Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Droits De L’Homme

Le Sénégal se divise autour des élèves enchaînés des écoles coraniques

Certains parents demandaient qu’on entrave les enfants pour les empêcher de fuguer.

Une classe de primaire dans la banlieue de Dakar, le 30 janvier 2018. Archives AFP

Un maître d’école coranique peut-il impunément maintenir ses élèves enchaînés ? Le Sénégal se déchire sur une retentissante affaire confrontant traditions et droits de l’enfant, emprise des confréries religieuses et autorité de l’État. L’image d’un garçon chaînes aux pieds a déclenché un vif débat dans ce pays ultra-majoritairement musulman. Le sort de l’enfant et de ses camarades a envoyé leur maître, mais aussi leurs parents, devant le juge. Il a provoqué le saccage d’un tribunal. Il est remonté jusqu’aux guides religieux, avec cette question : laisseront-il condamner le maître ?

L’enfant sur la photo est élève, avec des dizaines d’autres, de la « daara » de Ndiagne (Nord-Ouest), une des milliers d’écoles coraniques du Sénégal. Il a été repéré traînant dans la rue le 22 novembre. Le scandale n’aurait pas éclaté – et n’aurait pas eu lieu d’être – si ceux qui l’ont trouvé n’avaient largement diffusé cette image sur les réseaux sociaux, disent de nombreux défenseurs du marabout, le maître coranique.

Dans un pays en développement, mais où la pauvreté affecte environ 40 % de la population, de nombreux enfants déguenillés errent chaque jour jusque dans le centre de Dakar. Human Rights Watch avait dénoncé en juin le fait que « plus de 100 000 enfants seraient forcés de mendier chaque jour par leur maître coranique, sous peine de brimades physiques ou psychologiques ». Beaucoup de ces élèves, ou talibés, sont victimes d’abus sévères et de négligences qui ont entraîné la mort d’une quinzaine d’entre eux ces deux dernières années, selon l’ONG. Tout cela dans une grande indifférence. Mais, cette fois, les langues se sont déliées, pour accabler ou défendre le marabout et la coutume.

« Un bon maître »

D’autres enfants ont été découverts entravés dans l’école. Le maître, quatre pères et mères ainsi que le forgeron qui a confectionné les chaînes ont été arrêtés. Ils ont comparu mercredi devant le juge, et ont reconnu les faits. Le maître coranique, Cheikhouna Guèye, a expliqué que les parents demandaient qu’on entrave les enfants pour les empêcher de fuguer, certains les amenant déjà entravés. Les parents en sont convenus. Ils ont déclaré qu’ils voulaient juste que leur fils apprenne le Coran. Tous ont dit qu’ils n’auraient pas agi de la sorte s’ils avaient su que c’était interdit. Le père d’un des enfants, Mor Loum, a dit à l’audience qu’il était paysan et que son fils avait fugué dix fois. « Quand il disparaît, j’arrête mon travail pour me mettre à sa recherche », a-t-il dit selon la presse. Le parquet a requis deux ans de prison, dont deux mois ferme, contre Cheikhouna Guèye. Le jugement sera rendu mercredi. Mais quand les dizaines de proches, fidèles et autres maîtres coraniques venus soutenir Cheikhouna Guèye ont appris que la justice refusait de relâcher les prévenus avant cette date, ils ont passé leur colère sur les portes et les meubles du tribunal. « C’est un bon maître coranique qui est mis en cause », estime Moustapha Lô, président de la Fédération des écoles coraniques, qui compte plus de 22 000 daaras dans le pays. « Il dispense un enseignement de qualité et dans des conditions décentes », comme les autres maîtres, ajoute-t-il, les dérapages étant selon lui des « cas isolés » imputables à la méconnaissance de la loi. Enchaîner les enfants ne signifie pas les maltraiter, disent les partisans du maître.

Puissantes confréries

Ces maîtres, « on veut les humilier », a dit Abdou Samathe Mbacké. Ce dernier dirigeait une forte délégation de maîtres coraniques qui est allée prendre les instructions du calife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké. Les mourides sont une des quatre principales confréries musulmanes du pays. Elles jouent un rôle prépondérant dans la vie des Sénégalais. Les chefs de ces confréries sont des figures éminemment respectées, très écoutées aussi des politiques. Enchaîner les enfants est une « vieille pratique », a dit le chef de la délégation au leader spirituel des mourides. Il dénonce une campagne menée par des organisations étrangères de défense des droits humains. Le calife a préconisé d’attendre le jugement. Des propos diversement rapportés par les médias comme temporisateurs ou menaçants pour la justice et l’État.

Le dossier, évoqué au parlement vendredi, est délicat pour le gouvernement. Le président Macky Sall a rendu visite au calife des mourides au lendemain du procès. « L’Etat doit prendre ses responsabilités », estime le sociologue Mamadou Wane, « aucune morale, aucune philosophie, aucune loi n’accepte » qu’on enchaîne des enfants. Mais « on a un État qui se cache. L’État a peur » des religieux, tranche-t-il.

Malick ROKHY BA/AFP


Un maître d’école coranique peut-il impunément maintenir ses élèves enchaînés ? Le Sénégal se déchire sur une retentissante affaire confrontant traditions et droits de l’enfant, emprise des confréries religieuses et autorité de l’État. L’image d’un garçon chaînes aux pieds a déclenché un vif débat dans ce pays ultra-majoritairement musulman. Le sort de l’enfant et de ses camarades a envoyé leur maître, mais aussi leurs parents, devant le juge. Il a provoqué le saccage d’un tribunal. Il est remonté jusqu’aux guides religieux, avec cette question : laisseront-il condamner le maître ? L’enfant sur la photo est élève, avec des dizaines d’autres, de la « daara » de Ndiagne (Nord-Ouest), une des milliers d’écoles coraniques du Sénégal. Il a été repéré traînant dans la rue...
commentaires (2)

VOILA COMMENT NAISSENT LES ISLAMISTES FANATIQUES ET PUIS TERRORISTES.

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

15 h 15, le 02 décembre 2019

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • VOILA COMMENT NAISSENT LES ISLAMISTES FANATIQUES ET PUIS TERRORISTES.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    15 h 15, le 02 décembre 2019

  • Le drame au Sénégal, et je sais de quoi je parle , j'en suis un , c'est qu'on a découvert du pétrole et du gaz en très grande quantité, faisant de ce pays le 6eme pays en réserve de ces produits dans le monde . C'est pas que ces pratiques des " talibés" des confréries musulmanes ne soient pas scandaleuses , le problème est le timing et que cela semble être le trou de souris par lequel voudront entrer les prédateurs usurpateurs occidentaux pour créer des problèmes et contrôler le pays . Ne vous étonnez pas qu'à l'avenir, le Sénégal, un pays d'hospitalité , de paix et de laïcité affirmée commence à connaître très tôt des problèmes d'islamistes importés. Yallah Yanah.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 35, le 02 décembre 2019

Retour en haut