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Insolite

Bassam Gossain, kiosquier parisien à la fibre artistique

En décembre dernier, des œuvres de Soulages étaient exposées dans l’antre du Franco-Libanais, sur une place du 17e arrondissement.

Bassam Gossain et sa femme dans leur kiosque du bonheur situé non loin de l’Arc de triomphe. Photo Anne Ilcinkas

« Le mardi, Soulages était exposé au Louvre ; le mercredi, au centre Pompidou, et le jeudi, il l’était ici, dans mon kiosque ! » Bassam Gossain n’est pas peu fier. C’était il y a un peu plus d’un mois, et le kiosquier franco-libanais s’en souvient encore avec bonheur. Son kiosque parisien, situé sur une petite place du 17e arrondissement, non loin de l’Arc de triomphe, avait servi d’écrin, quelques heures durant, à des œuvres du maître de l’outrenoir, Pierre Soulages, actuellement à l’honneur dans la capitale française et dont les toiles flambent sur le marché de l’art. « Les toiles étaient accrochées sur les étagères à magazines. On avait installé deux tentes sur la place pour un petit cocktail, et malgré la grève et la pluie ce jour-là, l’événement avait été un succès avec la présence du maire du 17e, d’anciens procureurs et ambassadeurs et de nombreuses personnes… »

Tout s’était pourtant décidé et organisé très vite. L’idée était née à peine une semaine auparavant, lors d’une discussion entre le kiosquier et l’un de ses clients, un collectionneur d’art, amateur de Soulages. Une discussion à l’issue de laquelle le collectionneur avait décidé de prêter quelques œuvres de Soulages, tableau, lithographies et gravure, au kiosquier.

Pour Bassam Gossain, « l’idée était de donner un push aux commerçants ». « Le quartier est mort-vivant, déplore-t-il. Il faut le redynamiser. Je sais qu’on en a la capacité », affirme celui qui dit aimer l’action et le mouvement.

Un vrai Parisien

Et du mouvement, il en a eu dans sa vie, Bassam Gossain. C’est en 1986 que ce Libanais quitte, seul, Jounieh et son pays pour Paris, « pour fuir la guerre, comme tout le monde ». Il a 21 ans et commence à travailler dans un magasin de matériel artistique à Montparnasse. Là, il fait la connaissance de nombreux artistes venant y acheter des fournitures ou encadrer leurs œuvres. Il prend des cours de dessin et s’essaie à la peinture. « Je me souviens même avoir proposé mes œuvres à la vente dans le magasin, pour rigoler », dit celui dont le sens de l’humour et la bonne humeur ravissent les clients encore aujourd’hui. De cette période, il conserve beaucoup d’amis artistes.

Il y a six ans, il décide de se mettre à son compte et de prendre la gérance d’un kiosque à journaux. Il gère un premier kiosque à Passy. Puis, il y a un peu plus de trois ans, la compagnie en charge des kiosques parisiens lui propose de gérer celui de l’avenue Niel, où il officie actuellement avec sa femme Rola, sept jours sur sept, de 7h30 à 19 heures.

Sur son petit îlot de bitume, Bassam Gossain a trouvé sa place, à l’ombre de quelques arbres, entre une fontaine Wallace, une colonne Morris et quelques bancs. Il décore d’ailleurs la placette au gré des événements, drapeaux de tous les pays lors de la Coupe du monde, ou œufs à Pâques. Entouré de ses 600 titres de presse, il se sent, un peu, le roi du monde.

Ce matin de janvier, le passage est continu dans son kiosque. « Bonjour monsieur Bassam », « Comment ça va, mon ami ? », « Bonne année monsieur le Président ! », « Meilleurs vœux, chef ! ». Les clients entrent et saluent chaleureusement Bassam Gossain et sa femme qui l’a rejoint. Les éditions du Figaro partent comme des petits pains. « Les gens votent à droite dans le quartier », explique le kiosquier, imposant et jovial derrière sa caisse. La plupart des clients sont des habitués, qui achètent tous les jours leur journal à Bassam, devenu avec sa gouaille une figure du quartier.

« Avez-vous le Paris-Turf d’hier ? » lui demande un vieil homme. « Oui, et vous, avez-vous un tuyau pour les courses ? » lui répond le Libanais du tac au tac, en lui tendant son journal. « Mes clients, c’est un peu comme ma famille. Ils sont très gentils. Chaque dimanche, j’ai droit à ma barquette de fraises, de cerises ou d’autres fruits, que m’offre une cliente. Un autre m’apporte un croissant le matin. Ça me rappelle le Liban », dit cet homme qui affirme avoir augmenté son chiffre d’affaires de plus de 30 % par rapport à celui de son prédécesseur. « Ce qui me plaît, poursuit-il, c’est le contact humain. Et puis nous, Libanais, nous aimons le commerce. » D’ailleurs, Bassam Gossain estime que 60 % des 349 kiosques parisiens sont tenus par des Libanais ou des Franco-Libanais. L’un d’entre eux vient justement lui rendre une petite visite. « J’ai besoin d’une paire de chaussettes pointure 43 ½ », l’apostrophe ce collègue d’origine libanaise qui tient un kiosque voisin en entrant dans celui de Bassam. « Arrête avec tes blagues », le rabroue Bassam, avant d’énumérer les kiosques du quartier, également tenus par des concitoyens. Selon lui, c’est parce que les Libanais aiment le commerce et avoir leur indépendance qu’ils choisissent ce métier.

Régulièrement en visite au Liban pour rendre visite à sa famille, il reconnaît que sa vie est à présent en France, où ses trois enfants sont nés et vivent. Pour autant, il suit les nouvelles du pays et ressent toujours une certaine nostalgie. « Ça fait 33 ans que je suis installé à Paris et aujourd’hui, je crois que je vais mourir ici », glisse-t-il, pessimiste. « Je n’ai plus aucun espoir pour le Liban, tant que les mêmes politiciens restent au pouvoir. Ce n’est pas possible que parmi 5 millions d’habitants, il n’y ait pas 50 personnes de qualité ! » s’insurge-t-il.

Alors, le couple s’investit à fond dans la vie de quartier, organisant notamment de nombreuses animations autour de leur kiosque. Bassam Gossain a d’ailleurs été élu président de Village Niel, l’association des commerçants du quartier qu’il vient de créer.

S’il confie ne pas être, pour l’instant, touché par la crise de la presse, il envisage de diversifier ses activités dans un avenir proche. « Je souhaite installer un manège pour enfants et un kiosque pour vendre des crêpes et des hot dogs, explique-t-il. J’ai déjà présenté une demande à la mairie de Paris. » Après avoir donné rendez-vous, avec sa femme, aux habitués pour qu’ils viennent déguster avec eux la traditionnelle galette des rois, le Franco-Libanais organise déjà les prochaines expositions dans son kiosque : Hans Hartung le mois prochain, puis Victor Hugo et Chagall. Aujourd’hui, plus que jamais, Bassam Gossain est heureux comme tout seigneur en son royaume...


« Le mardi, Soulages était exposé au Louvre ; le mercredi, au centre Pompidou, et le jeudi, il l’était ici, dans mon kiosque ! » Bassam Gossain n’est pas peu fier. C’était il y a un peu plus d’un mois, et le kiosquier franco-libanais s’en souvient encore avec bonheur. Son kiosque parisien, situé sur une petite place du 17e arrondissement, non loin de l’Arc de...

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