En librairie

Lorsque la plume de Michel Bussi s’emballe et rêve en technicolor

Avec son dernier roman « J’ai dû rêver trop fort » (Presses de la Cité – 477 pages), à travers un thriller bien ficelé, il sonde un sujet insondable : l’amour. Qu’il se tranquillise, le second auteur le plus lu en France, on ne rêve jamais assez, tout comme on n’aime jamais assez... Plongée dans un univers romanesque captivant aux confins du surréalisme.

Michel Bussi. Photo AFP

À 54 ans, tout sourit à Michel Bussi. Surtout sa carrière de professeur d’université et d’écrivain. Mais même la télé et le cinéma le courtisent et courtisent ses romans. Un vrai bain de fraîcheur au petit écran pour les feuilletons Maman a tort et Un avion sans elle tirés de ses écrits. Si les manuscrits de ses premiers romans ont eu de la peine à être acceptés par les maisons d’édition et être publiés, le destin (et le public) en a décidé autrement. Car à partir de l’an 2000, c’est-à-dire après une bonne décade de galère où ses livres ne sortaient pas des tiroirs et étaient objets de refus – tendance, chance ou goût du jour, allez savoir – le sésame du succès s’opère et les prix pleuvent (Prix Maison de la Presse, Prix Gustave Flaubert, Prix Polar méditerranéen).

Et ce sera grâce à son roman Code Lupin, aventures rocambolesques sur un rythme speedé, après un voyage à Rome et le planétaire engouement pour le Da Vinci Code de Dan Brown que les lecteurs s’emballent pour la signature de Michel Bussi dont l’étoile ne va plus pâlir… Et c’est un chapelet d’une quinzaine d’ouvrages (romans et nouvelles) qui va propulser l’auteur des Nymphéas noirs au firmament des lettres et le sacrer auteur préféré des Français et favori à plus de trente langues de traduction…

Aujourd’hui, il revient en devanture des librairies avec J’ai dû rêver trop fort (Presses de la Cité – 477 pages). Et d’emblée il avertit ses lecteurs : « J’ai envie de surprendre mais aussi d’émouvoir. Je ne recherche pas à retranscrire la réalité, mais à la sublimer. » Surprendre et émouvoir et non copier la réalité, avec le rêve en trait d’union, n’est-ce pas au fond la mission de toute littérature ? Alors de quoi s’agit-il exactement ?

En quatre escales, Montréal, San Diego, Barcelone et Djakarta, dans un jeu de miroirs, entre 1990 et 2019, se déploie une partition, parfois tirée par les cheveux il est vrai, mêlant passion et suspense, au plus près des intermittences du cœur. Avant d’aller plus loin et de tourner les pages de ce gros pavés aux innombrables rebondissements, pas souvent hélas heureux surtout quand il s’agit d’un crash d’avion, un autre avertissement de l’auteur : les belles histoires d’amour ne meurent jamais ! On veut bien le croire ! Même si ces histoires se calfeutrent le plus souvent au fond des souvenirs et deviennent source de lumière et d’énergie…


Entre deux voyages

Alors la plume s’emballe, et c’est dans un esprit entre les émotivités un peu sucrées et édulcorées à la Guillaume Musso et Marc Lévy pour série Harlequin en technicolor que s’élance cette histoire abracadabrante, mélo enrobé d’humour, de culture (on se réfère à Éluard, Lamartine, à l’univers des chansons de variétés) tenue par des personnages à la fois ordinaires et un peu fantasques, avec un décor exotique, un brin de mysticisme et surtout l’imprévisible suspense des situations.

Raconter l’histoire serait porter un coup de poignard à la trame de la narration, si essentielle dans ce livre qui baigne dans une savoureuse irréalité, surtout quand on entre dans le jeu si complexe entre intrigue, passion et signes du destin de l’écrivain qui se transforme en illusionniste !

Mais disons que la narration tourne autour de Nathalie, hôtesse de l’air, mariée, plutôt heureusement, et mère de deux filles, qui navigue entre les continents et les pays. Ce qui ne l’empêche pas de tomber brusquement raide morte d’amour pour Ylian, ce passager musicien un peu raté, à la grâce angélique et aux allures de saltimbanque. Entre deux voyages, deux aéroports et deux valises, les amours, sous le coup d’un grand éblouissement, traînent en longueur au fil du temps. Ode à la liberté qui se joue de toutes les certitudes, ce roman, écrit en toute fluidité et porté par une poésie sous-jacente au bout des phrases, est aussi à mi-chemin d’une histoire gigogne.

Une histoire habilement construite, par-delà ce que la vie offre tout en ne garantissant jamais rien, où les êtres ont le pouvoir de se réfugier dans les souvenirs. Pour se réchauffer et continuer à vivre. Souvenirs pour croire jusqu’au bout ce qui a marqué leurs parcours.


Pour mémoire

Comment écrire un best-seller, selon Michel Bussi


À 54 ans, tout sourit à Michel Bussi. Surtout sa carrière de professeur d’université et d’écrivain. Mais même la télé et le cinéma le courtisent et courtisent ses romans. Un vrai bain de fraîcheur au petit écran pour les feuilletons Maman a tort et Un avion sans elle tirés de ses écrits. Si les manuscrits de ses premiers romans ont eu de la peine à être acceptés par les...

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