Rechercher
Rechercher

Politique - Justice

Aoun refuse net que Carlos Ghosn soit extradé

« Il est évident et naturel que M. Ghosn doit être jugé au Japon », a déclaré hier le ministre adjoint japonais de la Justice, Hiroyuki Yoshiie, en visite officielle au Liban.


Le ministre adjoint japonais de la Justice, Hiroyuki Yoshiie, s’est entretenu hier avec le président de la République, Michel Aoun. Photo Dalati et Nohra

Le ministre adjoint japonais de la Justice, Hiroyuki Yoshiie, en tournée hier auprès des responsables libanais, s’est heurté au refus des autorités de voir Carlos Ghosn, l’ancien patron de Nissan, jugé au Japon. Accusé par Tokyo de malversations, le magnat de l’automobile avait fui l’archipel en décembre dernier et trouvé refuge à Beyrouth, d’où il avait dénoncé dans une conférence de presse spectaculaire ses conditions d’incarcération et ses interactions avec le système judiciaire japonais. Par la voix du président de la République, Michel Aoun, le Liban a opposé une fin de non-recevoir à la demande du Japon, affirmant en particulier qu’il n’existe pas d’accord de coopération judiciaire ou d’extradition entre le Liban et le Japon.

« Le Liban est attaché aux meilleures relations avec le Japon », a quand même assuré le chef de l’État, tout en soulignant que « la justice libanaise est souveraine et s’applique pleinement aux ressortissants libanais et aux résidents sur son sol ». « Le Liban a communiqué à plusieurs reprises avec le Japon sur le dossier de Carlos Ghosn depuis son arrestation, sans que ces correspondances ne reçoivent de réponse officielle des autorités japonaises compétentes », a ajouté M. Aoun, cité par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Carlos Ghosn « est entré au Liban de façon légale avec un passeport français et une carte d’identité libanaise », a rappelé M. Aoun, qui avait reçu le magnat de l’automobile après son arrivée.

Le 23 janvier dernier, la justice libanaise avait demandé au Japon de lui transmettre le dossier judiciaire constitué par la justice japonaise contre Carlos Ghosn, afin que le procès du magnat de l’automobile puisse avoir lieu au Liban. Interrogé par la presse sur l’envoi de ce dossier ainsi que sur une possible demande d’extradition formulée par le Japon, M. Yoshiie s’est refusé à tout commentaire. « Je ne peux pas me prononcer sur la question, parce qu’elle concerne un cas spécifique qui implique une enquête et un procès. Mais il est évident et naturel que M. Ghosn doit être jugé au Japon », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse tenue hier à l’ambassade du Japon, dans le centre-ville de Beyrouth. Contacté par L’Orient-Le Jour, Me Carlos Abou Jaoudé, avocat de Carlos Ghosn, a indiqué « ne pas avoir été notifié (par l’État libanais) de la réception, ou non, des documents demandés » pour que le procès de son client puisse avoir lieu au Liban.

Une source bien informée a pour sa part affirmé à L’OLJ que le Japon n’a toujours pas envoyé le dossier requis. Selon des sources concordantes, la visite du ministre japonais aurait donc pour objectif de négocier avec les autorités libanaises l’extradition vers le Japon de l’ancien patron automobile, en dépit de l’absence d’un accord allant dans ce sens. M. Ghosn avait été entendu par le parquet général à Beyrouth en janvier dernier, quelques jours après son retour au Liban, au sujet d’une notice rouge émise par Interpol à son encontre. À l’issue de cette audition, la justice libanaise avait interdit à l’ancien patron de Nissan de quitter le pays.


(Lire aussi : Dernière audience fin mars dans l'affaire de la demeure libanaise habitée par Carlos Ghosn)



« Nous respectons les droits de l’homme »

« Nous ne pouvons pas donner de détails sur les rencontres effectuées (hier), mais nous avons clairement exprimé notre opinion sur la fuite de M. Ghosn du Japon et le gouvernement libanais a compris notre positionnement », a déclaré M. Yoshiie qui s’est également entretenu hier avec la ministre de la Justice, Marie-Claude Najm, et le ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti. « Nous respectons les droits de l’homme au Japon. M. Ghosn n’était pas forcé de porter un GPS alors qu’il était en liberté sous caution. Il a profité du système japonais. Nous sommes déçus par son comportement », a-t-il ajouté, en référence aux propos tenus par Carlos Ghosn, à diverses reprises, sur ses conditions de détention au Japon.Soupçonné de diverses malversations financières, M. Ghosn avait été arrêté fin novembre 2018 au Japon et avait passé 130 jours sous les verrous. Depuis fin avril 2019, il était en liberté sous caution avec interdiction formelle de quitter le Japon dans l’attente de son procès qui devait s’ouvrir cette année. Les détails de sa fuite rocambolesque du Japon, en décembre dernier, n’ont toujours pas été éclaircis.


Plainte sur l’appartement de Beyrouth

Sur un autre plan, la justice libanaise tiendra à la fin du mois une dernière audience dans l’affaire d’une plainte déposée par Nissan contre M. Ghosn concernant l’appartement beyrouthin, rue du Liban, qu’il occupe depuis son retour au Liban. La compagnie demande que l’ancien patron automobile quitte cette maison dont elle se déclare propriétaire. Lorsqu’il était encore en poste chez Nissan, M. Ghosn avait maintes fois séjourné dans cet appartement. Selon des témoins contactés par L’OLJ, M. Ghosn y réside depuis son arrivée au Liban. Il aurait également été aperçu à plusieurs reprises dernièrement dans des restaurants de la capitale et à l’ouverture du festival de musique d’al-Bustan.


Lire aussi

Tokyo semble insister pour que Ghosn soit jugé par les tribunaux japonais

Abus de biens sociaux : Renault partie civile face à Carlos Ghosn

Les problèmes de Renault liés au management de Ghosn, selon son prédécesseur

Soirées au Château de Versailles : l'enquête sur des abus de biens sociaux visant Ghosn confiée à un juge

Le ministre adjoint japonais de la Justice, Hiroyuki Yoshiie, en tournée hier auprès des responsables libanais, s’est heurté au refus des autorités de voir Carlos Ghosn, l’ancien patron de Nissan, jugé au Japon. Accusé par Tokyo de malversations, le magnat de l’automobile avait fui l’archipel en décembre dernier et trouvé refuge à Beyrouth, d’où il avait dénoncé dans une...
commentaires (5)

Meno male , Mr Aoun , ce qu'on dit en Italien

Eleni Caridopoulou

20 h 13, le 03 mars 2020

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Meno male , Mr Aoun , ce qu'on dit en Italien

    Eleni Caridopoulou

    20 h 13, le 03 mars 2020

  • AU MOINS POUR UNE FOIS UNE DECISION JUSTE.

    LA LIBRE EXPRESSION PARLE AU PEUPLE.

    15 h 32, le 03 mars 2020

  • Voilà au moins une décision du PHARE AOUN COMMANDANTE KHENERAL VISIONNAIRE qu'on ira pas dire qu'elle lui a été imposée par le HEZB LIBANAIS RÉSISTANT. Hahahahahahahahahaha. .......

    FRIK-A-FRAK

    13 h 25, le 03 mars 2020

  • On devrait demander aux compagnies Renault, Nissan, et Mitsubishi de rembourser, d'abord et avant toute autre discussion, tous les milliards qu'ils ont gagné en plus suite à l'arrivée de Carlos Ghosn à leur tête! oh, et oui, ils peuvent en enlever les quelques milliers qu'il a dépensés de façon excessive à leurs yeux. Ils n'ont pas honte de se plaindre des milliers quand ils ont gagné des milliards???

    Badre, Nagib

    07 h 27, le 03 mars 2020

  • Le Japon "accorde de l'importance aux droits de l'homme" ; Permettez-moi d'en douter. Son comportement criminel ; aggravé par une cruauté dépassant tout ce que l'on peut imaginer, avant et pendant la seconde guerre mondiale, en Chine , en Corée, aux Philippines et dans les autres pays du Sud-Est asiatique ainsi que les litiges pendants avec ces pays et leurs ressortissants, notamment les millions de femmes réduites à l'état d'esclaves sexuelles, prouvent le contraire. La seule faute de Monsieur Ghosn a été d'accepter d'exercer son talent au service de NISSAN. Il est au Liban chez lui avec les siens et il y restera.

    Moussalli Georges

    01 h 36, le 03 mars 2020

Retour en haut