SUR LE WEB

Du collectif à l’intime dans l’espace virtuel

Maria el-Hage, étudiante à la faculté des sciences de l’USJ, revient sur les bienfaits que procure l’écriture régulière d’un blog en ligne. À découvrir sur https://foundanewhome.wordpress.com/

Dans ces temps difficiles où elle se trouve confinée dans la maison familiale au Liban-Sud, complètement recluse avec ses parents, Maria el-Hage dit tout faire pour « rester positive autant que possible ». Photo Christian el-Hage

« Found a New Home », c’est le nom que Maria el-Hage a choisi pour son blog, une sorte de journal à la fois intime et public qu’elle alimente d’articles depuis ses seize ans. Aujourd’hui qu’elle en a vingt et un, cette étudiante en 3e année de sciences de la vie et biochimie à l’USJ vante les bénéfices que cette pratique régulière de l’écriture a apportés dans sa vie : « J’étais en seconde quand je me suis lancée dans cette aventure. Je sentais que j’avais des opinions qui méritaient d’être entendues et j’avais besoin de m’exprimer. À l’époque, je suis passée par des phases difficiles, je racontais surtout mes souffrances. Un jour, j’ai décidé d’écrire des posts plus positifs, plus motivants, et même parfois scientifiques. Pour me réconcilier avec moi-même et pardonner aux gens avec qui j’ai été en conflit dans ma vie. Voilà pourquoi je dis que mon blog est un journal de thérapie. »

La dimension thérapeutique est clairement décelable derrière les motivations de la jeune étudiante. Cet aspect, on ne le trouve d’ailleurs pas seulement dans son rapport à l’écriture, mais aussi dans ses centres d’intérêt et ses choix d’études et de carrière pour l’avenir : « Au départ, je voulais suivre un master en neurosciences après ma licence, vu que je suis une passionnée des questions de la pensée, de la mémoire et du comportement. Mais au Liban, la recherche dans ces domaines n’est pas très encouragée, et si je poursuis des études en France, j’aimerais revenir par la suite travailler au Liban. Il a fallu alors modifier mes orientations », explique-t-elle, avant de préciser que c’est dans les sciences alimentaires qu’elle a finalement trouvé le compromis. Elle a d’ailleurs déjà postulé à plusieurs masters en sciences alimentaires en France. « Selon l’université, selon la situation ici et en France, je partirai. Ce ne sera pas facile, je suis très attachée au Liban, mais je sens que je n’ai pas vraiment le choix… » confie-t-elle. Après toutes ces expériences, qui tournent toutes finalement autour de la question du soin et de l’hygiène de vie, elle annonce qu’« un jour, quand j’aurai terminé mes études, j’aimerais bien transformer ce blog en livre de bien-être ».

Aux temps du Covid-19

Si Maria el-Hage se sent l’âme guérisseuse, c’est probablement avant tout de l’intérêt et de la compassion pour ses pairs que cela lui vient. « Ce qui me pousse à écrire, c’est l’amour des gens. Je veux les comprendre en profondeur. J’aime parler des passions, des peurs, des rêves des gens », avoue l’étudiante. Mais elle ne peut s’empêcher de constater que les jeunes d’aujourd’hui lui semblent « un peu perdus avec toutes ces nouvelles technologie et les avancées de la science » et tous les champs disciplinaires qui naissent sans arrêt. « Ils sont en permanence à la recherche de ce qui peut leur correspondre. Les jeunes essaient de trouver leur place dans un monde qui part dans tous les sens. C’est pour cela que j’avais créé, il y a quelque temps, une page sur Instagram qui s’appelait “USJ Talks”, et qui reposait sur l’idée de Humans of New York, dont le principe consistait à photographier au hasard des gens et raconter leur histoire. C’est une passion pour moi que de connaître les gens et raconter leur histoire. » D’où l’intérêt pour elle de publier ses pensées via un blog, plutôt que dans un journal, en format public qui rend l’interaction avec l’autre possible, ainsi que l’échange et l’identification. C’est aussi ce qui explique le choix d’écrire (en anglais) dans une langue simple, franche et sans ornement. « Je me sens à l’aise dans l’écriture de posts faciles, directs, et proches du lecteur », lance la blogueuse.

Forcément, dans ces temps difficiles où elle se trouve confinée dans la maison familiale du Liban-Sud, complètement recluse avec ses parents, Maria el-Hage dit tout faire pour « rester positive autant que possible ». À l’université, elle a commencé ce semestre les cours de virologie. « C’est une drôle de coïncidence. Dès la première session, il a été question du coronavirus. Nous avons assisté à une grande conférence avec le professeur Richard Maroun, doyen de la faculté des sciences et spécialiste en virologie, et le docteur Georges Khalil, spécialiste en maladies infectieuses de l’Hôtel-Dieu. Nous avons pu bénéficier ainsi de nombreuses informations sur la formation du virus et les gestes de prévention. » Le 24 mars, elle décide de commencer un journal de confinement sur son blog, qu’elle aimerait bien aussi publier un jour. Par ailleurs, elle est en train de recueillir des informations concernant les membres de son entourage, pour témoigner de leurs vécus. « C’était censé être un journal personnel à la base : mon premier article racontait mes sentiments vis-à-vis de la quarantaine tandis que le deuxième parlait des réseaux sociaux et de la nécessité de se débarrasser de certains contenus toxiques. Mais je me suis dit ensuite que ça pouvait aussi très bien être un lieu de parole pour les gens qui m’entourent. Dans cette période de confinement, on est en permanence en face-à-face avec les écrans et soi-même, c’est important de s’exprimer », suggère-t-elle. Ce qui l’entraîne vers cette conclusion : « Je conseille à n’importe qui d’écrire un blog. Les gens qui écrivent leurs pensées sont des gens qui se connaissent mieux, qui prennent conscience de leur évolution dans le temps. Écrire donne aussi un sens de l’organisation des choses, on comprend pourquoi on ressent ce qu’on ressent. C’est quelque chose qui permet la clarté et la lumière. »




« Found a New Home », c’est le nom que Maria el-Hage a choisi pour son blog, une sorte de journal à la fois intime et public qu’elle alimente d’articles depuis ses seize ans. Aujourd’hui qu’elle en a vingt et un, cette étudiante en 3e année de sciences de la vie et biochimie à l’USJ vante les bénéfices que cette pratique régulière de l’écriture a apportés...

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