Lorsque le 6 février 2006, le général Michel Aoun, alors chef du groupe parlementaire du Changement et de la Réforme, et Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, ont signé à l’église Mar Mikhaël de Chiyah un document d’entente, qui aurait misé sur la solidité de cet accord ? En dépit de la symbolique du lieu choisi et du fait que cette « cérémonie-
signature » est intervenue au lendemain de la manifestation des extrémistes sunnites protestant contre les caricatures visant le prophète Mahomet qui avait abouti au saccage d’une église à Tabaris, de nombreuses parties politiques et populaires ont considéré qu’il s’agissait d’un accord politique comme il y en a tant au Liban, sitôt signé, aussitôt oublié. Sauf peut-être les deux protagonistes eux-mêmes, qui se rencontraient pour la première fois et ont tout de suite compris qu’ils appartenaient à la même trempe.
Cette signature avait été précédée par de longs mois de négociations menées du côté aouniste par Gebran Bassil, qui n’était encore ni ministre, ni député, ni chef du CPL, et Ziad Abs (passé depuis dans l’opposition au CPL), et du côté du Hezbollah par Ghaleb Abou Zeinab, alors responsable du dossier chrétien au sein de cette formation, et son équipe. Les commentateurs politiques de l’époque avaient d’ailleurs expliqué ce rapprochement par une manœuvre de la part du général Aoun qui avait été plus ou moins rejeté par le 14 Mars, lors des élections législatives de mai 2005. Il avait donc choisi de provoquer la surprise et de sortir en quelque sorte de l’isolement politique dans lequel on cherchait à l’enfermer, en faisant une ouverture en direction du Hezbollah. Les négociations entre les deux formations avaient commencé en juillet 2005 et elles ont été couronnées par la rencontre de Mar Mikhaël. Les deux chefs de file avaient alors eu beau dire qu’il s’agissait d’un document ouvert à toutes les parties qui souhaiteraient le signer, les commentateurs politiques avaient préféré parler de manœuvre qui ne peut pas survivre, les deux formations ayant peu de points communs et des divergences profondes tant sur la tactique interne que sur la stratégie.
Quatorze ans plus tard, cette entente entre le CPL et le Hezbollah, tant au niveau des chefs que de leurs bases respectives, a survécu et semble solide sur la scène politique, face à l’effondrement des alliances traditionnelles, comme le 14 Mars qui n’en finit plus de se lézarder ou même le 8 Mars qui connaît de plus en plus de couacs. Pourtant l’alliance entre le CPL et le Hezbollah est passée par de dures épreuves. La première a été la guerre de juillet 2006, qui aurait pu faire éclater cette alliance, le pays étant divisé sur la question de savoir s’il faut résister aux attaques de l’État hébreu ou céder aux pressions israéliennes et internationales parce que, en définitive, c’est le Liban qui paie les pots cassés.
Dès les premiers jours de la guerre de juillet 2006, Michel Aoun a tranché ce débat, s’alignant ouvertement aux côtés de la résistance contre l’attaquant israélien et demandant à ses partisans d’ouvrir leurs régions face à l’afflux des déplacés chiites du Sud et de la Békaa. Ce qui aurait pu jeter les fondements d’une nouvelle guerre interne entre les déplacés fuyant les bombardements israéliens et les habitants des régions relativement épargnées s’est donc transformé en facteur d’unité. L’accord entre le CPL et le Hezbollah qui n’avait que quatre mois s’est donc consolidé au-delà même des attentes de ceux qui l’avaient signé.
Trois ans plus tard, les élections législatives de 2009 ont quelque peu éloigné les partenaires de cet accord, le CPL reprochant au Hezbollah de ne pas avoir mené la bataille jusqu’au bout préférant donner une victoire facile au 14 Mars, notamment à Beyrouth. Ce premier couac a toutefois été surmonté et c’est ensemble, avec l’aide du chef du PSP Walid Joumblatt, que les deux formations ont fait tomber le gouvernement de Saad Hariri pour le remplacer par celui de Nagib Mikati.
En dépit de quelques divergences, l’accord a donc tenu la route. Mais quelques années plus tard, le malaise est de nouveau apparu. Il y a eu ainsi les deux années de vacance à la tête de l’État au cours desquelles le CPL avait le sentiment que le Hezbollah ne faisait pas ce qu’il fallait pour faire élire Michel Aoun à la présidence de la République. C’est d’ailleurs un peu pour donner une leçon au parti chiite que le CPL a conclu une entente avec les Forces libanaises le 18 janvier 2016. Il s’agissait à l’époque pour les FL d’appuyer la candidature de Aoun pour la présidence moyennant un partage équitable des pouvoirs tout au long du mandat présidentiel. Officiellement, le Hezbollah n’a pas réagi à cette entente, se contentant de déclarer que tout ce qui peut rapprocher les parties internes et faciliter l’accession de Michel Aoun à la présidence est le bienvenu. Mais en réalité, il n’a jamais cru à la solidité de cette entente, préférant miser sur un rapprochement entre le CPL et le courant du Futur, dans le cadre de ce qu’on a appelé « le compromis présidentiel », qui devait durer tout au long du mandat, en élisant Michel Aoun à la présidence et en plaçant Saad Hariri à la tête du gouvernement.
Ce compromis n’a pas survécu à la troisième année du mandat, alors que l’entente entre le Hezbollah et le CPL dure encore. Elle a certes traversé des crises, notamment lors des élections législatives de 2018, où dans plusieurs circonscriptions, les deux formations se sont retrouvées sur des listes rivales, et plus tard à cause des relations compliquées entre le CPL et le mouvement Amal, allié indéfectible du Hezbollah. Malgré tout, l’alliance tient bon. Elle survit en dépit de toutes les pressions internationales subies par le chef de l’État et le CPL pour les pousser à la défaire et fait désormais partie des constantes du paysage politique libanais. Les divergences continuent d’exister, elles vont de l’attitude envers le gouvernement Diab jusqu’à la façon de combattre la corruption, mais aucune des deux parties ne la remet en question. Au contraire, 14 ans après, le Hezbollah et le CPL y sont plus attachés qu’au moment de sa conclusion.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
“” ils ont découvert qu’ils appartenaient à la même trempe “ ( ça sonne comme Trump) . Effectivement la trempe des têtus et des obstinés qui nous ont conduit avec leur clairvoyance au gouffre ds lequel nous sommes.
00 h 00, le 08 février 2020