Syrie

Saraqeb, au cœur du bras de fer russo-turc

Les forces du régime syrien sont parvenues à reprendre la totalité de cette ville de la province d’Idleb.

Vue d’un quartier de la ville de Saraqeb dévastée, prise le samedi 29 février. Photo Agence d’information de Saraqeb

C’est une ville au cœur d’un affrontement géopolitique. Saraqeb, carrefour stratégique dans la province d’Idleb, est depuis plusieurs mois le théâtre d’une bataille entre les forces loyalistes et l’opposition armée. Avec l’aide de Moscou, Damas mène depuis décembre une offensive d’envergure contre ce fief rebelle et jihadiste et a pu reconquérir la moitié de la province. Mais l’offensive turque lancée la semaine dernière pourrait, si ce n’est changer la donne, du moins permettre aux rebelles de regagner certaines places fortes de la province.

Entourée de plaines fertiles, cette ville est avant tout à la jonction de deux autoroutes-clés. « Nous parlons d’une ville qui est le nœud de routes très importantes dans l’histoire de la Syrie. La M4 et la M5 sont les veines principales essentielles à l’économie syrienne avant même le début du conflit. La M4 relie l’Est à l’Ouest, de l’Irak à la Méditerranée, et la M5 relie le Nord au Sud, de la Turquie à la Jordanie. Nous parlons d’une ville qui peut contrôler l’avenir de tout ce qui passe par cette route », explique Nawwar Oliver, chercheur et analyste au centre Omran, un groupe de réflexion basé à Istanbul, interrogé par L’OLJ.

« Saraqeb est très importante pour les deux camps pour son emplacement stratégique, mais le plus crucial est de libérer la zone afin que les habitants qui ont été chassés puissent revenir », confie à L’OLJ Youssef Hammoud, porte-parole de l’armée nationale.

Acquise à la révolution dès 2011, la ville, connue pour ses fresques murales antirégime, a été vidée de ses habitants en début d’année en raison des bombardements incessants du régime et de son allié russe. Après s’être emparés de Maarret al-Naaman plus au Sud, les forces de Bachar el-Assad sont entrées rapidement à Saraqeb, le 5 février dernier, après le retrait de centaines de combattants jihadistes et de factions alliées vers le nord de la ville.



(Lire aussi : Sous le regard passif de Moscou, Ankara assène une leçon à Damas)



Nombreux déplacés
L’avancée des forces du régime a suscité l’ire de la Turquie qui était convenue en septembre 2018 avec la Russie de créer une « zone démilitarisée » sous contrôle russo-turc dans cette région. Depuis, les deux camps se sont livré une bataille féroce jusqu’à la recapture de Saraqeb par les forces rebelles le 27 février, notamment grâce à l’intensification de frappes de drones turcs dans les secteurs adjacents. « Vous ne pouvez imaginer la souffrance quand on a perdu notre ville. Tout le monde avait fui sans rien emporter. Dès que les révolutionnaires l’ont reprise, les gens ont commencé à revenir, revoir leurs maisons, c’était vraiment un moment de joie », confie Nour Abbas, un journaliste de la ville. Cette petite victoire, la première depuis des mois, a reboosté le moral des troupes. Des vidéos ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux montrant des combattants rebelles marcher dans la ville et brandir des drapeaux de la révolution. « Saraqebna » (notre Saraqeb) pouvait-on lire sur certaines photos sur Facebook. Cette avancée a notamment permis de lever les sièges des postes d’observation turcs situés à l’orée de la ville. « La Turquie souhaite que cette zone soit sous le contrôle de ses alliés locaux, afin d’arriver en bonne position demain lors des négociations. Qui contrôle la ville de Saraqeb a une carte qui peut être jouée à son avantage, afin d’imposer ses propres conditions lors des prochains pourparlers et à l’avenir », explique Nawwar Oliver. Une rencontre entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan est en effet prévue demain et pourrait résulter en un nouvel accord sur Idleb.



(Lire aussi : Devant l’offensive turque, le Hezbollah paie un lourd tribut à Idleb)



Forces du Tigre
« Un jour Saraqeb est à nous, l’autre jour elle est à eux », déplore Assef*, un habitant de la ville, déplacé en Turquie. Moscou, qui s’était mis en retrait ces derniers jours face à l’offensive turque contre Damas, a changé de stratégie en appuyant par des raids aériens les forces d’Assad qui sont parvenues à reconquérir de nouveau la ville lundi. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Damas avait déployé dimanche soir aux abords de la ville des renforts, ralliés par des combattants du Hezbollah. Au moins 23 rebelles et jihadistes ont été tués dans des frappes et des combats nocturnes. « Les Russes savaient que le régime ne pourrait pas sécuriser davantage de zones, c’est pourquoi les milices pro-Téhéran ont été appelées en renforts », affirme Nawwar Oliver. Si les forces iraniennes sont aujourd’hui très présentes à Saraqeb, le régime syrien a diffusé la photo du célèbre commandant des forces du Tigre, Souhail al-Hassan, entouré de soldats russes. Pour faire comprendre aux Turcs que la ville est chasse gardée, l’armée russe a envoyé lundi des unités de sa police militaire sur place afin de « garantir la sécurité et la libre circulation des transports et des civils sur les autoroutes M4 et M5 ». Au-delà de l’aspect stratégique et de la monnaie d’échange que peut constituer Saraqeb lors des pourparlers, l’opposition espère libérer la zone afin de permettre le retour de ses habitants déplacés dans le nord-ouest du pays. « Si les révolutionnaires la reprennent, les gens vont revenir même si leur maison est en ruines, ils planteront leur tente sur les décombres s’il le faut », conclut Assef.

* Le prénom a été modifié



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commentaires (2)

Des milliers de soldats syriens tues par Erdogan et le heros Bashar brille par son absence et son silence....c est un pantin,une marionette des russes et des iraniens,indigne fils de Hafez et maintenant rejete meme par les alaouites.

HABIBI FRANCAIS

09 h 19, le 04 mars 2020

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Commentaires (2)

  • Des milliers de soldats syriens tues par Erdogan et le heros Bashar brille par son absence et son silence....c est un pantin,une marionette des russes et des iraniens,indigne fils de Hafez et maintenant rejete meme par les alaouites.

    HABIBI FRANCAIS

    09 h 19, le 04 mars 2020

  • LA SYRIE EST DEVENUE DES RUINES. ET CE NE SONT PAS LES ECONOMIES VASCILLANTES DE LA RUSSIE ET DE LA CHINE NI CELLE DE L,IRAN EN ETAT PITOYABLE QUI VONT POUVOIR RECONSTRUIRE CE PAYS. QUAND AU TURC AGRESSEUR AUJOURD,HUI EN SYRIE ET EN LYBIE IL VA MORDRE PROCHAINEMENT ET SURTOUT POLITIQUEMENT LA POUSSIERE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 59, le 04 mars 2020