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Liban

Les actions contre les banques prennent un tour de plus en plus violent

Contestation

Une branche incendiée à Ras el-Metn, des échauffourées à Saïda et à Halba, un sit-in à Verdun... et des routes coupées un peu partout.

S.B. | OLJ
04/01/2020

Dans le contexte de la crise économique et financière qui sévit au Liban, les manifestants antipouvoir, mobilisés depuis près de trois mois, multiplient, en ce début d’année, les actions contre les banques, qui continuent d’imposer des limitations aux retraits des clients, notamment en devises étrangères. Des actions dont certaines ont versé dans la violence, comme lorsqu’une branche de la Byblos Bank à Ras el-Metn, sur les hauteurs du caza de Baabda, a été incendiée par des inconnus dans la nuit de jeudi à vendredi. Des habitants ont tenté d’éteindre le feu, et les forces de l’ordre ont ouvert une enquête. Le député Hadi Abou el-Hosn, du bloc de l’ancien député et chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt, a dénoncé cet incident sur son compte Twitter, le qualifiant d’« inadmissible et condamnable ». « On ne peut accepter ce glissement vers le chaos et les agressions contre les propriétés privées et publiques », a-t-il ajouté. Par ailleurs, dans un communiqué, la Byblos Bank a remercié les habitants du quartier et la Défense civile qui ont réussi à maîtriser l’incendie, assurant que l’agence œuvre à rouvrir ses portes le plus vite possible.

Un autre incident a eu lieu à Beyrouth : alors qu’une manifestation avait été annoncée devant une branche de la Fransabank à Hamra, la brigade antiémeute des Forces de sécurité intérieure a été dépêchée sur place, et la branche a fermé ses portes. Sauf que le vrai sit-in avait lieu ailleurs : c’est devant le siège principal de la direction de la Banque du Liban et d’Outre-Mer à Verdun que se sont rassemblés les manifestants. Interrogés par les médias sur leurs motivations, ils ont réaffirmé « leur refus du contrôle des capitaux illégal exercé par les banques, alors qu’aucune loi n’est en vigueur à ce propos au Liban ». Stigmatisant le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, et les banques, les manifestants ont affirmé que « des actions légales seront envisagées contre les banques si celles-ci continuent de refuser d’accéder aux demandes des déposants ».


(Lire aussi : La nouvelle année entamée par une nouvelle série d’actions ciblées)


Quasi-scène de guerre à Halba

Dans d’autres régions, des affrontements entre employés de banques et clients ont eu lieu, et ce pour la deuxième journée consécutive après la trêve des fêtes. À Saïda, des manifestants se sont introduits dans la branche de l’une des banques pour scander des slogans en faveur de la « libération de l’argent des citoyens » et « la fin de la limitation des retraits bancaires touchant les petits déposants ». Selon l’Agence nationale d’information, les protestataires s’en sont verbalement pris aux employés de cette banque, les exhortant à « faciliter les démarches des clients ».

Même scène à Halba, chef-lieu du Akkar. Un sit-in dans l’une des banques se poursuivait hier soir, avec un nombre grandissant de protestataires. Ceux-ci, alertés par un déposant qui n’arrivait pas à retirer une somme d’argent dont il a besoin pour se faire opérer, se sont allongés sur le sol dès 11 heures, affirmant qu’ils ne quitteraient pas l’établissement « tant que les clients ne pourront pas accéder à leur argent ». Une situation qui a donné lieu à des échauffourées avec les forces de l’ordre, dépêchées sur les lieux pour seconder les employés. En soirée, les affrontements se sont sérieusement aggravés, la brigade antiémeute ayant recours à des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc dans une ultime tentative de disperser les protestataires. L’un des contestataires sur place, Firas Abdallah, indiquait hier en soirée à L’OLJ que « les manifestants ne comptent pas quitter la banque avant que ce déposant, qui a eu un malaise dans cette branche et a dû être soigné par la Croix-Rouge, n’ait pu vider tout son compte de cette banque en laquelle il n’a plus confiance ». « Les affrontements se sont durcis avec les FSI et ont fait huit blessés dans nos rangs, dont plusieurs sont toujours hospitalisés, a-t-il poursuivi. C’est l’intervention de l’armée qui a un peu calmé le jeu. Nous n’avons plus de contacts qu’avec l’armée et le directeur de la branche. » Ne craignent-ils pas que de tels mouvements ne fragilisent encore plus le secteur bancaire ? « Ce qui fragilise le secteur bancaire, ce ne sont pas les petits déposants, mais bien les grands comptes qui en ont été vidés », affirme encore Firas.


(Lire aussi : Lutte contre la corruption : une vieille rengaine plus que jamais d’actualité)


« Un minimum d’une heure ou deux à la banque »

Cette situation tendue était de mise dans la plupart des établissement bancaires hier, qui connaissaient un afflux de clients devenu habituel depuis le début de la crise. Certaines banques ont désormais renforcé leur sécurité par la présence d’un agent des FSI, qui vient seconder la sécurité interne de la banque. Cet agent est supposé demander du renfort pour protéger la banque en cas de manifestations ou de dérapages.

« J’ai fait le tour de plusieurs banques aujourd’hui, pour finir les formalités de toute la famille, raconte à L’OLJ une cliente dans une banque au Kesrouan. Il faut compter une à deux heures d’attente dans chaque branche. Et ce n’est même pas pour obtenir gain de cause, mon mari ne peut toujours pas retirer l’intégralité de son salaire. »

Un client dans une autre banque nous montre son ticket d’attente. « Cela fait trois quarts d’heure que je suis là et j’en ai encore pour une bonne demi-heure, lâche-t-il. C’est devenu pénible de se rendre à la banque. »

Certains clients préfèrent se montrer compréhensifs. « Cette situation affecte tout le monde, il faut patienter, affirme une femme. À quoi cela sert-il d’incendier des banques et de s’attaquer à ces employés qui sont dans la même situation que nous ? » Le pire, pour elle, « est à venir ». « Mon mari et moi sommes employés, lui touche déjà une moitié de salaire », dit-elle.


L’armée arrête des contestataires

Outre les actions ciblées contre les banques, l’année commence également avec un regain de la mobilisation dans la rue, notamment via des actions de fermetures de routes. Dans la nuit de jeudi à vendredi, à l’aube le plus souvent, un grand nombre d’axes importants ont été bloqués par des manifestants. Mais en journée hier, la quasi-totalité des routes avaient été rouvertes, notamment après l’intervention de l’armée. Cependant, dès la nuit tombée, les fermetures de routes à l’aide de pneus brûlés ont recommencé, notamment dans le Akkar.

Hier matin, c’est un axe important, l’autoroute de Nahr el-Kalb, entre le Kesrouan et le Metn, qui a été bloqué tôt. Dès huit heures, il était rouvert par l’armée, qui a poursuivi et arrêté plusieurs manifestants, gardant quatre d’entre eux sous les verrous pour avoir « jeté des pierres sur les soldats », selon le communiqué de la troupe. Ces affrontements ont fait cinq blessés. Selon ce communiqué, « des couteaux, des engins pyrotechniques et des talkies-walkies ont été saisis ».

Interrogés par les médias, certains de ces manifestants ont déclaré être en colère à cause du fait que « la formation du nouveau gouvernement, par son chef désigné Hassane Diab, continue d’obéir aux mêmes impératifs de partage des parts entre les principales forces politiques, comme si la contestation n’existait pas ». Le mouvement de la révolte du 17 octobre exige la formation d’un gouvernement d’experts indépendants pour sortir le pays de la crise.

Ailleurs, d’autres routes ont été coupées brièvement avant d’être rouvertes par l’armée, comme à Abdé et Halba (Akkar), où des coups de feu ont été entendus en soirée selon des manifestants, à Tripoli (plusieurs axes principaux), ainsi que l’autoroute de Jiyé dans l’Iqlim. Certaines institutions officielles ont également été la cible de manifestations, comme, à Halba, le siège d’Ogero, du ministère des Finances, le bâtiment du cadastre, et celui d’Électricité du Liban… Les protestataires ont demandé aux fonctionnaires de ces agences de cesser leur activité.

Jeudi, 12 militaires avaient été blessés par des jets de pierre et trois véhicules de l’armée ont été pris pour cible par des individus devant la compagnie d’électricité à Deir Ammar, au Liban-Nord.



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