Un restaurant vide à Bruxelles le 14 mars 2020. François Walschaerts/AFP
Ruée sur les supermarchés ou derniers achats de livres pour « confiner moins con » : les Belges se préparaient hier à vivre au moins 18 jours à bonne distance les uns des autres pour endiguer la propagation du coronavirus. C’est à 12 heures locale que sont entrées en vigueur les nouvelles restrictions de déplacement annoncées mardi soir par la Première ministre Sophie Wilmès.
Fermeture des magasins « non essentiels », accès régulé aux supermarchés, sorties limitées à l’« indispensable » (pharmacie, alimentation, banque, poste, essence) et à l’activité physique en plein air : toutes ces mesures doivent être respectées jusqu’au 5 avril. Conséquence : les abords de la statue du Manneken-Pis, passage obligé des touristes dans le centre-ville de Bruxelles, étaient déserts à la mi-journée, a constaté un journaliste de l’AFP.
Et dès le début de la matinée, des files se sont formées à l’entrée des supermarchés dans la capitale, à Huy ou encore à Waterloo, où plusieurs centaines de personnes patientaient, charriot contre charriot, peinant à respecter la « distanciation sociale » recommandée.
Devant une librairie d’une chaîne connue à Bruxelles, un jeune homme était équipé de gants bleus pour canaliser l’entrée d’une poignée de clients, les derniers tolérés avant la fermeture. « Avec des bouquins on confine moins con », a fait valoir Philippe Van Erp, 64 ans, venu avec sa femme pour alimenter la famille en romans, mangas, et qui repart aussi avec un texte de la philosophe Hannah Arendt (Nous autres réfugiés). Un avis partagé par un père italien de 40 ans, soucieux d’occuper ses enfants de 1 et 5 ans alors que les écoles ont suspendu les cours pour trois semaines... jusqu’aux deux semaines de vacances scolaires de Pâques.
Les joies du bilinguisme
« On leur lisait une histoire le soir, maintenant on leur en lit aussi pendant la journée, confie Francesco Cardarelli. Je trouve que cela a plus de sens de laisser ouvertes les librairies que les coiffeurs. » Sophie Wilmès avait annoncé mardi soir que « les librairies » pouvaient rester ouvertes, les classant de fait parmi les commerces « essentiels » avec « les magasins alimentaires, pharmacies et magasins pour animaux ».
Mais, joies du bilinguisme belge, une responsable du syndicat des libraires francophones a envoyé dans la matinée un mail à ses adhérents pour préciser qu’il fallait comprendre une tolérance limitée aux marchands de journaux. La chef du gouvernement a bien parlé en néerlandais de « krantenwinkels » ( « magasins de journaux » ), « il n’y a pas d’ambiguïté », stipulait ce courriel, dont l’AFP a eu copie, « la plupart d’entre vous, qui ne vendent pas de presse, sont donc tenus de fermer à midi ».
Un message bien compris à la Librairie européenne, près du parc bruxellois du Cinquantenaire, dans le quartier des institutions de l’UE. Par un avis scotché derrière sa vitrine, le magasin propose désormais à ses clients de commander par mail et d’être livrés « dans votre boîte aux lettres ». « Si les gens voient le livre dont ils ont envie disponible sur notre site ou dans notre vitrine, on pourra livrer, on l’a toujours fait », explique Nathalie Sebbe, la responsable des achats. La confusion entre magasins de livres et de journaux « est historique » en Belgique, selon une autre commerçante jointe au téléphone. Dans ce pays de 11,4 millions d’habitants, les autorités ont enregistré à ce jour 1 486 cas de nouveau coronavirus et 14 décès. Pour contenir la propagation, il a été recommandé aux entreprises de recourir au maximum au télétravail. Tout rassemblement et tout voyage non indispensable à l’étranger ont été « interdits » par le gouvernement.
Matthieu DEMEESTER/AFP


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