Carlos Ghosn à Beyrouth, le 8 janvier 2020, Photo AFP.
Carlos Ghosn, le magnat déchu de l'automobile qui s'exprime mercredi à Beyrouth pour la première fois de manière publique depuis sa fuite rocambolesque du Japon le 29 décembre dernier, a affirmé que la justice japonaise l'avait forcé à avouer ce qu'elle lui reproche dans le cadre d'une série d'accusations qu'elle lui a adressées.
"(Lors de ma première audition devant un juge, il y a un an), j’étais menotté, j'avais une chaîne en métal autour de ma taille (…). J’avais passé Noël et le nouvel An tout seul dans une cellule (…). Mes seuls contacts avec ma famille étaient des lettres (…). On m’a dit qu’il fallait avouer. Voilà ce que le procureur m’a dit à plusieurs reprises. Il y a des enregistrements. Vous pouvez le vérifier. On m’a dit que si je n’avouais pas, on allait me poursuivre et poursuivre ma famille. (…) Il n’y avait aucune issue à cela. J'ai ressenti un profond désespoir pendant plus de 130 jours de détention", a affirmé l'ancien PDG de Renault-Nissan, lors d'une conférence de presse très attendue au siège de l'Ordre des journalistes à Beyrouth.
Interpellé en novembre 2018 à la descente de son jet privé au Japon, M. Ghosn avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours de prison. Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le Japon dans l'attente d'un procès dont la date n'a pas été fixée, et de contacter son épouse Carole, visée désormais par un mandat d'arrêt de la justice japonaise. Détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne, il fait l'objet de quatre inculpations au Japon : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (qui est aussi poursuivi sur ce volet), et deux autres pour abus de confiance aggravé.
Il est soupçonné de s'être enfui le 29 décembre en prenant un jet privé à l'aéroport international du Kansai, près d'Osaka (ouest du Japon), en compagnie de deux complices présumés, de nationalité américaine selon la télévision japonaise. Il aurait échappé aux contrôles en se cachant dans un caisson de matériel audio pour des concerts, selon des sources concordantes. Après une courte escale à Istanbul, le temps de changer de jet, il a atterri à l'aube du lundi 30 décembre au Liban, où il est entré "légalement", muni d'un passeport français et de sa carte d'identité libanaise.
Le Japon a dénoncé une évasion "injustifiable", tandis que le groupe automobile Nissan l'a qualifiée d'"extrêmement regrettable". L'affaire a pris une ampleur internationale et des enquêtes sont en cours au Japon et en Turquie, où M. Ghosn a fait escale.
M. Ghosn, ses proches et sa défense clament depuis le début son innocence et soutiennent qu'il a été victime d'un "complot" ourdi par Nissan pour le faire tomber, avec la complicité des autorités japonaises, car il s'apprêtait à organiser une fusion entre Renault et Nissan.
Nissan a déclaré mardi dans un communiqué que son enquête interne "solide et approfondie" avait permis de découvrir un nombre important de fautes graves commises par Carlos Ghosn à la tête du constructeur automobile. "Les faits démontrent que cette enquête n'a jamais eu pour but de découvrir la vérité; elle a été lancée et conduite dans le but prémédité d'abattre Carlos Ghosn pour l'empêcher de pousser plus loin l'intégration de Nissan et Renault, qui menaçait l'indépendance de Nissan, l'une des sociétés emblématiques du Japon", ont rétorqué les avocats de M. Ghosn dans un communiqué diffusé dans la nuit de mardi à mercredi.
Le Liban, qui n'a pas d'accord d'extradition avec le Japon, a reçu une demande d'arrestation d'Interpol. M. Ghosn pourrait être entendu par le parquet général, comme l'impose la procédure.


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