Ô temps, accélère ton vol... Et vous, heures propices, ne suspendez pas votre cours. Pardon, Monsieur de Lamartine, mais nous sommes vraiment tombés dans le lac et nous voulons vite sortir la tête hors de l’eau. Merci à l’horaire d’été de nous faire avancer de soixante précieuses minutes dans le temps. Nous sommes impatients d’entendre la planète Terre décréter solennellement : « Au nom de la loi de la nature et de l’équilibre interstellaire; sur recommandation de la couche d’ozone et de la faune animale et végétale ; après avis des hautes autorités des oiseaux migrateurs ; par souci d’indulgence, assortie d’une période de probation ; Nous, forces spirituelles et cosmiques, commuons votre condamnation à perpétuité, en une peine de six mois d’emprisonnement. En notre foi et conscience, et attendu que vous avez déjà purgé cette sentence, nous ordonnons votre relaxe immédiate. »
Hagards, incrédules, blêmes, quoique bedonnants, nous sortirons de notre trou l’été prochain, tout comme nous sortions il y a quelques années de nos abris d’infortune. Avant toute chose, nous envahirons les lieux de culte et les cimetières, pour honorer nos disparus. Nous nous battrons avec les ministres des diverses instances religieuses pour trouver une place dans le calendrier des salons de condoléances où l’on cause, afin de faire notre deuil. Mais notre douleur, émoussée par le long temps qui a coulé, peine à raviver nos larmes et nous jette vite dans les arènes des retrouvailles joyeuses. Heureux alors les propriétaires des cafés et des restaurants. Ils devront pousser les murs pour accueillir nos ruées effrénées vers les conviviales nourritures terrestres.
À l’inverse, les supermarchés, eux, seront quasiment vides de clients, le temps que nous absorbions toute la « mouné » amassée au fil des jours dans des caddies abusivement alourdis de denrées souvent superflues. Les nourritures spirituelles, elles, patienteront un peu. Le précepte des Anciens a toujours conseillé : « Primum vivere, deinde philosophari », vivre d’abord, philosopher ensuite. Une maxime sans doute bonne de nature mais que l’homme a vite fait de pervertir, en faisant de la culture un commerce et du commerce une culture.
Le temps de reconstituer leur répertoire, les artistes libanais rempliront bientôt les agendas culturels de toutes les activités suspendues durant la période de mouise. Pas une minute à perdre. Sans doute faudra-t-il refaire le pied de grue devant les comptoirs des banques pour revoir la couleur verte de nos économies. Sans doute la révolution des jeunes reprendra du poil de la bête. Sans doute un « baby boom » sera également au rendez-vous. Sans doute des tronches indéboulonnables et longtemps haïes nous paraîtront soudain sympathiques. Entre-temps, vive la corrida sur les autoroutes ! Insouciants, avides de réjouissances par atavisme invétéré bien ancré dans nos mœurs, et en dépit des trous béants dans nos poches, nous nous lâcherons, à l’instar de la planète entière d’ailleurs, tous continents confondus.
Bientôt, le ciel sera strié d’objets volants ceinturant la planète nuit et jour. Bientôt, ogres non repus des bienfaits terrestres, nous reprendrons la construction de la tour de Babel. Bientôt... Bientôt... Bientôt, récidivistes impénitents, nous ferons un pied de nez à la respectable Dame Nature. Mais un soir, avant de se coucher, le Terrien, ivre de soleil, de bonheur et d’allégresse, entendra comme un bruit...
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Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Quel texte magnifique et désolant.
08 h 19, le 27 mars 2020