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Les Amazones estoniennes défendent leur « île des femmes »

La violoniste Maria Michelson est revenue sur l’île de Kihnu après ses études universitaires et, maintenant, elle en transmet l’héritage musical aux enfants. Alessandro Rampazzo/AFP

Depuis des siècles, sur une petite île de la mer Baltique couverte de forêts, des femmes portant foulards et jupes à raies rouges cultivent la terre, gardent le phare, président des cérémonies religieuses et se déguisent en père Noël. Les hommes de l’île de Kihnu, à 10 kilomètres des côtes estoniennes, prennent le large pendant des semaines et des mois, laissant aux femmes le soin d’animer ce que l’on considère comme l’une des dernières sociétés matriarcales du globe. Mais ce mode de vie coutumier de Kihnu est menacé. Les difficultés économiques poussent de plus en plus d’insulaires à partir à la recherche d’un emploi ailleurs.

« Autour de chaque table de cuisine, chaque jour, nous discutons de notre survie », déclare Mare Matas, guide et protectrice de l’héritage de Kihnu. La vie à Kihnu s’articule toujours autour d’anciennes traditions et chansons populaires, une culture unique classée au « patrimoine oral et immatériel de l’Unesco ». « Nous allons la perdre si les gens ne vivent plus ici », s’inquiète Mme Matas. Bien que 686 résidents y soient enregistrés, seulement 300 y restent à l’année, soit moitié moins qu’avant 2008. L’île de 16 km2 compte seulement quelques routes pavées, deux petits magasins d’alimentation, un musée, une église et une petite école qui n’accueille plus que 36 élèves, contre une centaine il y a quelques années. Outre la pêche, devenue peu avantageuse avec la raréfaction des poissons, l’autre moyen de subsistance traditionnel, le tricot et le tissage, n’est plus viable sur le plan commercial, explique Mare Matas. De nombreux habitants sont ainsi partis à la recherche de travail en Norvège ou en Finlande.

Lors de leur matinée-café hebdomadaire, douze dames âgées de Kihnu échangent nouvelles, ragots et souvenirs, autour d’une table de harengs salés, biscuits et chocolats. On parle des hommes qui ont fait le choix de rester sur l’île et sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui à s’attaquer aux travaux autrefois réservés aux femmes. « Oskar a été l’un des premiers à aller travailler dans les champs », se souvient Merasse Salme. On raconte sur l’île que Mme Salme, une forte personnalité matriarcale, avait insisté pour que son mari Oskar vienne travailler à la ferme avec elle, quand le couple était âgé de 25 ans. « Cela nous faisait rire de voir un homme travailler la terre », rappelle une dame. Et ce mode de vie si particulier attire les touristes : jusqu’à 30 000 visiteurs pendant l’été. Comme il n’y a ni hôtel ni restaurant, certains accueillent les visiteurs chez eux.

Les rôles des hommes et des femmes ont peut-être changé, mais une tâche incombe toujours aux dames : faire vivre la culture séculaire de Kihnu. Quand les hommes étaient en mer, la tradition voulait que les femmes organisent les festivals, enterrements et mariages – des cérémonies anciennes et complexes parfois étalées sur plusieurs jours. Un mariage à Kihnu reste unique : trois jours de musique, de danse, de rituels préchrétiens, dont celui de magie bleue, protectrice, consistant à couvrir la tête de la mariée d’un tissu blanc bordé de rouge – qui lui assure une protection surnaturelle – jusqu’à ce qu’elle arrive à la maison de son époux.

Les chants populaires, la maîtrise du violon ou de l’accordéon sont des compétences indispensables pour les femmes de l’île, dont beaucoup portent au quotidien leur jupe

Kihnu à rayures rouges. La chanteuse folk Virve Koster, très connue en Estonie, partage cette opinion. Âgée de 92 ans et toujours en tournée, Mme Koster est considérée comme l’incarnation de l’esprit indomptable des femmes de Kihnu grâce à ses 400 chansons sur la vie dans les îles, la nature et, surtout, l’amour.

Si nombre des habitants sont partis, certains retournent sur l’île. La violoniste Maria Michelson est revenue à Kihnu après ses études universitaires et, maintenant, elle en transmet l’héritage musical aux enfants dans un centre culturel en bois. Selon elle, l’internet et un nouveau ferry qui vient deux fois par jour ont révolutionné la vie sur l’île. « Cette culture locale que nous avons peut-elle faire face à ce monde nouveau ? On verra bien », soupire-t-elle.

Source : AFP

Depuis des siècles, sur une petite île de la mer Baltique couverte de forêts, des femmes portant foulards et jupes à raies rouges cultivent la terre, gardent le phare, président des cérémonies religieuses et se déguisent en père Noël. Les hommes de l’île de Kihnu, à 10 kilomètres des côtes estoniennes, prennent le large pendant des semaines et des mois, laissant aux femmes le soin d’animer ce que l’on considère comme l’une des dernières sociétés matriarcales du globe. Mais ce mode de vie coutumier de Kihnu est menacé. Les difficultés économiques poussent de plus en plus d’insulaires à partir à la recherche d’un emploi ailleurs.« Autour de chaque table de cuisine, chaque jour, nous discutons de notre survie », déclare Mare Matas, guide et protectrice de l’héritage de Kihnu. La vie à...
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