Depuis quelques jours, le tiers de l’humanité est en confinement. Plus de deux milliards de personnes choisissent de ne plus se déplacer, de ne plus se mouvoir et de ne plus sortir de chez elles. Chacun essaie, à sa façon, de trouver les moyens de se divertir et de laisser passer une période qui semble lourde. Tout le monde se plaint du temps qui pèse, des moments interminables qui passent ou plutôt qui ne passent pas.
Cette mesure de confinement est voulue et passagère. Elle semble indispensable pour endiguer une pandémie meurtrière.
Qu’en dira-t-on des autres confinements de l’être humain, autrement moins volontaires et certainement moins transitoires ? À savoir les confinements imposés par une maladie ou un handicap.
Aucun d’entre nous, « les nouveaux confinés », a t-il pu penser, un instant, aux personnes souffrant de handicap physique et des séquelles de maladies neurologiques, immobilisées à vie sur leur chaise roulante ?
A-t-on pu penser, l’espace d’un instant, aux personnes autistes qui sont cloîtrées dans leur silence, incapables de parler, voire de communiquer avec autrui, et cela depuis leur naissance ?
Peut-on imaginer, pour quelques instants, le sort des personnes déprimées qui présentent une clinophilie, c.à.d. qu’elles sont clouées au lit, car plus rien dans ce monde ne les intéresse ?
Sait-on se mettre à la place, pour un instant, des personnes ayant une schizophrénie et qui souffrent de symptômes dits négatifs, repliées sur elles-mêmes, percevant les autres avec hostilité, avec une espèce d’incapacité à aller vers le monde extérieur ?
Ne doit-on pas se souvenir, ne serait-ce que pour un instant, des personnes souffrant de troubles obsessionnels-compulsifs et qui, de peur d’être contaminées, de ne pouvoir se laver ou de ne pouvoir vérifier, se cantonnent chez elles, incapables de sortir à la longue ?
Va-t-on négliger, un instant, le sort réservé aux personnes se plaignant de phobie sociale et qui sont de ce fait privées d’aller vers les autres car elles ont peur d’être mal jugées par la société qui les entoure ?
D’aucuns peuvent-ils imaginer, toujours un instant, les personnes ayant un trouble panique et qui développent à la longue un évitement des lieux et des personnes, préférant camper chez elles, en proie à leurs angoisses morbides ?
À peine quelques jours comptés de notre vie, où nous ne sortons pas, nous laissent désespérés, nous amènent à rechercher par tous les moyens de combler le temps, en s’élevant contre notre sort, en protestant contre ces mesures et en cherchant par tous les moyens de les contourner.
Que dire, dès lors, à toutes ces personnes, celles qui sont confinées car elles ne peuvent sortir, et cela de façon durable, certaines depuis leur bas âge, fauchées par une maladie ou plutôt par un destin qu’elles n’ont point choisi ?
Allons-nous nous plaindre constamment de l’ennui, de l’absence de vacances, de nos privations de sorties, du baccalauréat qu’on ne présentera pas et de nos activités qui ne tournent plus ?
À quelque chose malheur est bon, dit-on. Le Covid-19 nous aura appris au moins à vivre, l’espace de quelques jours, ce que les maladies mentales et les handicaps génèrent constamment chez certains, à savoir l’angoisse, les phobies et les obsessions. Reclus chez nous, et malgré tous les moyens à notre disposition pour nous divertir, nous blâmons, à longueur de journée, Dieu, ses anges et ses saints.
Nous ne supportons pas le temps qui passe pour quelques jours. Comment font les malades pour supporter leur confinement à vie ?
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