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Société - Urbanisme

L’hôtel Saint-Georges, mémoire des jours d’insouciance, obtient son permis de restauration

Si la nouvelle a fait sensation, et pas seulement pour les nostalgiques du vieux Beyrouth, c’est qu’elle apporte un épilogue doux-amer à une polémique féroce qui a longtemps opposé le propriétaire de l’établissement à la toute-puissante société Solidere créée par Rafic Hariri pour reconstruire le centre-ville dévasté.

Le Saint-Georges avant la guerre. Photo prise de la collection Fouad Debbas, publiée dans un article de 2017

Fort d’une autorisation de restauration de son emblématique bâtiment, obtenue le 2 octobre dernier comme l’a assuré à L’OLJ le mohafez de Beyrouth Ziad Chbib, le propriétaire de l’hôtel Saint-Georges, Fady Khoury, guette impatiemment une conjoncture favorable pour lancer le grand chantier qui restituera aux habitants de la capitale l’élégante silhouette d’un immeuble qui a incarné les années d’abondance et d’insouciance d’avant-guerre.

« Après 15 ans d’immobilisme, j’ai tenu récemment une conférence de presse pour annoncer la reprise ; nous avons rouvert le restaurant, ou plutôt le café de l’hôtel, et nous y avons fêté la Saint-Valentin », raconte Fady Khoury à L’Orient-Le Jour. « Et nous essayerons de continuer », relève-t-il en se félicitant d’un environnement politique et judiciaire plus détendu que par le passé.

« Malheureusement, le marasme actuel que nous avons hérité de la politique initiée par l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, à force d’emprunts, nous font douter de la situation », ajoute Fady Khoury, qui proteste contre le délai de paiement indéfiniment reculé d’un dédommagement de 5 millions de dollars accordé par le Haut Comité de secours, après l’attentat de 2005 contre Rafic Hariri, et la tonne d’explosifs qui ont dévasté les lieux, juste en face de l’hôtel.

Si la nouvelle a fait sensation, et pas seulement pour les nostalgiques du vieux Beyrouth, c’est qu’elle apporte un épilogue doux-amer à une polémique féroce qui a longtemps opposé le propriétaire de l’hôtel à la toute-puissante société Solidere créée par Rafic Hariri pour reconstruire le centre-ville dévasté. Une société immobilière qui a remblayé de force la crique et la baie Saint-Georges pour y construire une marina et que Fady Khoury a, depuis des années, conspuée avec un immense calicot couvrant une partie de la façade de l’hôtel : « Stop Solidere ».

Responsable des travaux d’aménagement de la marina, l’ingénieur Daniel Germani avait dans le temps accusé, selon l’AFP, le Premier ministre Rafic Hariri d’« avoir dépossédé le Saint-Georges et court-circuité la justice libanaise en adoptant un décret ministériel sans fondement juridique et en devançant une décision du Conseil d’État ».


(Lire dans Le Commerce du Levant : Le Saint-Georges victime d’une bataille plus grande que lui)



Le passé est passé

Mais ça, c’est du passé. Du passé aussi le temps substantiel pris par l’ancien mohafez de Beyrouth Yaacoub Sarraf et l’ordre des ingénieurs présidé par Jad Tabet pour consentir à la restauration de l’immeuble. « Construit en 1929, en bordure de mer, le Saint-Georges aura bientôt cent ans », confie à L’OLJ Jad Tabet qui avoue avoir fait attendre Fady Khoury le temps de vérifier, expertises à l’appui, que l’armature du bâtiment a résisté au vent et au sel marin, comme sa structure à la formidable explosion du 14 février 2005 qui a emporté les vies de Rafic Hariri, du député Bassel Fleyhane et d’une vingtaine d’autres personnes.

Construit par la Société des grands hôtels du Levant (SGHL) et inauguré en 1932, l’hôtel Saint-Georges était réservé « presque exclusivement » aux ressortissants français, au moins dans ses premières années. « Seuls quelques Libanais y étaient alors admis », écrit Samir Kassir dans Histoire de Beyrouth. Durant ces années, tout ce que comptait le Moyen-Orient de diplomates, de journalistes et d’espions se retrouvaient au Saint-Georges. L’agent double britannique Kim Philby figurait parmi les fidèles. On y complotait le rétablissement de la monarchie irakienne, le renversement de la famille régnante en Arabie saoudite ou l’assassinat du président syrien…

L’âge d’or se termine avec la guerre. Pendant la « bataille des hôtels », qui oppose les milices chrétiennes aux groupes palestiniens et leurs alliés libanais en 1976, le Saint-Georges est pris d’assaut et en partie incendié par les bombes. Au départ des miliciens chrétiens, forcés de battre en retraite, l’hôtel est pillé et dévasté. La plage, elle, se maintient. Mais à la fin de la guerre, la magie du bon vieux temps avait disparu.

Estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars, la reconstruction de l’hôtel devra attendre de meilleurs jours, confie Fady Khoury, qui croit encore à sa bonne étoile. Anticipant sur les beaux jours à venir, la Société des bains de mer, propriétaire des lieux, a en effet construit en face de l’hôtel un grand immeuble qui lui sert d’annexe.

Malgré le permis de restauration, il manquera à l’image originelle du lieu la baie Saint-Georges elle-même et le ponton duquel s’élançaient les canots à moteur tirant les naïades des festivals de ski nautique et le champion du monde de ce sport, Simon Khoury. Il y manquera aussi, avec le sable fin de la crique, la frise de rochers que les plongeurs de la corniche venus épater la galerie évitaient adroitement en faisant des sauts de l’ange dans la grande bleue. Du centre balnéaire situé au sous-sol de l’hôtel et baptisé Saint-Georges - Yacht Motor Club, il ne reste plus aujourd’hui que la piscine et le club privé qui l’entoure, avec un accès à la mer obstinément réclamé comme un droit naturel, mais toujours pas obtenu. De la terrasse du Saint-Georges, on peut contempler la jetée baptisée Zaitunay Bay revendiquée et occupée quelques soirées durant par les révolutionnaires d’octobre. Mirage d’un nom hérité du quartier des cabarets et boîtes de nuit bordant le front de mer, à quelques centaines de mètres du Saint-Georges, et à des années-lumière d’une douceur de vivre et d’une insouciance que les Libanais n’ont pas su préserver.

Fort d’une autorisation de restauration de son emblématique bâtiment, obtenue le 2 octobre dernier comme l’a assuré à L’OLJ le mohafez de Beyrouth Ziad Chbib, le propriétaire de l’hôtel Saint-Georges, Fady Khoury, guette impatiemment une conjoncture favorable pour lancer le grand chantier qui restituera aux habitants de la capitale l’élégante silhouette d’un immeuble qui a...

commentaires (10)

"Ma hada ahsan men hada". Ce qu'a fait la toute puissante société Solidere au centre-ville et en baie du Saint-Georges, est entrain de se faire à Nahr-el-Kalb à quelques petits mètres des stèles rupestres vieilles de 23000 ans et ce, dans un terrain inconstructible cédé par l'ordre des Moines maronites à un parti politique afin d'y construire son Quartier général... Le Liban devient comme un poulailler abandonnée portes ouvertes, laissant aux renards toute la liberté d'exercer leurs talents de bouffer les poules, les coqs et les poussins. Un Kesrouanais.

Un Libanais

18 h 39, le 20 février 2020

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Commentaires (10)

  • "Ma hada ahsan men hada". Ce qu'a fait la toute puissante société Solidere au centre-ville et en baie du Saint-Georges, est entrain de se faire à Nahr-el-Kalb à quelques petits mètres des stèles rupestres vieilles de 23000 ans et ce, dans un terrain inconstructible cédé par l'ordre des Moines maronites à un parti politique afin d'y construire son Quartier général... Le Liban devient comme un poulailler abandonnée portes ouvertes, laissant aux renards toute la liberté d'exercer leurs talents de bouffer les poules, les coqs et les poussins. Un Kesrouanais.

    Un Libanais

    18 h 39, le 20 février 2020

  • Bravo Fadi enfin tu as gagné le pari .

    Antoine Sabbagha

    17 h 52, le 20 février 2020

  • Elle est belle la justice. Ça fait plaisir de la voir triompher. Ça fait trop longtemps qu'elle est bafouée. Quant à moi,cela représente de très beaux et vieux souvenirs. Jeune, j'ai gagné mes premières livres libanaises en faisant un job d'été comme chasseur à l’hôtel St Georges.

    Citoyen

    17 h 40, le 20 février 2020

  • Mabrouk pour M Khoury en espérant que le Sporting Club tout près sera un jour aussi restitué à ses propriétaires.

    Antoine Sabbagha

    16 h 45, le 20 février 2020

  • YOU GOT IT FADY GREAT

    Azar Claude

    16 h 39, le 20 février 2020

  • Joyeux Anniversaire, Joyeuse renaissance, Hotel Saint Georges! En ce jour si particulier, c'est toi, Fady, mon ami d'enfance, le roi de la journée !

    Aref El Yafi

    16 h 04, le 20 février 2020

  • Jadis, le quartier appelé "Zeytouneh" commençait à la station d'essence Minqara jusqu'à l'hôtel Normandy. C'est là où se trouvaient l'hôtel Bassoul, le Kit Kat, le cinéma Rialto, le Club français, l'Eléphant noir, le Chat noir, le cabaret la Pâquerette, le restaurant Mansour, l'agence Chevrolet à laquelle succéda l'Opel, les bains Ondine, la librairie du Globe... Aujourd'hui la Zeytouneh Bay commence de la rive-Est de la baie du Kitkat pour finir au début de la corniche vers le Phare... Quant à moi, je me suis baigné dans le petit bout de sable devant l'hôtel Martinez et aussi au Bain français de l'amiral Baz à l'Ouest de l'hôtel Saint-Georges. Tout cela était lorsque le Liban était le nôtre et non celui des autres !

    Un Libanais

    14 h 42, le 20 février 2020

  • RIEN NE REVIENDRA COMME AVANT. HABILLEZ UNE TRES VIEILLE DAME EN JEUNE MARIEE... DU DEHORS C,EST LA JEUNESSE. DU DEDANS L,AME NE RETOURNERA PAS NI LA JEUNESSE. C,EST DE LA POURRITURE. ET JE NE PARLE PAS SPECIFIQUEMENT DE L,HOTEL MAIS DES NOUVEAUTES QU,ON VEUILLE NOUS FAIRE GOBER.

    MON CLAIR MOT A GEAGEA CENSURE

    14 h 13, le 20 février 2020

  • LE NOM DE 2ZEITOUNA BAY " DONNÉ À CETTE CORNICHE EST UNE ABSOLUE ABERRAYION ! C'EST TRISTE . J'APPELLE A TOUS LES LECTEURS ET JOURNALISTES QUI ME LISENT DE REDONNER A CETTE BAIE SON NOM ORIGINAL : LA BAIE SAINT GEORGES !

    Chucri Abboud

    02 h 22, le 20 février 2020

  • ÇA FAIT PLAISOR ...FADY kHOURY ! eN AVANT MON AMI !

    Chucri Abboud

    02 h 16, le 20 février 2020

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