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Cinéma

La salle n’est plus, mais Metropolis est toujours vivant

Le seul cinéma d’art et d’essai a le drapeau en berne. Celui qui a survécu à tous les conflits et toutes les crises est finalement tombé, lui aussi, victime de la crise économique.

Metropolis Empire Sofil, une salle désormais fermée au public. Photo DR

Tout d’abord il faut être bien clair. Si la salle Empire, à Sofil, a fermé ses portes, c’est bien l’association Metropolis et la culture cinématographique indépendante qui en sont les premières victimes. Ce sont les milliers de spectateurs assoiffés de cinéma de qualité, international, arabe, libanais, et qui n’avaient comme fenêtre de culture que cette salle Metropolis, qui en font les frais. Ce sont aussi et en premier lieu cette poignée de passionnés, notamment Hania Mroué, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Zeina Sfeir, Georges Shoucair et Ghassan Salhab, qui, en 2006, ont cru en ce projet et ont voulu l’offrir aux Libanais. Il y a un mois déjà que les portes de la salle Metropolis Empire Sofil sont fermées, mais personne ne l’a vraiment réalisé, probablement parce que trop occupé par d’autres problèmes. Mais la fermeture a trop longtemps duré et l’on apprend aujourd’hui qu’elle pourrait être définitive.

Metropolis a une histoire riche en rebondissements, en jours heureux et malheureux. Née en 2006, l’association a été créée dans le but de défendre et de promouvoir le cinéma sous toutes ses formes. Ses objectifs se sont développés autour de plusieurs axes : promouvoir des films libanais, arabes et internationaux indépendants ; inciter le jeune public à découvrir le cinéma à travers des programmes sur mesure ; établir une programmation riche et variée en présentant différents genres, époques et tendances, avec un intérêt pour les films et documentaires alternatifs, et permettre l’accès au cinéma pour tous. Le nombre de spectateurs atteignait dernièrement le chiffre de 800 000. L’association Metropolis offrait à voir donc toute l’année des films rarement présentés dans les grandes salles commerciales à travers le Liban. Cela lui a permis de fidéliser un nouveau public qui n’a cessé de croître au fil des ans. Le cinéma avait commencé par accueillir les événements et activités dans une salle au théâtre al-Madina, à Hamra. Et même au plus fort de la guerre de 2006, il n’avait pas fermé ses portes. En 2008, l’association Metropolis avait signé un contrat avec le circuit Empire lequel louait déjà les salles auprès de Bank Audi. Le contrat stipulait que le circuit continuait à payer les loyers tandis que l’association devait verser le produit de la billetterie à Empire, créée par la famille Haddad.


À la recherche d’un autre lieu
L’association Metropolis ne projetait en aucun cas d’arrêter ses activités. « D’ailleurs, signale sa directrice Hania Mroué, nous avions des événements en cours qui devaient avoir lieu dès la réouverture des salles, comme Beirut Animated, la Rétrospective Agnès Varda ainsi que les Écrans du réel. Nous avons été surpris de la décision du circuit Empire, bien que les responsables aient évoqué cette possibilité avant la “thaoura”. Nous avions, à l’époque, insisté pour la continuation des activités. D’ailleurs, Metropolis, qui n’a jamais eu recours à ces moyens, avait procédé à une levée de fonds, début octobre. Ce fut une réussite et nous étions prêts à affronter la nouvelle année. » Et Mroué de poursuivre : « En faisant cette levée de fonds, nous nous étions engagés envers notre public, qui nous a soutenus, à continuer nos activités durant une année. Nous ne voudrions en aucun cas le décevoir. C’est pourquoi nous sommes à la recherche d’un autre lieu. »

Mario Haddad, contacté par L’OLJ, explique, pour sa part, regretter d’avoir dû prendre la décision de fermer la salle. Après avoir accumulé du retard au niveau des paiements à Bank Audi, il était désormais acculé à les honorer. Jusqu’à présent, précise-t-il, les salles de l’Empire Sofil avaient réussi à se maintenir avec le soutien des autres salles du circuit Empire. Mais ces derniers temps, la situation est devenue quasi catastrophique dans ces salles-là également. Metropolis, malheureusement, en est la première victime. On ne peut que déplorer ce fait. La culture et l’ouverture aux autres sont trop souvent les premières victimes en temps de crise. L’État n’a jamais aidé cette association, mais qu’en est-il des amoureux du cinéma et de tous ceux qui voulaient que le cinéma libanais émerge et soit sur la plate-forme internationale ? N’est-il pas triste de voir se ternir tous ces espoirs mis dans un cinéma jeune qui commençait à pointer du nez ? Il faut donc espérer que Metropolis trouve vite un autre lieu qui pourrait l’accueillir ainsi qu’un public le soutenant avec ferveur.



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commentaires (3)

Difficile de faire viré une salle d'art et d'essai sans l'aide des pouvoirs publics, pour financer, au moins partiellement, les prix des billets.

Marionet

08 h 21, le 11 janvier 2020

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Commentaires (3)

  • Difficile de faire viré une salle d'art et d'essai sans l'aide des pouvoirs publics, pour financer, au moins partiellement, les prix des billets.

    Marionet

    08 h 21, le 11 janvier 2020

  • Pauvre Liban...

    NAUFAL SORAYA

    07 h 51, le 11 janvier 2020

  • C'est vraiment Dommage ....un espace de culture bloque !!!

    Imad A. Aoun

    07 h 40, le 11 janvier 2020