Gouvernement

Les nominations sous le feu de l’opposition

Une médiation du Hezbollah pour satisfaire les demandes de Sleimane Frangié aurait échoué.

Hassane Diab et Saad Hariri à la Maison du Centre le 20 décembre 2019. Photo d’archives/Dalati et Nohra

Le bras de fer opposant le gouvernement de Hassane Diab à certains de ses propres parrains, mais aussi à ses plus grands adversaires, se durcit de plus en plus. La querelle articulée autour des nominations des vice-gouverneurs de la Banque centrale et des membres de la commission de contrôle des banques et des marchés financiers en est une preuve éclatante.

À la veille d’une séance ministérielle particulièrement attendue, durant laquelle le cabinet devrait pourvoir à ces postes vacants, plusieurs composantes de l’opposition s’en sont prises à l’équipe Diab, critiquant la logique de partage du gâteau adoptée en matière de nominations. Et pour cause : une entente entre les composantes du gouvernement aurait été conclue autour des futurs vice-gouverneurs et des membres des commissions de contrôle des banques et des marchés financiers, et devrait être avalisée en Conseil des ministres.

Sauf que ce train de nominations bute encore sur l’insistance du leader des Marada, Sleimane Frangié, à obtenir deux des six postes vacants réservés aux chrétiens. Selon notre correspondante Hoda Chédid, une médiation menée par le Hezbollah entre M. Frangié et le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil aurait échoué. Rappelons que le chef des Marada avait menacé de claquer la porte du gouvernement s’il n’obtenait pas le tiers des postes chrétiens.


(Lire aussi : Une entente précaire menacée par la politique politicienne)


« Cherchez le sinistre trio »

Il est vrai que le durcissement de ton de la part de Sleimane Frangié prouve que le camp du 8 Mars est malmené par ses propres composantes. Mais pour les opposants, cette mésentente montre que le gouvernement Diab est loin d’être une équipe de spécialistes indépendants. Il s’agit d’un cabinet qui adopte la logique obsolète de la distribution des quotes-parts, faisant fi de toutes les demandes du mouvement de contestation. Dans une série de tweets hier, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a rappelé que le gouvernement devrait adopter les réformes attendues depuis des mois et stigmatisé le fait que « le premier signe de non-réforme émanant du cabinet réside dans les fuites médiatiques portant sur les nominations des vice-gouverneurs de la BDL et des membres de la commission de contrôle des banques et des marchés financiers ». Celles-ci sont « loin de tout esprit réformateur et du critère du mérite », a ajouté le leader des FL. « Cherchez le sinistre trio (Amal, le Hezbollah et le Courant patriotique libre). Tant qu’il est au pouvoir, rien de positif n’est à attendre », a-t-il poursuivi, réitérant la détermination de son parti à « expliquer les faits à l’opinion publique, pour que s’opère le changement à la première occasion ».

Expliquant la prise de position de M. Geagea, un responsable FL s’indigne du fait qu’en dépit de l’ampleur du mouvement de contestation, le gouvernement continue de s’attacher à la logique de partage entre les protagonistes en présence, comme si rien n’avait changé depuis le 17 octobre. « Cela prouve que l’équipe Diab n’est aucunement indépendante, comme l’avait promis le Premier ministre », dit-il. Le responsable FL précise toutefois que, pour le moment, il n’y a pas de coordination entre Meerab, Moukhtara et la Maison du Centre pour faire face au gouvernement.

Il n’en demeure pas moins que cette flèche décochée par Samir Geagea en direction de l’équipe ministérielle ne saurait être dissociée du contexte dans lequel elle est intervenue. Elle s’inscrit dans la continuité de la série d’attaques lancées ces derniers jours par le leader des FL contre le tandem chiite et le CPL. Elle fait suite aussi aux récentes diatribes lancées par le courant du Futur contre le cabinet avec, en toile de fond, ce que les haririens appellent » des nominations vindicatives « pour lesquelles opterait le Conseil des ministres pour « mettre la main » sur le secteur financier, à la faveur de la seule logique de la politique politicienne. Il s’agissait d’une façon pour le courant du Futur de dénoncer un éventuel limogeage de Mohammad Baassiri (sunnite) de son poste de vice-gouverneur de la BDL, au profit de Salim Chahine, proche de Hassane Diab.


(Lire aussi : En pleine épidémie, le gouvernement attaqué par ses alliés et ses adversaires)


« Nous ne resterons pas les bras croisés »

Cette opposition haririenne aux nominations attendues aujourd’hui se serait traduite par une menace de la part du Futur de claquer la porte du Parlement, croyait-on savoir hier dans certains milieux politiques. Une information que des proches de la Maison du Centre ne manquent pas de démentir via L’OLJ, assurant que le parti préfère attendre les décisions du gouvernement pour pouvoir agir dans la prochaine phase. « Mais ce qui est sûr c’est que nous ne resterons pas les bras croisés face à des comportements vindicatifs », assure un proche du chef du Futur, Saad Hariri, soulignant que les contacts entre ce dernier et Nabih Berry sont toujours en cours.

Tout comme le Futur, le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt dénonce ce que Marwan Hamadé, député joumblattiste du Chouf, appelle « l’insolent partage du gâteau ». « Nous ne sommes pas concernés par ces nominations et nous stigmatisons le partage des parts dans le cadre d’un gouvernement qui n’en finit pas de glisser sur la pente de l’Iran », s’alarme-t-il, mettant en garde contre une « explosion sociale face au mandat Aoun et au gouvernement dans les semaines à venir, parce que les gens confinés sont à bout de liberté, de souffle et de dignité ».



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À la veille d’une...

commentaires (15)

Il a raison Marwan Hamade qu'il dit que le gouvernement glisse sur la pente de l'Iran

Eleni Caridopoulou

18 h 24, le 02 avril 2020

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Commentaires (15)

  • Il a raison Marwan Hamade qu'il dit que le gouvernement glisse sur la pente de l'Iran

    Eleni Caridopoulou

    18 h 24, le 02 avril 2020

  • L’arrogance et l’impertinence de ces politiciens dépassent tout entendement. A chaque fois que le gouvernement prend une décision qui va à l’encontre de leur propre intérêt ils menacent de claquer la porte. Alors au diable, que ce premier ministre fasse le bon choix et que celui qui décide de partir soit remplacé au pied levé et qu’on en finisse avec leurs caprices d’enfants pourris alors que le pays vit sur le peu de liquide qui est bloqué par leurs soins pour payer les salaires et les impératifs internes et qui provient du seul peuple qui n’a plus assez de liquide ni d’autres moyens pour subvenir à ses propres dépenses élémentaires. Ils ont confisqué les biens des citoyens, leur demande de faire avec rien et continuent leurs simagrées. Non mais, ils se croient où ces gens là? Au cirque? Au pays des abrutis? Ils pensent qu’ils peuvent garder le couvercle d’une cocote minute qui contient plus de 4 millions de personnes sans être inquiétés? Le virus qui est arrivé à point nommé à leur secours ne fait plus peur aux citoyens brimés et affamés. UN CONSEIL, LA FERME, IL N’Y A PLUS D’EXCUSES QUI VAILLENT. FAITES VOTRE BOULOT ET ARRÊTEZ DE PRENDRE LE PEUPLE POUR UN ESCLAVE DOCILE QUI TRIMERA POUR VOUS NOURRIR ET ASSOUVIR VOS BESOINS ET VOS ENVIES SANS BRONCHER. SON RÉVEIL SERA DÉVASTATEUR POUR TOUS ET IL EST IMMINENT.

    Sissi zayyat

    17 h 35, le 02 avril 2020

  • C'EVIDENT POUR LA PREMIERE FOIS QUE CE GOUVERNEMENT N'A RIEN A VOIR AVEC DES TECHNOCRATES LIBRES DE TOUTE ATTACHE POLITIQUE FRANGIE A LANCE LE PREMIER LA MAIN MISE SUR CES MINISTRES QUI FONT HONTE AU PAYS EN NE VENANT PAS AU CONSEIL DE MINISTRES PAR UN ORDRE DONNE PAR FRANGIE FRANGIE SUIT BASSIL EN VOULANT DEVENIR CALIFE APRES AOUN CONTRE BASSIL LA VERITE UN CONSEIL A DIAB N'ECOUTTEZ PERSONNE ET PARTAIT DU PRINCIPE QUE PERSONNE NE REVIENT A SON POSTE DAN TOUS LES DOMAINES, PAS EULEMENT A LA BDL FAITES LES NOMINATIONS QUE VOUS PENSEZ ETRE BONNE POUR L'INSTITUTION ET PAS POUR LES PARTIS VOUS SAVEZ BIEN QUE CES LACHES PARTIS CORROMPUS JUSQU'A LA MOELE NE POURRONT RIEN FAIRE DEVANT VOTRE FAIT ACCOMPLI CAR S'IL VOUS REFUSE LA CONFIANCE AU PARLEMENT , ILS SERONT TOUS EN PRISON CAR L'ARMEE NE SUPPORTERA PLUS DES ORDRES DE CETTE CLIQUE AGISSEZ POUR LE BIEN DU PAYS PAS DE AOUN BASSIL FRANGIE BERRY OU MEME DE NASRALLAH

    LA VERITE

    16 h 55, le 02 avril 2020

  • TOUS AU LIBAN SE TROMPENT QUANT IL S'AGIT DES NOMINATIONS SURTOUT CELLES A DES POSTES ELEVES ET SENSIBLES. FAUTE D'AVOIR COMPRIS LE VRAI SENS DU MOT DEMOCRATIE ENCORE MOINS CE QUE SONT LES INTERETS DE LA NATION. CES FONCTIONNAIRES SONT LA POUR SERVIR LES CITOYENS, TOUS LES CITOYENS PAS DU TOUT LES POLITIQUES. AINSI -PUISQU'IL FAUT- TENIR COMPTE DE L'AVIS DE LA MAJORITE FAUT IMPÉRATIVEMENT TENIR COMPTE AUSSI DE CELUI DE L'OPPOSITION PUISQU'ELLE REPRESENTE ELLE AUSSI DES CITOYENS QUI L'ONT ELUE AU PARLEMENT.

    gaby sioufi

    11 h 50, le 02 avril 2020

  • Au lieu de politique et surtout en ces temps difficile , ce dit medecin devrait s'inquieter du virus "Iranien " qui se propage dans sa montagne, tandis que l'Inutile qui espere un role devrait calmer ses partisans qui se propagent la nuit dans les rues de Tipoli. Ces opposants doivent se mettrent de cote et donner sa chance a ce nouveau gouvernement qui essaye de boucher les vols des 30 années passées.

    aliosha

    11 h 49, le 02 avril 2020

  • Arrêtez de vous chamailler sur les nominations à la BDL, occupez-vous de surveiller le grignotage quotidien de la souveraineté nationale libanaise de la part de l'agent de l'Axe de la résistance fictive à Israél.

    Honneur et Patrie

    10 h 41, le 02 avril 2020

  • Cette équipe ministérielle qui nous gouverne se veut indépendante et technocrate ? C'est le seul prisme de son existence, sa seule motivation, sa seule valeur. Elle passe aujourd’hui son premier examen ; la nomination en vrac de postes clés à la BDL. Les ténors du régime qui font du banditisme d’état veulent leurs poulains en place comme il est de coutume et comme si les Libanais vivaient dans la ba7bou7a, une aisance, une abondance et un bien-être à envier. Ces poulains maintiendraient un statuquo qui leur (ya3ni les ténors sunnites, chiites, druzes, maronites, et autres) leur permettra de masquer leurs gâchis antérieurs, d’éviter toute réforme et de continuer à gaspiller les restes des deniers de l’état et, comble de malheur maintenant, les dépôts des grands, moyens et petits épargnants, vu que les tirelires de l’état sont presque à sec. Que faire dans ce cas ? Démissionner ? Non ! Plier et accepter leurs volontés ? Deux fois non ! Alors ? La seule sortie de secours au gouvernement pour préserver ses qualités de réformateur est de mettre sur pied une équipe de qualité et indépendante de recrutement, les 7 sages, pour passer en revue les centaines de C.V. des candidats et candidates et de choisir le meilleur ou la meilleure au beau poste. Si cela ne plait point aux autres, tant pis. On ne nomme personne.

    Aref El Yafi

    10 h 40, le 02 avril 2020

  • Excusez mon impertinence, mais sur cette photo affichée et sous un titre évocateur, on a l'impression que Saad Hariri est en interview pour postuler une fonction. Symptomatique.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 13, le 02 avril 2020

  • Il serait bon que l'OLJ publie les CV des candidats pressentis pour ces diffrérents postes parce que difficile, sinon, de savoir ce qui relève de la manip de ce qui relève de la nomination de la bonne personne à la bonne place.

    Marionet

    09 h 13, le 02 avril 2020

  • Mais qu'ils claquent tous la porte et s'en aillent une fois pour toutes... C'est justement ce qu'on attend d'eux! Prions que M. Diab, lui, tienne bon et ne claque pas la porte...

    NAUFAL SORAYA

    08 h 46, le 02 avril 2020

  • PAUVRE DIAB... OU EST VOTRE INDEPENDANCE PROCLAMEE AVEC TAMBOURS ET CORNEMUSES ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 42, le 02 avril 2020

  • Triste pays qui ne s'en sortira pas de cet establishment politique assis et ancré depuis des dizaines d'années . Cette orchestration de voix qui s'élèvent alors qu'elles réclament leur part dans les nominations et Non le changement . Le pays est malade , soit qu'on le sauve , soit qu'on se noie tous Et soit qu'il restera malade pour l'éternité .

    Lecteurs OLJ

    07 h 34, le 02 avril 2020

  • On s'attendait - ou, du moins, on pouvait raisonnablement l'espérer - à ce que, dès le lendemain de sa mise en place, le gouvernement prennent certaines mesures simples, logiques et rapides (le renvoi des fonctionnaires dont l'emploi est fictif et de ceux qui ont été embauchés illégalement en période électorale, une diminution drastique des salaires des députés et ministres, l'élaboration d'un VRAI plan de sauvetage de l'EDL, comprenant la fin pour tous de l'électricité gartuite, et la fin de l'utilisation des barges turques...) pour montrer sa bonne volonté dans le cadre du redressement économique: rien. on nous promet un plan pour dans 6 mois, un an... Au lieu de cela, la priorité pour nos hommes politique demeure ce qu'elle a toujours été et dans tous les domaines: le partage du gâteau!

    Yves Prevost

    07 h 18, le 02 avril 2020

  • Ils veulent se partager quel gâteau? Qu'ils commencent par nous dire comment ils ont fait pour payer les salaires du secteur public pour janvier, février, et mars. D'où vient l'argent, puisque le gouvernement n'a pas assez de revenu et que le deficit public dépassera les 8 milliards en 2020? Est-ce que la BDL utilise toujours l'argent des déposants? Le secteur privé agonise alors que le secteur public reste intouchable. Si la BDL imprime de la monnaie ceci signifie que la masse monétaire en LBP augmente et par conséquent la valeur "officielle" de la livre n'est plus à 1,500 LBP/USD. Ils veulent se partager quel gâteau?

    Zovighian Michel

    07 h 11, le 02 avril 2020

  • Il faut arrêter de mettre les bâtons dans les roues pour tout ce que le gouvernement cherche à construire . Sinon , ce sera bel et bien le vide du pouvoir avec toutes les guerres intestines qui s'ensuivraient . Ils l'auront voulu !

    Chucri Abboud

    02 h 52, le 02 avril 2020