Adam Ali, qui vit depuis de nombreuses années dans le camp de Kalma, se réjoui que Omar al-Bachir va être livré à la CPI. Photo AFP
Dans l’immense camp de Kalma au Darfour, les déplacés de cette région de l’ouest du Soudan ont appris avec joie la décision prise par Khartoum de remettre à la Cour pénale internationale (CPI) le président déchu Omar al-Bachir.
Chassé du pouvoir en avril 2019 à la suite d’un soulèvement populaire, l’ex-autocrate est accusé depuis 2009 par la CPI de génocide, de crimes de guerre et contre l’humanité lors du conflit au Darfour.
Alors qu’il était toujours parvenu jusque-là à se soustraire aux mandats d’arrêt, les nouvelles autorités de transition ont annoncé vouloir remettre l’ex-président au tribunal de La Haye, où il doit être jugé.
« Tout le monde s’est réjoui lorsqu’on a entendu que Bachir serait remis à la CPI », confie Adam Ali, qui vit depuis de nombreuses années dans le camp de Kalma, situé près de Nyala, la capitale du Sud-Darfour. Comme lui, les habitants de cette région endeuillée par le conflit – plus de 300 000 morts et environ 2,5 millions de déplacés selon l’ONU – ont longtemps exigé que M. Bachir soit remis à la CPI.
Le conflit a éclaté en 2003, lorsque des insurgés de minorités ethniques se soulèvent contre le régime de Khartoum, aux mains de la majorité arabe, l’accusant de marginaliser le Darfour, vaste région recouvrant cinq États. Pour écraser la rébellion, le gouvernement de M. Bachir déploie alors une milice appelée les janjawid, qui sera accusée par de nombreuses ONG d’épuration ethnique et de viols collectifs.
Depuis, des milliers de ces ex-miliciens ont été intégrés dans les rangs des Forces de soutien rapide (RSF), une force paramilitaire dirigée par Mohammad Hamdan Daglo dit « Hemedti », désormais membre du Conseil souverain, organe formé de civils et de militaires chargé d’assurer la transition post-Bachir.
Victoire pour les victimes
À l’issue de longs pourparlers avec les groupes rebelles – notamment ceux du Darfour –, le premier gouvernement post-Bachir, en place depuis le 8 septembre, a pris la décision de remettre l’ancien président à la CPI.
Pour Yakoub Mohammad, un responsable au Darfour, cette décision est une « victoire pour les victimes » et pourrait contribuer à « restaurer la confiance » entre la région et la capitale.
Dans le camp de Kalma, Hassan Issac, un déplacé de 72 ans, se dit lui aussi « soulagé », mais prévient : « Si Bachir et ses bras droits ne sont pas remis à la CPI, la paix ne pourra jamais s’installer au Darfour. » Trois proches de l’ex-autocrate – l’ancien secrétaire d’État à l’Intérieur, l’ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur et l’ex-chef des milices janjawid – seront également remis à la Cour, mais aucun calendrier n’a été établi concernant leur remise et celle de l’ex-président. Les conditions de « remise de M. Bachir (...) seront négociées avec la CPI et les groupes armés », a indiqué le porte-parole du gouvernement, Fayçal Mohammad Saleh.
Parvenir à la paix
Les ONG, comme Amnesty International, plaident quant à elles pour un transfert rapide de M. Bachir. Depuis sa destitution, M. Bachir est incarcéré à Khartoum, où il a été condamné en décembre à une peine de deux ans en institution pénitentiaire pour « corruption ».
Souhaitant rompre avec l’ancien régime, le nouveau gouvernement a entre autres promis de parvenir à la paix dans les zones de conflit au Soudan. Début janvier, le Premier ministre Abdallah Hamdok s’est rendu dans un bastion rebelle, l’État du Kordofan-Sud, la première visite du genre d’un responsable gouvernemental en près d’une décennie.
Et l’annonce de la remise de M. Bachir marque une nouvelle étape dans le processus de paix, estiment les déplacés du camp de Kalma. « Nous avons été soulagés lorsqu’il est tombé et désormais, nous pouvons enfin commencer à nous remettre de la guerre », assure l’un d’entre eux, Jamel Mohammad.
Source : AFP


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