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En Irak, les forces de sécurité délogent des manifestants

Contestation

Un manifestant a été tué à Bagdad et 40 ont été blessés.

OLJ/AFP
25/01/2020

Trois manifestants hostiles au régime irakien ont été tués samedi à Bagdad et dans le sud du pays, lors d'affrontements avec les forces de sécurité intervenues pour déloger les protestataires de leurs campements.

Le puissant leader chiite Moqtada Sadr avait annoncé la veille qu'il ne soutenait plus les manifestants, faisant craindre à certains que cela ne laisse le champ libre au pouvoir pour réprimer leur mouvement, lancé le 1er octobre pour réclamer de profondes réformes.

Samedi, les forces de sécurité sont intervenues dans des rues et sur des places occupées par les manifestants, ouvrant le feu et lançant des gaz lacrymogènes, notamment à Bagdad où plusieurs sit-ins ont été dispersés. Un manifestant a été tué par un tir et plus de 40 autres blessés dans la capitale, selon une source médicale. Deux autres sont morts et une vingtaine ont été blessés à Nassiriya, dans le sud de l'Irak.

A Bagdad, un journaliste de l'AFP a vu des membres des forces de sécurité munis de matraques poursuivre de jeunes manifestants. Un médecin a indiqué avoir vu la police anti-émeute incendier des tentes abritant des cliniques de fortune pour soigner les protestataires blessés.

Le commandement militaire de la capitale a annoncé avoir repris le contrôle du pont al-Ahrar, qui enjambe le Tigre et relie l'est de Bagdad aux quartiers de l'ouest, où se trouve la Zone verte ultrasécurisée, abritant les sièges des institutions et l'ambassade américaine. Il a également dispersé les protestataires sur la place Tayaran, dans le centre de la capitale.

Les forces de sécurité ne sont pas entrées en revanche dans le principal sit-in sur la place Tahrir, coeur de la contestation, où des jeunes hommes se sont déployés, portant des boucliers noirs métalliques, sur lesquels ils avaient inscrit: "Brigade de protection de Tahrir".



(Lire aussi : Pari réussi pour Moqtada Sadr


Sadr retire son soutien

Des manifestants ont démonté leurs tentes installées sur Tahrir depuis des mois, a constaté un photographe de l'AFP. Nombre d'entre eux étaient venus du quartier de Sadr City, le bastion à Bagdad de Moqtada Sadr.

Les manifestants antigouvernementaux, éclipsés ces dernières semaines par la montée des tensions entre Washington et Téhéran, craignent que le retrait du soutien de Moqtada Sadr, puissant homme politique, n'affaiblisse leur mouvement qui réclame des élections anticipées, un Premier ministre indépendant et la fin de la corruption et du clientélisme.

Un protestataire a accusé le leader chiite de laisser la voie ouverte à la répression. "Quand tes partisans ont commencé à partir, la police anti-émeute est arrivée à 03h00 du matin et a pris le contrôle du pont al-Ahrar. Pourquoi?", a-t-il lancé.

Le leader chiite, qui dirige le plus gros bloc au Parlement et contrôle plusieurs ministères occupés par ses alliés, a soutenu la contestation à ses débuts. Mais vendredi, il a annoncé sur Twitter qu'il ne s'impliquerait plus dans le mouvement, après un rassemblement à Bagdad de milliers de ses partisans réclamant le départ des 5.200 soldats américains stationnées en Irak.


(Lire aussi : Les Irakiens, pris en étau entre Washington et Téhéran)


Le sentiment antiaméricain s'est ravivé dans le pays depuis le tir de drone mené par les Etats-Unis qui a tué le 3 janvier à Bagdad le général iranien Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, et Abou Mehdi al-Mouhandis, son lieutenant irakien.

Samedi, des sits-ins ont également été démantelés à travers le sud du pays. Dans la ville portuaire de Bassora, les forces de sécurité ont dispersé des manifestants installés dans un campement. Leurs tentes ont été brûlées avant que des employés municipaux nettoient la place, selon un journaliste de l'AFP. Mais dans l'après-midi, des manifestants se sont à nouveau rassemblés et des heurts ont éclaté. Dans les villes de Hilla, Diwaniya, Kout et Amara, des correspondants de l'AFP ont vu des manifestants démonter leurs tentes.

Ce mouvement inédit car spontané, dominé par la jeunesse, a été émaillé de violences qui ont fait au moins 470 morts, en grande majorité des manifestants depuis le 1er octobre, et a été marqué par une campagne d'intimidation, d'assassinats et de rapts de militants.



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