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Campus

Un voyage poético-linguistique au service de la mémoire

CINÉMA

Grâce à son court-métrage « Athyo », Jean-Pierre Abdayem, un étudiant de l’Université libanaise, contribue à sauver de l’oubli la culture assyrienne et à panser sa blessure.


16/11/2019

« Quand on regarde un film, on reconnaît son identité grâce à sa langue. Comment parlerais-je de la cause assyrienne en dialecte libanais ? » C’est pour combler ce vide que Jean-Pierre Abdayem, jeune mastérant en réalisation à la faculté des beaux-arts, section 2 de l’Université libanaise, a réalisé Athyo (« Apparition » en syriaque), court-métrage poétique de 17 minutes en langue syriaque. L’histoire : le jour de commémoration du génocide assyrien, Abboud et sa petite-fille Marine, les protagonistes, font avec leur oiseau silencieux un bout de chemin montagneux pour rencontrer l’amour de Abboud. Arrivant au sommet, l’oiseau reprend son chant, le soleil se lève et l’amour de Abboud apparaît ; une métaphore pour illustrer les retrouvailles entre l’homme et sa terre syriaque, Tur Abdîn.

À sa manière, Jean-Pierre Abdayem préserve ainsi le nom de Tur Abdîn dans l’esprit des gens, et leur rappelle le génocide assyrien, non reconnu jusqu’à aujourd’hui. « Parler de la cause assyrienne, c’est la garder en vie, loin de l’oubli », explique le jeune réalisateur.



(Pour mémoire : Le drame des assyriens : De 1915 à 2015, une histoire qui se répète)



Une nouvelle identité cinématographique
Le mastérant en réalisation estime que le parcours d’un cinématographe débute sur le terreau de sa propre identité, d’où son choix de mettre en lumière la mémoire assyrienne. Son héritage assyrien, l’étudiant le considère comme « un joyau entre (s)es mains ».

C’est donc la langue syriaque que l’on entend tout au long du film. « Les deux acteurs, Mounir Mouasiri et Yara Zakhour, ne parlent pas le syriaque. Moi-même je ne le maîtrise pas non plus. J’ai donc expliqué le scénario en libanais et ensemble, avec l’aide de la patriarchie assyrienne, nous avons travaillé la prononciation ainsi que la mémorisation du script syriaque », explique Jean-Pierre Abdayem qui confie avoir été introduit à la langue syriaque grâce à son film, ce qui lui a permis de se rapprocher de son peuple et son histoire.

A-t-il rencontré des difficultés particulières dans la réalisation de son court-métrage ? Jean-Pierre Abdayem avoue que la création du scénario fut la partie la plus difficile de cette entreprise. « Il est difficile de déterminer comment vouloir transmettre son message. » Il précise qu’il n’a pas voulu utiliser le génocide assyrien en tant que message central, pour ne pas rendre son film morbide. Et de souligner : « Mon idée était de montrer que Tur Abdîn n’est pas uniquement un endroit physique, que tout assyrien, tout comme Abboud, peut y accéder, mais qu’il peut aussi garder son héritage syriaque dans son cœur. »

Le cinéma, le jeune homme y est arrivé après un changement de parcours. Alors qu’il avait commencé ses études en pharmacologie, il a décidé de changer de filière en plein examen final pour intégrer la faculté de cinéma à l’Université libanaise. Ayant trouvé sa passion, le jeune étudiant fait partie des premiers de sa promotion.

Jean-Pierre Abdayem a déjà participé à des festivals internationaux tels que le Festival du film libanais au Canada, le Traveling Film Festival en Italie ou encore le Los Angeles Lift-Off Film Festival aux États-Unis. « Athyo fait également partie du Global University Film Award à Hong Kong », ajoute fièrement le jeune homme, content d’avoir fait parler de la cause assyrienne à travers le monde et contribué ainsi à la création d’un « cinéma assyrien »...



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