Nos Lecteurs ont la Parole

Que choisir : révolution violente ou changement concerté ?

par Joseph W. ZOGHBI
OLJ
04/12/2019

La mainmise de l’establishment en place après la guerre de 15 ans, qui a secoué le Liban entre 1975 et 1990, a mis à sac les richesses du pays et sapé son potentiel de développement en établissant une équation inviolable basée sur le confessionnalisme et le clientélisme, verrouillant ainsi d’une manière quasi inviolable les possibilités de changement politique et institutionnel. Toutes les tentatives de casser cette spirale infernale, basées sur le confessionnalisme politique et le clientélisme satellitaire, qui a dirigé le pays en le pillant, et qui a créé un establishment puissant et tentaculaire, ont été avortées en utilisant la sacro-sainte défense des acquis de ces accords, qui ont consacré la victoire sur l’ancien régime et en menaçant le pays de la reprise de la guerre civile.

Les accords de Taëf, qui ont déplacé le pouvoir de la présidence de la République au Conseil des ministres « réuni », et qui ont donné un pouvoir puissant et inattaquable au Premier ministre, en éliminant toute possibilité de changement structurel ou évolution institutionnelle, puisque bloqué par la volonté d’une seule personne, ou d’un seul groupe, comme l’était avant le pouvoir présidentiel, a mené le pays au grippage institutionnel actuel, donc à l’impossibilité de l’exercice de la démocratie et de l’alternance.

Historiquement, aucun parti ou groupe politique, qu’il soit confessionnel ou autre, ne peut gouverner sans opposition, car le pouvoir incontrôlé ne mène qu’au despotisme avec son cortège de tyrannies. Les prises d’intérêts, politico-économico-financières, de surcroît illégales, ne pouvant être freinées, conduisent irrémédiablement, quand leur exercice devient insupportable, aux soulèvements populaires. Aucun bouchon ne résiste à des pressions qui touchent l’espace vital de la population. C’est ce qui se passe actuellement dans notre pays.

La machine s’emballe avec les contradictions politiques mêlées au mécontentement populaire qui n’ont pas nécessairement les mêmes objectifs. La solution des problèmes devient inextricable et la machine risque d’exploser.

L’exercice oligarchique du pouvoir qui a conduit à une corruption sans limites qui a gangréné le corps de l’État a rendu les réformes quasi impossibles. Sous ces conditions, en se posant la question du choix entre le changement par la méthode douce plutôt que violente suppose que tous les acteurs en présence acceptent de se plier à des règles pragmatiques strictes d’honnêteté et de probité. Ceux qui pensent encore détenir le pouvoir doivent descendre de leur piédestal et analyser correctement la situation du pays qui est au bord du précipice, puisque tout mauvais pas entraînera inexorablement, avec violence, un désastre économico-financier et social dont le Liban ne se remettra pas ; et s’il s’en remet, ce serait au bout de décennies, mais avec son cortège de changements démographiques importants, surtout en présence d’une bonne moitié d’étrangers au nombre de sa population actuelle. Ces acteurs doivent se rendre compte que le problème est donc un problème de structure des institutions qui n’est plus adapté à la situation du pays et que le système politico-confessionnel n’est plus de mise.

En prenant en considération le fait que toute mainmise d’une confession sur tous les rouages de l’État, quelle que soit sa force, y compris militaire, est impossible à cause des équilibres internes et géopolitiques. Il faudrait dans ce cas chercher à trouver d’une manière ou d’une autre, à travers des comités ad hoc représentant les forces en présence, réunis autour du chef de l’État, y compris les nouvelles forces issues du « soulèvement populaire », chercher à réformer et moderniser les institutions qui, pour s’appliquer à tous, devrait être plutôt civile, laïque, démocratique et multiconfessionnelle avec séparation des institutions religieuses et de l’État, mettant en avant avec insistance l’État de droit.

Faute de changement par concertation, le changement par la violence montre son nez et deviendra une question de temps.


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