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Culture

Le « Koullouna lil watan » de Carol Mansour résonne dans toutes les rues

Témoignage

Dans ses documentaires et plus particulièrement dans « All for the nation » (Tous pour la patrie), la réalisatrice est toujours à l’avant-garde des réclamations du peuple. Mais au matin du 17 octobre, elle laisse sa caméra et devient une simple citoyenne.

Danny MALLAT | OLJ
14/11/2019

Son documentaire « All for the nation » (Koullouna lil Watan/Tous pour la patrie) évoquait déjà, en 2011, des femmes libanaises qui choisissent de se marier avec des étrangers et se voient refuser le droit de transmettre leur nationalité à leurs maris et enfants. Sans citoyenneté, ces familles se voient également refuser les droits les plus élémentaires, sociaux, civils et économiques. C’était sans doute le premier documentaire libanais qui traitait de ce sujet sensible et controversé. Quelques années plus tard et dans toutes ces places publiques qui ont donné la liberté de parole aux jeunes ainsi qu’à plusieurs couches sociétales, la voix de Carol Mansour s’est fait entendre et a résonné en écho. La discrimination contre la femme dans la loi sur la nationalité est une des revendications brandies par les manifestants de la révolte du 17 octobre.

Redevenir des êtres d’empathie

« Lorsque, pour une réforme supplémentaire, encore dépourvue de bon sens, le peuple s’est approprié la rue, a brûlé des pneus et scandé des slogans (les mêmes depuis 30 ans), un sentiment de désespoir profond m’a pris aux tripes. C’est là que j’ai réalisé que cela faisait des années que je cohabitais avec ce nœud à la gorge, que je flirtais avec la haine de l’autre, que dans la rue tout le monde devenait, au fil des jours, mon ennemi juré. Peut-être par défaut professionnel ou par manque de vie saine, je me faisais des scénarios de films. Moi, qui n’avais jamais cultivé ou cautionné la violence, je sentais en moi des pulsions belliqueuses. » Ils « avaient fait de ma personne un monstre, avaient nourri en moi un sentiment de haine avec lequel je n’avais plus envie de vivre. Ils avaient cautionné cette rage qui transforme les plus équilibrés en êtres exécrables. Je ne me reconnaissais plus. Cette révolution m’a restitué mon humanité. Et si je m’arrête aux feux rouges aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour me conformer à la loi, ou par crainte de l’autorité, mais simplement par respect de l’autre. Je souris aux passants, je dis bonjour à tout le monde. Je commence à m’aimer à nouveau, et donc à aimer l’autre. Nous étions des êtres en totale rébellion intérieure, à s’octroyer des libertés indécentes à l’encontre de toutes les règles du civisme, à l’humanité atrophiée, amputée. Celle-ci même que j’avais abandonnée il y a exactement 20 ans. Aujourd’hui, nous sommes redevenus nous-mêmes, des êtres libres. Et cela, personne ne pourra jamais plus nous le voler. »

En 2006, quand les Israéliens ont déclaré la guerre au Liban, Carol Mansour prend sa caméra dès le premier jour et descend dans la rue. Elle parcourt les villages, se distancie des événements pour mieux les relater. « Je sentais que de par mon métier, je pouvais contribuer à témoigner, à porter le message plus loin. Aujourd’hui, la jeunesse est déterminée et consciente. Dans cette révolution, la jeunesse porte elle-même son propre message et moi je me contente d’être dans la rue, avec eux, en tant que Carol Mansour, citoyenne libanaise lambda. Être là, tout simplement. Être fière, et leur dire mon respect. Une génération au discours cohérent, aux gestes justes, aux messages respectueux, empreints de sagesse et de bienveillance. Être là pour assister aux ego qui se fracassent, à l’arrogance qui s’écroule, à la haine qui part en fumée. Être là, enfin, pour participer à cette communion, à cette grande révolution qui, pour une fois, depuis des années, a fait de nous des êtres d’amour. » Ainsi soit-il.

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