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Nos lecteurs ont la parole - Karim Najjar

La chair de poule

Partout du rouge, du blanc et le beau cèdre vert. Partout des cris, sortant des entrailles d’un peuple méconnu. Partout de la joie, des doléances variées. Partout des rassemblements, des mouvements spontanés, une fraternisation du Nord au Sud. Une chaîne humaine inédite de 170 km qui relie les Libanais de tous bords.

Une clameur qui s’élève dans le ciel du Liban, résonne dans ses montagnes et frappe comme gifle claquante les dirigeants au pouvoir.

Un grondement transgénérationnel et laïque a secoué tout le territoire et a enfanté un bébé tout rose, souriant et pleurant en même temps : la naissance est fondamentalement le premier des traumatismes.

Car c’est bien la naissance d’une nation que nous vivons depuis le 17 octobre. Ce jour où chrétiens et musulmans, unis, sont descendus crier leur rejet.

Le rejet de toute la classe dirigeante, sans exception, avec le fameux slogan « Tous, cela veut dire tous ! »

Le rejet du système confessionnel, où tout doit être réparti selon la religion ; où l’on aboutit à des situations absurdes d’absence de garde-forestier car il n’y avait pas la répartition confessionnelle attendue au concours d’entrée.

Le rejet de la corruption qui gangrène notre Liban et l’empêche de progresser.

Et tant d’autres rejets…

Comme j’ai pu le dire en 2015 dans mon billet « À quand le réveil ? », nos dirigeants sont toujours dépassés. Ils ont mis deux semaines à réagir à la révolution du peuple, qui a vu 2 millions de personnes dans les rues. Quel que soit le chiffre exact de la population du Liban, le nombre des manifestants dans toutes les villes du Liban, même là où l’on s’y attendait le moins, était suffisant pour faire chuter le gouvernement en deux ou trois jours maximum.

Dans n’importe quel pays démocratique, le pouvoir aurait démissionné rapidement. Mais nos dirigeants ont été pris de court, ils sont tellement dépassés qu’ils ont mis deux semaines à réagir. S’il fallait une preuve supplémentaire de l’inadéquation entre ce que fait le pouvoir et les attentes des Libanais, la voilà !

Certains dirigeants sont même allés jusqu’à menacer ou agiter le spectre de la guerre civile ; comme si notre peuple n’avait pas compris que la guerre ne menait à rien. Comme si notre peuple n’était pas assez mature.

C’est dire à quel point ils se trompent en envoyant leurs mercenaires baffer les manifestants. Car les manifestants, même blessés, pardonnent à ces mercenaires en les désignant par « nos frères » car ils ne savent pas ce qu’ils font.

C’est dire le niveau de maturité atteint par les Libanais et qui brille de tous feux quand on voit leur rejet de la violence, des insultes.

Un niveau de maturité remarquable : peu de peuples peuvent se targuer de telles manifestations géantes sans une goutte de sang, sans haine et sans violence. On a observé tout le contraire : des Libanais qui dansent, qui aiment la vie, qui partagent, qui chantent. Le monde entier a pu voir ces images en les jalousant.

Ce que je vois depuis le 17 octobre me réjouit tellement ; ces masses de Libanais qui entonnent l’hymne national me donnent la chair de poule. Une fierté immense. Et tellement d’espoir pour l’avenir.

Nous, Libanais de tous bords, sommes suffisamment intelligents et avertis pour construire notre Liban de demain, indépendamment de tout pays étranger. La société civile regorge de compétences en sciences politiques, en économie, en sciences fondamentales. Nous n’avons pas besoin de l’avis de la France, des USA, de l’Iran ou même de la Banque mondiale.

Avec nos brillants cerveaux, nos ingénieurs, nos artistes, nos commerçants, nos philosophes, nos médecins, nos avocats, nos financiers, nos scientifiques, nos analystes, nos journalistes, nos littéraires et, plus généralement, toutes nos forces vives, nous pouvons bâtir un modèle que toute la terre nous enviera.

Ne gâchons pas l’avenir de bébé, notre nation est en train de naître aujourd’hui. Soutenons notre nation pour que notre pays devienne un Liban avec un État fort et laïc.

Nos grands-parents et nos parents en ont rêvé.

Il est temps aujourd’hui que nous construisions le Liban tel que nous l’avons toujours rêvé.

La chair de poule doit se concrétiser en nouveau Liban dès aujourd’hui : nous le méritons tous !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Partout du rouge, du blanc et le beau cèdre vert. Partout des cris, sortant des entrailles d’un peuple méconnu. Partout de la joie, des doléances variées. Partout des rassemblements, des mouvements spontanés, une fraternisation du Nord au Sud. Une chaîne humaine inédite de 170 km qui relie les Libanais de tous bords.Une clameur qui s’élève dans le ciel du Liban, résonne dans ses montagnes et frappe comme gifle claquante les dirigeants au pouvoir. Un grondement transgénérationnel et laïque a secoué tout le territoire et a enfanté un bébé tout rose, souriant et pleurant en même temps : la naissance est fondamentalement le premier des traumatismes. Car c’est bien la naissance d’une nation que nous vivons depuis le 17 octobre. Ce jour où chrétiens et musulmans, unis, sont descendus crier leur rejet.Le rejet...
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