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Nos lecteurs ont la parole - Nathalie Saad

Révolution des feuilles mortes

AFP / Mahmoud ZAYYAT

« Elle parlait en phrases sobres de la révolution d’Octobre. »

La place était rouge et noire…mais devant lui/elle, ne marchait pas Nathalie…

La place était noire de monde et rouge du rouge flamboyant des drapeaux libanais, symbole du sang des martyrs. Ces drapeaux que brandissaient les centaines de milliers de manifestants à travers tout le pays, du Nord au Sud, pour crier leur rage et leur dégoût face à la corruption endémique de leurs dirigeants.

Postée devant son écran, Nathalie observe. Loin du brouhaha des foules pour ne pas être engloutie par le flot de leur volcan. Prendre du recul pour analyser à froid.

Elle zappe… De Bagdad à Beyrouth, le même scénario. Un peuple qui soudain se réveille pour protester contre le chômage, la misère et la corruption, et réclamer la chute du gouvernement et même de tout le système. La colère d’une rue que rien ne semble apaiser et qui rejette en vrac la série de soi-disant réformes annoncées par le Premier ministre. Ici et là-bas, on promet un remaniement du gouvernement. En ce mois d’octobre, la révolution fait la navette entre Bagdad et Beyrouth. Le 1er octobre, elle fait irruption à Bagdad. À peine prend-t-elle une pause là-bas qu’elle éclate ici à Beyrouth.

Le Liban et l’Irak, deux pays victimes pris en otage et dans l’engrenage de l’affrontement entre l’Oncle Sam et Téhéran, bête noire d’Israël.

Prenez n’importe quel peuple qui meurt de faim, faites-le crever encore plus de faim… Resserrez encore plus l’étau autour de lui… Le résultat? Le peuple explose. Évidemment, la réaction est spontanée, mais l’action, elle, est sciemment planifiée par les fauteurs de troubles. Foules manipulées non pas pour lutter contre la corruption comme elles le croient, toutes naïves qu’elles sont, mais dans le seul but d’affaiblir les instruments locaux de Téhéran. Bagdad ou Beyrouth, la tactique est la même. Les isoler, les ostraciser, soulever leurs propres bases populaires contre eux. Monter les masses à leur encontre, provoquer le chaos, le vide et même la guerre civile.

Bagdad… la place était rouge et pleine… rouge du sang des martyrs. Près de 149 manifestants abattus par les forces de sécurité irakiennes. Qu’adviendra-t-il au Liban ? Routes coupées, commerces, banques, administrations publiques et écoles fermés. Pays totalement paralysé. Et pendant que le peuple ici se révolte, s’égosille, dépense toute son énergie, se fait tabasser et est sur le point de s’entre-tuer, les voisins du Sud probablement débouchent en riant à l’avance du champagne et dansent. Acculé au mur, le guide ici ne restera certainement pas les bras croisés. Soit il exécutera ses menaces et s’en prendra à son propre peuple comme en Irak (fera-t-il preuve de sagesse et évitera-t-il de tomber dans le piège tendu ? ). Soit il ira expérimenter ses nouveaux missiles de précision chez les voisins du Sud, et nous finirons tous par danser. De Bagdad à Beyrouth jusqu’à Tel-Aviv. La danse de la mort.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

« Elle parlait en phrases sobres de la révolution d’Octobre. » La place était rouge et noire…mais devant lui/elle, ne marchait pas Nathalie…La place était noire de monde et rouge du rouge flamboyant des drapeaux libanais, symbole du sang des martyrs. Ces drapeaux que brandissaient les centaines de milliers de manifestants à travers tout le pays, du Nord au Sud, pour crier leur rage et leur dégoût face à la corruption endémique de leurs dirigeants.Postée devant son écran, Nathalie observe. Loin du brouhaha des foules pour ne pas être engloutie par le flot de leur volcan. Prendre du recul pour analyser à froid.Elle zappe… De Bagdad à Beyrouth, le même scénario. Un peuple qui soudain se réveille pour protester contre le chômage, la misère et la corruption, et réclamer la chute du gouvernement et même...
commentaires (1)

Quel beau texte, qui décrit si bien tout ce que nous ressentons ces derniers jours ! Merci, Irène Said

Irene Said

17 h 17, le 28 octobre 2019

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Commentaires (1)

  • Quel beau texte, qui décrit si bien tout ce que nous ressentons ces derniers jours ! Merci, Irène Said

    Irene Said

    17 h 17, le 28 octobre 2019

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