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Liban

Avec le contrôle des virements, les étudiants libanais à l’étranger se serrent la ceinture

Crise économique

Selon une source bancaire, le transfert des devises à l’étranger est plus facile dans le cas des étudiants installés à l’étranger avant la crise.

Nada MERHI | OLJ
03/12/2019

Avec la crise économique qui sévit dans le pays et le contrôle des liquidités imposé par les banques, de nombreux étudiants qui poursuivent leurs études à l’étranger se retrouvent dans une situation financière délicate. Comme Fabienne, 23 ans, qui poursuit ses études universitaires à Paris où elle s’est spécialisée en ingénierie culturelle. Ses deux sœurs font également leurs études dans la capitale française. « Nos parents ont du mal à nous transférer de l’argent, confie-t-elle. Nous sommes plusieurs Libanais à nous trouver dans cette même situation. Nous pensons sérieusement trouver du travail pour pouvoir joindre les deux bouts. »

La jeune fille explique que jusqu’à présent, ses sœurs et elle ont pu gérer la situation. « L’année dernière, j’ai travaillé pendant sept mois et j’ai économisé une grande partie de mon salaire, poursuit-elle. J’ai utilisé cet argent pour couvrir les frais d’électricité, le loyer, les factures de téléphone et d'internet, nos frais de transports, etc. Je peux encore tenir un mois. Ce délai passé, je vais devoir me débrouiller autrement. »

Depuis le début de la crise économique, les trois sœurs ont changé de train de vie. « Nous avons limité nos sorties, souligne Fabienne. Avant, je visitais des expositions, j’assistais à des pièces de théâtre… Je ne le fais plus. J’ai même arrêté de suivre des cours dans une école de danse pour cette année par mesure d’économie. Il y a quelques jours, j’ai réussi à trouver un travail à mi-temps. Mon autre sœur devra effectuer son stage de fin d’études qui est rémunéré. Cela nous aidera. »

Même son de cloche chez Thea, 23 ans, qui explique que depuis le début de la crise, elle essaie de limiter ses dépenses le plus possible. Aussi, en cours de semaine, elle mange chez elle et évite les sorties. « En week-end, je me limite à une sortie », dit-elle.

Cette étudiante en master en marketing international et développement commercial souligne que la Caisse des allocations familiales (CAF) en France l’aide à couvrir une partie du loyer. « La procédure que doivent effectuer mes parents pour me transférer de l’argent reste compliquée, ajoute-t-elle. En fait, la banque au Liban a refusé que le virement destiné aux frais universitaires soit effectué sur mon compte. Mes parents m’ont donc envoyé l’argent avec un ami de la famille. J’ai mis l’argent dans mon compte et j’ai effectué moi-même le virement sur le compte de la faculté. »

Malgré cela, Thea estime qu’elle a de la chance, puisqu’elle a de la famille en France. « Mon frère aîné m’aide, se réjouit-elle. De ce fait, je n’ai pas besoin de chercher du travail. » Il n’en reste pas moins que cette crise a affecté son rythme de vie au quotidien. « Ma famille me transfère un budget mensuel plus limité, indique-t-elle. Je n’arrive plus à économiser de l’argent, sachant que je fais très attention à mes dépenses. »


(Lire aussi : Irresponsabilité criminelle, l’édito de Michel TOUMA)


Complexité de transfert des liquidités

Pourquoi cette difficulté à transférer l’argent à l’étranger ? Contactée par L’Orient-Le Jour, une source bancaire explique que « les banques détiennent une partie de leur trésorerie en devises auprès de leurs correspondants à l’étranger, mais la majorité de cette trésorerie se trouve auprès de la Banque du Liban (BDL) ».

« Étant donné la complexité actuelle du transfert de la liquidité de la BDL pour financer les besoins des clients à l’étranger, et étant donné que la part des liquidités auprès des correspondants étrangers sert à couvrir les engagements de trésorerie et les besoins commerciaux des banques à l’étranger, et compte tenu du fait que la BDL a assuré le financement des importations du blé, de la farine, des médicaments, des fournitures médicales, du pétrole et du gaz, tout virement doit passer par la BDL, selon cette source. Or vu la complexité à transférer les devises de la BDL pour financer les besoins des clients locaux à l’étranger, l’Association des banques a décidé de dresser un ordre de priorités pour satisfaire les besoins de paiement à l’étranger des clients des banques. En tête de ces priorités les études et les soins médicaux à l’étranger. » Aussi, selon la source citée, les banques exécutent les ordres de transférer l’argent à l’étranger pour couvrir les frais des études des Libanais, mais pour ce faire, il faut présenter un justificatif qui n’est autre que la facture de l’université. « Le transfert est directement fait sur le compte de l’université », note la source.

Quid des autres dépenses ? « En général, les dossiers sont étudiés au cas par cas, affirme-t-on dans les mêmes milieux. La procédure est plus facile lorsqu’il s’agit d’étudiants qui étaient déjà l’étranger avant le début de la crise. Ce qui n’est pas le cas des étudiants qui se sont installés récemment à l’étranger. Dans leur cas, les mesures sont plus strictes, d’autant qu’ils n’ont pas d’historique. » Selon cette source, les demandes de virement sont déposées à l’agence et la réponse est donnée dans un délai moyen de 48 heures. Pour ce qui est des refus, « ils sont minimes et sont dus dans la majorité des cas à des documents incomplets ou des documents non conformes ».


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Gros Gnon

Ça commence comme ça.
Puis on ne peut plus payer la bonne Philippine en dollars, alors elle s'en va.
Et puis un jour, on n'a plus de quoi manger, alors on est obligé d'aller faire des ménages dans les riches familles du Golf. Mais il y a la concurrence des Philippines qu'on aura renvoyées...
Décidément, ce pauvre Liban va très, très, très mal...

Cadige William

On permet aux Politiques et aux Inities des transfers massifs et colossaux vers l’etranger juste quelques jours avant de promulguer une règle abusive programmée a l’avance.

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