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Nos lecteurs ont la parole - Par Maya Chéhab

Le psychologue engagé : une évidence paradoxale

« Nous vivons dans une société engourdie et pourrie que j’ai hâte de fuir » : cette phrase répétée si souvent dans mon bureau de psychologue scolaire par des élèves plus ou moins avancés dans leur cursus, résonnait souvent en moi, me rongeait, me laissant avec un arrière-goût d’impuissance et d’amertume. La règle déontologique de la neutralité bienveillante, propre à la profession du psychologue, me paraissait alors désuète : ces adultes en devenir me confiaient n’avoir aucune ambition, aucun avenir, aucune projection et qu’ils préféraient oublier, partir, abandonner…

Fallait-il acquiescer platement ? Fallait-il lâchement mettre cette colère sur le compte de ce concept-bateau qu’est devenue la « crise d’adolescence » ? Fallait-il se dissimuler derrière une neutralité insipide et un peu absurde qui viendrait court-circuiter notre élan de révolte patriotique, pour le taire et l’emprisonner, faisant de nous un maillon silencieux de plus dans un système corrompu ? Fallait-il au contraire permettre au sociopolitique d’envahir et bouleverser notre cadre de travail ? Parler pistons ? Financement des études ? Double passeport ?

La révolution d’octobre vint alors apporter sa magnifique réponse : lorsque c’est notre citoyenneté qui se trouve ébranlée, malmenée, violentée, lorsque c’est de l’intégrité de l’être humain qu’il s’agit, alors l’évidence s’impose. Les classes se confondent (les tranches d’âge, les appartenances socioculturelles et religieuses, les penchants politiques) pour unifier leurs voix sur un même cri, un même slogan.

Le « partez tous, tous, sans exception » s’établit finalement non pas comme une prise de position politique radicale, impulsive et irréfléchie mais comme une revendication sociale, humanitaire, car il en va de la survie de la citoyenneté des individus.

Et c’est ainsi que d’un seul coup, nul n’est plus clinicien ou professionnel, thérapeute, spécialiste ou conseiller : il n’est plus qu’être humain.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

« Nous vivons dans une société engourdie et pourrie que j’ai hâte de fuir » : cette phrase répétée si souvent dans mon bureau de psychologue scolaire par des élèves plus ou moins avancés dans leur cursus, résonnait souvent en moi, me rongeait, me laissant avec un arrière-goût d’impuissance et d’amertume. La règle déontologique de la neutralité bienveillante, propre à la profession du psychologue, me paraissait alors désuète : ces adultes en devenir me confiaient n’avoir aucune ambition, aucun avenir, aucune projection et qu’ils préféraient oublier, partir, abandonner…Fallait-il acquiescer platement ? Fallait-il lâchement mettre cette colère sur le compte de ce concept-bateau qu’est devenue la « crise d’adolescence » ? Fallait-il se dissimuler derrière une neutralité...
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