Les Libanais se rattachent par leurs traditions à tout ce qu’il y a de grand dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Si l’on a écrit des pages et des pages sur la nation libanaise, personne n’a songé jusqu’ici à écrire l’intéressant chapitre des Libanais nationaux, cette harmonieuse structure de la vie organique de la nation libanaise.Et pourtant, s’il est une fortune qu’on doive prudemment gérer et jalousement conserver pour l’avenir, n’est-ce pas la ferveur et l’honneur de celui qui détient la nationalité libanaise: « Tout doit être conscient pour être bien », a dit Socrate.
Les Libanais ont une antique origine qui remonte aux premiers temps du christianisme. Il est donc intéressant à plus d’un titre de reconnaître la physionomie et les caractéristiques de ce vaillant petit mais grand peuple qui sème encore le grain, fait pousser les mûriers, voit se dorer la vigne et fleurir les orangers, sur le sol qui fut le berceau de la jadis noblesse qui se perpétue jusqu’aujourd’hui.
Cette terre est immortalisée comme le paradis de nos premiers aïeux (le berceau et la tombe des prophètes), le théâtre des plus grands miracles de Dieu, le royaume de la beauté des anciens souvenirs et des saintes doctrines, l’endroit chéri d’où nous vient l’aurore, le bienheureux sol où le divin Maître posa le pied en apportant la paix au monde en passant par Sidon et à Tyr.
Il semble que dans toute l’Écriture il n’est question d’aucun autre lieu avec tant d’éloges. Moïse soupire après « l’illustre montagne du Liban ». Et la Bible, ne trouvant rien de plus propre pour faire concevoir la beauté que de la comparer au Liban, exalte sans cesse ses parfums, ses fleurs, ses cèdres, ses oiseaux, ses pâturages, ses vins délicieux, ses admirables points de vue.
Cette excellente terre, « pleine de ruisseaux, d’étangs et de fontaines ; abondante en huile et en miel, où les pierres sont du fer et les montagnes de l’airain», est échue aux Libanais qui, seuls, en occupent les parties les plus pittoresques.
Là, sous une voûte débordant d’arcs-en-ciel et un soleil d’or, tout témoigne de l’effrayante entaille du glaive de Dieu. Des pics percent les airs à une hauteur prodigieuse, des cônes, plus hardis encore, montent au-delà de l’atmosphère terrestre et demeurent éternellement embrasés de neige. Aussi le sol y est creusé de profonds abîmes d’où d’antiques fleuves célèbres roulent leurs ondes illustres et fortunées, surplombées par des blocs de rocher dont les uns sont aigus comme de titaniques lames de pierre et dont les autres sont massifs et ronds comme de gigantesques boulets.
L’infatigable activité d’un peuple, qui n’avait d’asile sûr pour sa religion que derrière ces pics et ces précipices, a rendu le rocher même fertile. Elle a construit en amphithéâtre des murs de soutènement formés avec des quartiers de roche roulante, elle y a transporté de la terre végétale, elle récolte et produit à profusion la soie, le tabac, le miel, le vin, les céréales et d’autres semblables.
En Orient, où la nationalité se confond avec la religion, ces vérités trouvent leur plus complète démonstration dans cette formidable «nation modèle de l’Orient». Ce peuple est foncièrement religieux et sa nationalité est tellement amalgamée avec les religions que les organisations sociales sont «la plus pure théocratie qui ait résisté au temps». Qui se dit libanais doit l’être de nationalité, de religion et de langue arabe. On voit cette idée constituer et dominer toute l’histoire de ces intrépides montagnards qui furent des défenseurs invincibles et qui se signalèrent comme un peuple intrépide. Ayant le secret de la force redoutable, armés de foi dans leur intérieur et de fer au dehors, les Libanais fixèrent l’attention de tout le Levant et furent les défenseurs de la nation à chaque agression et invasion étrangères.
Loin de se laisser entraîner par des appétits de conquête, toutes les guerres qu’ils subirent ont été défensives parce qu’essentiellement saintes. Ainsi, ils surent préserver leurs montagnes – arche sublime. En fait, on voit cette idée constituer et dominer toute l’histoire de ces intrépides montagnards et guerriers qui, une fois qu’ils furent attaqués, surent être invincibles.
Nationalité, défense, autorité, société, voilà donc ce que représentent les Libanais. Ils incarnent avec une pathétique dignité majestueuse le génie et les intérêts de la nation jusqu’à ce jour, tel le cèdre qui synthétise le Liban et qui, tournant toujours ses feuilles et ses fruits vers le ciel, pousse ses racines jusque dans les abîmes et étale au-dessus de la montagne sainte son ombre protectrice.
Le cèdre auguste est l’image de la nation et son drapeau ; tout deux font circuler la sève et les racines. Le cèdre du Liban, s’exclame le grand prophète Ezéchiel, est beau en ses branches, abondant en feuillage, magnifique en sa hauteur, s’élévant entre ses rameaux touffus. Les eaux l’ont nourri ; l’abîme a renfermé ses racines ; les fleuves coulent autour d’elles, et des ruisseaux les baignent partout où s’étendent ses pieds.
Son tronc s’est élevé au-dessus de tous les autres arbres de la contrée, ses rameaux se sont accrus et se multiplient. Ses branches se multiplient, arrosées par les grandes eaux. Et après qu’il eût étendu son ombre, tous les oiseaux du ciel bâtissent leurs nids sur ses rames, partout où ils ont été plantés.
Ainsi, sur la cime de la blanche montagne éclairée par l’auréole lumineuse du ciel, on se représente, toujours près de sa céleste origine, une brillante phalange resplendissante.Touchante vision appartenant à un peuple unique et magnanime qui couvre le Liban pour le triomphe de la vérité, de la justice, de « la grande consolation et la grande lumière du genre humain ».
Toi, Libanais, citoyen résidant au Liban dont l’antique patrimoine est fait de foi et de noblesse morale, aie la force puissante de mener de grandes actions, comme la reconnaissance et le respect, pour les transformer en témoignage !
Nation éternelle et irréductible, inaccessible aux coups de la fortune ! Sainte patrie morale et invulnérable, pieuse cité de l’âme dont l’intégrité réside, impérissable, dans les pensées et dans les cœurs de tous les citoyens ! La plus belle nation parmi les nations, dont l’histoire est un incessant martyre et un hymne sacré. Comment ne pas t’aimer avec ferveur et ne pas se convaincre en t’admirant que « l’homme est un dieu qui se souvient des cieux du Liban car c’est le souvenir du passé qui constitue la grandeur d’un peuple» ?
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