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Liban

Sur le Ring, des bougies à la mémoire des victimes de la crise

Reportage

« Si nous restons cantonnés dans nos tentes, personne ne nous écoutera. Nous devons être là », lance une manifestante, alors que d’autres contestataires s’opposent à la fermeture du pont.


OLJ
05/12/2019

« Pour ceux qui se sont suicidés. Notre présence dans la rue est éternelle. » Répondant à un appel lancé sur les réseaux sociaux après l’annonce du suicide, à Nabaa, d’un père de famille, Dany Abi Haidar, confronté à des difficultés financières, des manifestants se sont regroupés hier après-midi sur la voie express du Ring, à Beyrouth. « Révolution ! » scandaient les protestataires, alors que d’autres manifestants s’opposaient au blocage de cet axe routier vital. Des échauffourées ont éclaté entre certains manifestants et des policiers antiémeute, vers 17h. L’armée est arrivée en renfort une heure plus tard et des bousculades ont eu lieu. Si les policiers se sont efforcés, dans un premier temps, de rouvrir les voies bloquées, ne ménageant même pas les dames d’un certain âge qui participaient au mouvement, ils ont fini par laisser faire les protestataires. Selon notre journaliste sur place Tilda Abou Rizk, les policiers antiémeute ont bloqué la route du Ring devant les manifestants qui venaient en renfort à partir du quartier de Hamra. Ces derniers se sont alors déplacés pour bloquer les deux voies au niveau de l’église Saint-Maron, puis de nouveau celle menant d’Achrafieh à Hamra. Un colonel en charge de l’unité de police antiémeute sur le Ring a affirmé à L’Orient-Le Jour que la brigade agit selon les ordres qu’elle reçoit du ministère de l’Intérieur. « Si on nous demande de rouvrir la route, nous la rouvrons. Là, nous laissons la route fermée, car nous constatons que cela ne sert à rien de la rouvrir », a-t-il expliqué. À côté de lui, un jeune homme réclame justice. « Nous avons été sauvagement battus et sans raison par un policier hier (mardi). Je fais valoir mon droit. Il faut que justice soit faite. » Le colonel lui demande s’il peut reconnaître son agresseur et s’il a une vidéo de l’incident. Le jeune homme acquiesce et le colonel promet de suivre l’affaire.

« Pour ceux qui se sont suicidés. Notre présence dans la rue est éternelle. Notre révolution pour la liberté », scandaient des manifestants, en faisant un jeu de mots en arabe, en allusion aux deux cas de suicides enregistrés ces derniers jours sur fond de crise économique et sociale aiguë. D’autres criaient : « Révolution contre le suicide. »

Des appels à marcher vers le ministère de l’Intérieur, situé à Sanayeh, pour réclamer la libération des manifestants détenus, ont été également lancés par certains meneurs dans les rangs des protestataires, mais les avis étaient partagés. « Le Ring est devenu un axe et un rituel. L’opinion publique se retourne contre nous. Il faut que nous bougions », s’insurge Gina, qui accuse le groupe Sabaa d’être « engagé dans des négociations secrètes avec le président, au sujet de la formation du nouveau gouvernement ».


(Lire aussi : En dépit de l’annonce des consultations, la situation reste confuse, le décryptage de Scarlett HADDAD)


« Les fleurs et les roses ne servent plus à rien »

Nombreux sont ceux qui pensaient qu’au contraire, une manifestation centrale au niveau du Ring a plus d’impact. « Si nous restons cantonnés dans nos tentes, personne ne nous écoutera. Nous devons être là (en bloquant les routes) », insiste Nidal, une manifestante. « Les fleurs et les roses ne servent plus à rien. Je n’appelle pas à la violence, mais nous avons besoin d’actions sérieuses. Nous avons affaire à un pouvoir irrationnel », ajoute-t-elle.

Un groupe de manifestants a allumé des bougies sur le bitume, en hommage « aux victimes » de la crise. « Nous coupons des routes, mais nous allumons des bougies aussi, pour montrer que nous sommes pacifistes », expliquait l’un d’eux. « Combien devront encore se suicider avant qu’ils (les responsables) ne se réveillent ? » demandait une autre manifestante. Plusieurs personnes brandissaient des pancartes avec ce même slogan.

« Va-t’en ! Ton mandat a affamé tout le monde », criaient d’autres manifestants en chœur, en allusion au mandat du chef de l’État. Des insultes contre Michel Aoun et son gendre, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, fusaient également, tandis que d’autres protestataires appelaient à ne pas lancer d’insultes. Un peu plus loin, un autre groupe scandait les slogans répétés depuis le 17 octobre contre le pouvoir, en y ajoutant cependant un élément nouveau, se rapportant à la désignation possible de l’homme d’affaires, Samir el-Khatib, à la tête du gouvernement. Celle-ci est rejetée par les protestataires qui voient en lui une figure du système qu’ils rejettent. « Tous sans exception, dont Khatib », scandaient à l’unisson un groupe de jeune en allumant des cierges sur toute la largeur de la voie Achrafieh-Beyrouth du Ring. « Khatib, Khatib, le gouvernement, tu ne le verras pas », ajoutaient-ils.

La raison de cette hostilité s’explique notamment par le fait que l’homme d’affaires, dont la compagnie Khatib & Alami a pris en charge de nombreux projets de consultation pour le compte de l’État, a accepté de se prêter au jeu des tractations pour la composition du gouvernement avant même que les consultations parlementaires contraignantes pour la désignation d’un Premier ministre ne soient convoquées par le président, qui les a finalement fixées à lundi prochain. Parmi les manifestants, le joaillier de renommée internationale, Sélim Mouzannar, dénonce ainsi « des combines qui se sont substituées aux consultations ». « Nous voulons vivre dans un contexte d’État. Il faut qu’il y ait de la transparence », fulmine-t-il.



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aliosha

Bande de souris inconscientes : les malheureux qui se sont suicidés avant hier , hier et par malheur demain et apres demain c'est VOUS qui en etes responsables. Vos bougies stupides ne vous rachetent pas. Cessez vos coupures de routes , vos polutions avec vos pneus brulés , etc. Au travail...

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