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Moyen Orient et Monde - Entretien

Un businessman égyptien en exil déterminé à renverser Sissi

Mohammad Ali, homme d’affaires égyptien en exil déterminé à renverser le président Sissi, à Barcelone le 23 octobre 2019. Josep Lago/AFP

Le businessman égyptien exilé en Espagne Mohammad Ali, à l’origine de rares manifestations contre le président Abdel Fattah al-Sissi en septembre, affirme travailler avec l’opposition pour renverser le dirigeant égyptien et évoque une nouvelle mobilisation à venir.

« Nous lancerons un appel aux masses, mais pas maintenant (...) dans deux ou trois semaines », a-t-il dit dans un entretien en Espagne où il assure être exilé depuis un an. « Nous voulons réduire les risques d’affrontement (avec les forces de l’ordre) (...). La prochaine étape doit être mesurée car nous ne voulons pas de bain de sang », a-t-il précisé.

Homme d’affaires dans le secteur du bâtiment et acteur âgé de 45 ans, M. Ali s’exprimait depuis un bureau au décor minimaliste donnant sur la Méditerranée près de Barcelone, d’où il a posté en septembre des vidéos accusant M. Sissi de corruption et appelant à manifester contre lui.

Face à la caméra, enchaînant les cigarettes, M. Ali avait assuré dans des monologues de 30 minutes visionnés des millions de fois que les hauts responsables militaires dépensaient l’argent public dans des projets inutiles, tels que des palais présidentiels. Toutefois, il n’a jamais fourni de preuves concrètes de ses allégations. Ces vidéos ont abouti le 20 septembre à de rares manifestations de centaines de personnes au Caire et dans plusieurs autres villes égyptiennes.


(Lire aussi : Quand le régime de Sissi verrouille toute opposition)


Pas de liberté
Bien qu’ayant surpris les autorités dans un premier temps, les rassemblements ont été rapidement dispersés par la police. Un nouvel appel à manifester la semaine suivante a rassemblé quelques centaines de personnes, très vite dispersées également. Mais les propos de M. Ali ont fait mouche parmi de nombreux Égyptiens, victimes d’une baisse spectaculaire du pouvoir d’achat depuis 2016 en raison de réformes économiques.

« J’ai dit aux gens de sortir le vendredi dans un moment d’exaltation. Certains m’ont même reproché d’avoir appelé à une révolution à moi tout seul », a-t-il dit. Après ces rares manifestations, quelque 4 000 personnes ont été arrêtées, soit la pire vague de répression depuis l’arrivée au pouvoir de M. Sissi en 2014, selon les organisations de défense des droits humains. Certains, dont des enfants, des femmes, des personnes âgées et des étudiants, ont été remis en liberté, mais aucun chiffre n’a été communiqué par les autorités. « Des gens ont été arrêtés à cause de moi... Cela montre au monde que (sous le régime de M. Sissi), il n’y a pas de liberté », a estimé M. Ali. « Leurs arrestations m’ont attristé », a-t-il ajouté, « mais elles me donnent l’énergie de continuer pour qu’ils soient relâchés, ainsi que ceux qui ont été arrêtés avant » eux.


(Lire aussi : Les Frères musulmans brisés, mais pas totalement neutralisés)


Depuis la destitution en 2013 du président Mohammad Morsi, issu des Frères musulmans, M. Sissi a sévèrement réprimé toute opposition, islamiste comme libérale, emprisonnant journalistes, blogueurs, comédiens ou encore avocats. La sécurité a été renforcée dans la capitale égyptienne depuis septembre, la police procédant à des arrestations et des contrôles d’identité de citoyens au hasard, vérifiant le contenu de leurs téléphones portables. Les manifestations sont interdites en Égypte depuis 2013 et l’état d’urgence est en vigueur depuis 2017. Même si l’opposition a été décimée par le pouvoir de M. Sissi, M. Ali affirme avoir noué contact avec certains de ses représentants.


(Lire aussi : Une répression accrue pourrait à terme alimenter l’instabilité en Égypte)


« Nous débarrasser de Sissi »
« L’opposition à l’intérieur et à l’extérieur de l’Égypte est avec moi car nous avons tous le même objectif de nous débarrasser de Sissi », a lancé M. Ali. « Les Frères musulmans ont accueilli mon idée favorablement. Ils sont avec moi et sont mes bons copains... Je n’ai aucun problème à annoncer ça. Il (Sissi) les a classés organisation terroriste, mais ce sont aussi des gens respectables », a estimé le businessman.

La confrérie a été interdite et classée terroriste en 2013, quelques mois après la destitution de M. Morsi par M. Sissi, alors chef de l’armée. Après le succès des vidéos de M. Ali, des médias et des célébrités progouvernement ont lancé une campagne contre le businessman et les Frères musulmans. M. Ali y a été qualifié d’alcoolique et de coureur de jupons, dont le but est de semer le chaos.

Mais l’homme ne se dit pas intimidé, même s’il affirme recevoir des menaces de mort de la part de responsables égyptiens anonymes. Par ailleurs, il assure ne recevoir aucun soutien de l’armée, malgré des rumeurs le disant sous le contrôle de certains membres d’agences de sécurité.

« La prochaine étape, c’est que je l’expose (Sissi) devant le monde. Je vais faire savoir à l’Occident et à ceux qui lui octroient des prêts où l’argent est dépensé », a-t-il dit. Évoquant ses futurs appels à manifester, il se dit « confiant » dans le fait que « les gens vont manifester ». « Au début c’était de la colère, mais cette fois-ci les manifestations doivent être réelles afin que nous puissions le faire tomber », insiste-t-il.


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