moment où le reste du monde, Occident en tête, est en pleine tempête. De là à la désigner comme grande gagnante de la crise du coronavirus, il y a un pas qu’il est certainement hâtif de franchir. La pandémie confirmera-t-elle le basculement vers l’est et marquera-t-elle le début de l’ère chinoise ? La question est légitime, mais il faut attendre la fin du match pour compter les points.


(Lire aussi : Zéro mort en Chine, une première depuis le début de l’épidémie)


Absence américaine
Pékin peut compter sur plusieurs atouts de poids. Après le scepticisme de départ, et en dépit des doutes persistants sur l’exactitude des chiffres officiels, le confinement chinois est devenu un modèle de performance dans la gestion internationale de la crise. En Europe comme au Moyen-Orient, les mesures de distanciation sociale et de confinement strict s’imposent comme garants d’une maîtrise efficace de la chaîne de contamination. Les médias prennent le cas chinois comme point de référence et, depuis mars, des officiels tiennent des réunions en visioconférence avec des pays d’Afrique et du Moyen-Orient afin de partager leurs expériences. Les observateurs voient dans ce travail de communication, ou effort de propagande, une des marques du régime qui se manifeste encore par une reprise des théories du complot faisant mention d’une responsabilité américaine dans l’origine du virus. « La propagande extérieure n’est pas nouvelle, elle fait partie des missions essentielles du Parti communiste au pouvoir, en Chine comme hier en URSS, et du mode de fonctionnement du système », rappelle Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique et auteure de La puissance chinoise en 100 questions (Tallandier, Paris).

La centralité de la Chine sur la scène internationale s’illustre également par son rôle stratégique dans la chaîne de production – notamment sa fonction première dans l’approvisionnement en médicaments et en matériel médical. Afin de convaincre de l’efficacité de la diplomatie sanitaire, les autorités savent mettre en avant les initiatives privées de compagnies comme Alibaba Foundation ou Huawei, qui proposent l’envoi de matériel sanitaire aux pays qui en ont besoin. Alors que les gouvernements du monde entier adoptent une terminologie militaire dans leurs combats contre le Covid-19, la Chine prouve, si besoin était, que la puissance ne se mesure pas seulement à l’aune des moyens militaires. Cette politique active dans le domaine sanitaire s’inscrit dans le projet pharamineux des routes de la soie, lancé en 2013 et visant à pérenniser la présence chinoise dans 68 pays du monde.

Le leadership émergent de Pékin profite surtout du retrait volontaire des États-Unis, qui semblent avoir renoncé à leur multilatéralisme traditionnel pour choisir le repli national.

« L’administration de Donald Trump a adopté une approche mercantiliste au sein de laquelle règne une doctrine égoïste de “l’America-first”, ce qui implique qu’il refuse d’aider ses alliés, et d’assumer un rôle de leadership sur la scène internationale », note Jonathan Fulton, professeur associé à la Zayed University de Dubaï. De son côté, l’Union européenne, essoufflée et dépassée par une succession de crises – monétaire, politique, migratoire –, semble bien en peine pour coordonner la solidarité à l’intérieur même de ses frontières.

L’évolution du rapport de forces semble ainsi accélérer la reconfiguration de l’équilibre États-Unis/Europe/Chine, au profit de cette dernière. « Il est clair que l’écart de puissance entre les États-Unis et la Chine a commencé à se réduire depuis longtemps, bien avant la crise de Covid-19, et que le processus s’est accéléré ces dernières années », ajoute Jonathan Fulton pour qui, si la Chine sort victorieuse, ce n’est que parce que « les États-Unis ont abandonné toute ambition de leadership mondial et ont libéré un espace à conquérir pour la Chine ».


(Lire aussi : Pour le FMI, la reprise en Chine est « encourageante » mais l’incertitude toujours « immense »)




« Rien n’est moins sûr »
La dynamique actuelle pourrait toutefois ne pas durer. L’opacité des données officielles et les incertitudes qui persistent autour du bilan épidémique, notamment du nombre de morts, pourraient d’abord relativiser l’efficacité proclamée du modèle chinois si les chiffres devaient être revus à la hausse. Les avancées diplomatiques pourraient ensuite être ébranlés par une seconde vague épidémique : « Dans les pays en développement, notamment en Afrique, le soutien à la Chine est intéressé, et une flambée de l’épidémie venant de Chine pourrait remettre en cause les positions acquises », estime Valérie Niquet.

Enfin, le modèle chinois est largement dépendant de ses exportations et de la reprise du commerce mondiale ; or les pays du monde entier sont en train de prendre la pleine mesure de leur dépendance à l’économie chinoise. Ainsi, si la pandémie entraîne « un tournant vers moins de mondialisation, les capacités d’exportation de la Chine en pâtiront », note Jonathan Fulton. La production industrielle comme levier diplomatique pourrait donc, à terme, se retourner contre Pékin si les gouvernements décidaient demain de reprendre le contrôle de leurs chaînes de production. « La production de masques en nombre est un atout dont la Chine a tenté de profiter, mais qui semble pousser les pays partenaires clients à retrouver une plus grande autonomie dans des domaines stratégiques comme la santé », observe Valérie Niquet.

Grande gagnante alors la Chine ? « Rien n’est moins sûr », pour Valérie Niquet. Il est beaucoup trop tôt pour savoir exactement la manière dont se passera le déconfinement en Chine et le coût considérable, social et économique, de cette stratégie. Dans les pays développés, et notamment aux États-Unis mais également en Europe, la responsabilité de Pékin, en raison du manque de transparence de son système politique dans l’éruption puis l’extension de l’épidémie, est pointée du doigt. Elle nourrit certains discours sur la délocalisation de la production, le rôle du multilatéralisme, les stratégies d’influence de la Chine dans les instances internationales… « Les pays qui ont multiplié les “remerciements” à la Chine sont des pays qui étaient déjà très proches de Pékin. Enfin, en Europe, la stratégie de division et de propagande des masques de la Chine a été très mal vue », estime Valérie Niquet.



Lire aussi
Quels aliments, quels remèdes contre le Covid-19 ?


Les regards du monde entier sont braqués sur la Chine qui, doucement, prudemment, sort du confinement tout en guettant l’arrivée d’une possible seconde vague d’épidémie. Les usines ont certes rouvert leurs portes, mais le pays est loin d’un retour à la normale – trop tôt, donc, pour crier victoire. Mais la petite musique triomphante commence à résonner alors que Pékin a...

commentaires (5)

À chacun son sentiment , personne ne pourra jamais rien affirmer. Mon sentiment est que la Chine a été victime d'une attaque bactériologique de la part de l'occident , le centre de virologie à WuHan à été monté par les français et inauguré par Yves Levy l'époux de la Buzyn qui a mis la CHLOROQUINE en produit vénéneux en janvier , alors que cela est faux . Les chinois hyper disciplinés se sont sortis d'affaire et ont dû contre-attaquer sur les occidentaux . À en croître ce qu'on lit dans cet article ils se remettent au travail mais craignent une seconde vague, ce qui se traduit par une contre-contre-attaque des occidentaux qui ont été ceux qui ont parlé de guerre en 1er , Macron et trump-pète . Entre temps les gens meurent comme des mouches dans cette guerre à la 5G chinoise qui a fait comprendre aux occidentaux qu'ils avaient pris au bas mot 20 ans de retard. Moralité de mon analyse : l'occident arrogant et moralisateur a trouvé face à lui une grosse pointure à qui parler , 1 Milliard et demi d'habitants c'est plus dur à effacer que quelques centaines de millions. Le monde a glissé en 3 semaines et l'abus de est encore loin d'être atteint . Merci de publier sans vexations svp .

FRIK-A-FRAK

12 h 40, le 10 avril 2020

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • À chacun son sentiment , personne ne pourra jamais rien affirmer. Mon sentiment est que la Chine a été victime d'une attaque bactériologique de la part de l'occident , le centre de virologie à WuHan à été monté par les français et inauguré par Yves Levy l'époux de la Buzyn qui a mis la CHLOROQUINE en produit vénéneux en janvier , alors que cela est faux . Les chinois hyper disciplinés se sont sortis d'affaire et ont dû contre-attaquer sur les occidentaux . À en croître ce qu'on lit dans cet article ils se remettent au travail mais craignent une seconde vague, ce qui se traduit par une contre-contre-attaque des occidentaux qui ont été ceux qui ont parlé de guerre en 1er , Macron et trump-pète . Entre temps les gens meurent comme des mouches dans cette guerre à la 5G chinoise qui a fait comprendre aux occidentaux qu'ils avaient pris au bas mot 20 ans de retard. Moralité de mon analyse : l'occident arrogant et moralisateur a trouvé face à lui une grosse pointure à qui parler , 1 Milliard et demi d'habitants c'est plus dur à effacer que quelques centaines de millions. Le monde a glissé en 3 semaines et l'abus de est encore loin d'être atteint . Merci de publier sans vexations svp .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 40, le 10 avril 2020

  • EN TOUS CAS S'IL Y A UNE LECON A APPRENDRE C'EST L'ERREUR COMMISE PAR LES PAYS INDUSTRIALISES DE "METTRE TOUS LEURS OEUFS DANS UN MEME PANIER", EN L'OCCURRENCE CHINOIS, CONSEQUENCE DE CETTE MONDIALISATION ( FRENESIE POUR DES PROFITS EXAGERES) QU'IL FAUDRA IMPERATIVEMENT REVOIR, A COMMENCER PAR RAPATRIER LES INDUSTRIES ET SERVICES DELOCALISES ( N'ETAIT CE PAS UNE IDEE DE TRUMP ? ) ET DONC ACCEPTER DES PROFITS MOINDRES EN ATTENDANT UNE STABILISATION QUI PROFITERAIT AUX PEUPLES DU MONDE ENTIER PAS SEULEMENT A CEUX DE CES PAYS LA.

    Gaby SIOUFI

    11 h 57, le 10 avril 2020

  • Un principe adopté par toutes les justices du monde veut que le criminel ne puisse profiter de son crime. Il serait profondément immoral que la Chine, responsable par ses mensonges et ses dissimulations de la pandémie, puisse en tire un avantage financier et commercial. Cette crise devrait être l'occasion de relancer les industries nationales écrasées par la concurrence des produits chinois.

    Yves Prevost

    07 h 55, le 10 avril 2020

  • Peine perdue , rien n'y fait : La Chine a déjà BEAUCOUP GAGNÉ .

    Chucri Abboud

    03 h 26, le 10 avril 2020

  • LA CHINE REMPLIT LE VIDE LAISSE HELAS PAR L,AMERIQUE.

    LA LIBRE EXPRESSION

    00 h 34, le 10 avril 2020

Retour en haut