Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Par Général Antoine El-Dahdah

Deux pôles négatifs ...

Deux pôles négatifs, mis en contact, provoquent une explosion!

Depuis son indépendance, notre pays pratique un scrutin confessionnel. C’est une caractéristique de notre sagesse politique puisque, pour raison d’État, il fallait donner la priorité à la confession sur le nombre. Il fallait aussi protéger les minorités religieuses qui constituent les fondements de l’arabité du Liban, dans un monde où l’on pouvait encore douter qu’on puisse être arabe et chrétien. Sans compter la peur séculaire des chrétiens de se voir persécutés dans un milieu régional tumultueux et hostile. Le système politique issu des différentes élections nous a permis de survivre dans la prospérité durant plus de 70 ans, alors que les gouvernements arabes s’effondraient les uns après les autres. Cependant, il ne faut jamais perdre de vue que le scrutin confessionnel introduit au Parlement un pôle négatif. Durant cette dernière décennie, des esprits ingénieux ont mis à la mode le scrutin proportionnel. Quoi de plus logique ! Chaque parti politique doit être représenté au Parlement en proportion de son importance dans l’opinion publique. Cette conception a séduit nombre de personnalités politiques, et plus spécialement une opinion publique où devenait un galeux celui qui critiquait le scrutin proportionnel. Cependant, il n’est venu à l’esprit de personne que l’expérience proportionnelle introduisait un second pôle négatif puisqu’elle donnait la priorité au volume sur le nombre. Il est en effet apparu, au cours des dernières élections, qu’un candidat d’une liste perdante a été déclaré vainqueur contre un concurrent disposant d’un plus grand nombre de votes dans une liste gagnante. Péché mortel dans la conception même de la doctrine électorale!

Un petit commentaire est ici nécessaire pour souligner l’importance de la circonscription électorale. Chez nous, le caza est le vrai symbole de l’identité nationale ; avant de dire : je suis libanais, le citoyen clame : je suis zghortiote, je suis tripolitain, je suis amiounien, je suis baalbeckiote, je suis zahliote, je suis du Chouf... Cette habitude est enracinée depuis l’existence de l’Empire ottoman, lequel a établi et mis à l’épreuve, définitivement, la division administrative basée sur le caza libanais.

Aux États-Unis, la circonscription électorale est inscrite dans la Constitution même ; incontournable et irréversible, elle doit être prise en considération, chez nous, dans toute loi électorale. Voici donc, mis sur pied, un Parlement libanais doté de deux pôles négatifs qui n’attendent que... ce que tout le monde sait. Le Liban, unique au monde, a installé dans la maison du peuple les conditions idéales d’une parfaite explosion.

Quelle autorité aura le courage de dissoudre ce Parlement et de faire cadeau aux Libanais d’une loi électorale simple basée sur le caza avec un scrutin « one man one vote » ?

Général Antoine EL-DAHDAH

Ambassadeur

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Deux pôles négatifs, mis en contact, provoquent une explosion!Depuis son indépendance, notre pays pratique un scrutin confessionnel. C’est une caractéristique de notre sagesse politique puisque, pour raison d’État, il fallait donner la priorité à la confession sur le nombre. Il fallait aussi protéger les minorités religieuses qui constituent les fondements de l’arabité du Liban, dans un monde où l’on pouvait encore douter qu’on puisse être arabe et chrétien. Sans compter la peur séculaire des chrétiens de se voir persécutés dans un milieu régional tumultueux et hostile. Le système politique issu des différentes élections nous a permis de survivre dans la prospérité durant plus de 70 ans, alors que les gouvernements arabes s’effondraient les uns après les autres. Cependant, il ne faut jamais perdre de...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut