Exposition

Révolte ou révolution ? La réponse en images

Sur les anciennes barrières qui cloisonnaient l’Œuf, ce bâtiment ovoïde abandonné en face de la place des Martyrs, une vingtaine de photos sont accrochées, transformant l’espace en véritable galerie à ciel ouvert, à l’initiative du Beirut Art Center of Photography et d’Apeal (Association pour la promotion et l’exposition de l’art au Liban).

Photo de Omar Sfeir la révolution s’embrasse. Les deux drapeaux libanais, recouvrant les têtes des deux amants, se rejoignent au niveau du cèdre, donnant l’illusion d’un seul et même drapeau.

La frustration, c’est le premier sentiment qui s’est répandu dans de nombreuses associations culturelles au début de la « révolution » le 17 octobre dernier. Entre les routes bloquées et l’absence d’un public qui descendait chaque jour dans les rues, les expositions artistiques au Liban sont passées au second plan des préoccupations. Mais surtout, alors qu’ils étaient loin d’être hostiles à cette révolution, la question qui trottait dans la tête des exposants était : comment puis-je apporter ma pierre à l’édifice ? Le Beirut Art Center of Photography, en collaboration avec Apeal (Association pour la promotion et l’exposition de l’art au Liban), qui a déjà planté sa tente parmi les stands qui ont fleuri sur la place des Martyrs, a pu trouver une réponse en concrétisant le projet d’une exposition photo autour de l’Œuf, le « hub artistique de la révolution, qui témoigne d’à quel point ces événements sont une opportunité pour l’art en général », d’après Chantal Fahmi, une des responsables du projet. « Cette exposition a pour but de montrer le soulèvement du peuple du point de vue des artistes photographes, sans forcément chercher à expliquer le contexte des photos comme c’est le cas dans les journaux. Ici, les images viennent de tout le Liban, de différents moments de la révolte, et le seul contexte donné est celui de l’environnement de l’exposition, l’Œuf qui surplombe la place des Martyrs. » Cherchant à l’origine à promouvoir les photographes du monde arabe, c’est onze Libanais que l’association a contactés pour trouver les images en question. Parmi eux, Jack Seikaly, revenu spécialement pour couvrir les événements : « J’étais à Los Angeles lorsque j’ai appris le début de la révolution. Immédiatement ravi des revendications et des perspectives qu’elle posait, je savais que je devais revenir pour participer à ça, physiquement mais aussi par la photographie. » Présent tous les jours, depuis son retour, le deuxième dimanche de mobilisation, il a déjà été contacté pour plusieurs projets d’exposition.


(Lire aussi : À Tripoli, les yeux pleins d’espoir de Ala’ Abou Fakhr)

Une exposition aussi permanente que la révolution

Imprimées en grand format, les photos ont été conçues pour ne pas être endommagées par la pluie ou le soleil. « On n’a pas de durée fixe, l’exposition est a priori permanente, même si on se doute qu’à un moment ou un autre, les photos vont disparaître, peut-être avant ou après la fin du mouvement, s’il finit, sans qu’on en connaisse forcément la cause », estime Chantal Fahmi. Le titre « Révolte/Révolution » s’explique en partie par cet avenir incertain pour le mouvement comme pour l’exposition : n’étant sûr de rien quant à la suite des événements, on ne pourra poser une définition précise qu’a posteriori. À l’origine, l’exposition devait se tenir dans l’Œuf, mais les organisateurs ont finalement décidé de la tenir à l’extérieur, sur les ossatures des barrières dont les panneaux ont été arrachés durant les premiers jours d’occupation. « L’Œuf semblait être le lieu parfait, mais en y réfléchissant, nous nous sommes dit que les photos seraient beaucoup plus visibles à l’extérieur d’une part, et d’autre part, nous ne voulions pas les enfermer dans un bâtiment comme nous le faisons habituellement. C’est l’occasion de briser les murs : les photos le montrent, l’environnement doit le faire aussi ! » poursuit-elle.

Une Libanaise venue assister au lancement de l’exposition avoue d’abord avoir été surprise par ce choix, comme plusieurs autres passants, mais reconnaît finalement le trouver assez pertinent : « Le fait que l’Œuf reste un terrain d’expression en termes de graffitis, de tags et de prises de parole est une bonne chose. En plus, les photos exposées communiquent avec les graffitis qui recouvrent les murs derrière les barrières : il y a une alchimie assez originale entre le street art et la photographie, mais aussi l’architecture de l’Œuf, et cela renforce la pertinence de la démarche. » Une exposition à voir et admirer en passant...

Les photographes exposés

Pedro Safadi

Élias Moubarak

Émilie Madi

Hussein Baydoun

Jack Seikali

Jana Khouri

Lara Tabet

Malak Mroueh

Marwan Tahtah

Omar Sfeir

Rudy Bou Chebel


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commentaires (3)

L,ART PEUT DEVENIR AUSSI UN MOTEUR DE LA REVOLUTION.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 32, le 17 novembre 2019

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Commentaires (3)

  • L,ART PEUT DEVENIR AUSSI UN MOTEUR DE LA REVOLUTION.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 32, le 17 novembre 2019

  • Bravo pour nos jeunes talents et qui brillent en toute occasion .

    Antoine Sabbagha

    17 h 18, le 16 novembre 2019

  • Super idée que de montrer aussi, avec des commentaires à l'appui, l'un des aspects les plus stimulants du soulèvement populaire: l'explosion artistique. L'imagination et la création prennent le pouvoir!

    Marionet

    11 h 52, le 16 novembre 2019