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Moyen Orient et Monde

Une répression accrue pourrait à terme alimenter l’instabilité en Égypte

Analyse

La frustration est forte en raison des mesures d’austérité économique.

OLJ/AFP
30/09/2019

Quadrillage policier massif et vague d’arrestations tous azimuts ont réussi à empêcher d’imposantes manifestations anti-Sissi vendredi, mais la répression accrue pourrait alimenter davantage d’instabilité à l’avenir, selon des experts.

Hier, premier jour de la semaine en Égypte, la place Tahrir, épicentre de la révolte de 2011 qui a provoqué la chute du président Hosni Moubarak, était de nouveau ouverte à la circulation et la présence policière, toujours visible, était réduite. L’appel d’un homme d’affaires égyptien en exil, Mohammad Aly, qui accuse le président Abdel Fattah al-Sissi de corruption, à une « marche du million » vendredi ne s’est pas matérialisé : seuls quelques centaines de manifestants à travers le pays ont osé défier le pouvoir, avant d’être rapidement dispersés par les forces de l’ordre. Une semaine plus tôt, les autorités avaient été prises de court par des manifestations, également à l’appel de M. Aly. Dans un contexte de détresse économique, des centaines de personnes étaient alors brièvement descendues dans les rues de plusieurs villes, avant d’être également dispersées.

« Même si ces manifestations éclair montrent les limites d’un niveau élevé de répression, je doute que le gouvernement de M. Sissi soit sérieusement en difficulté », dit Yezid Sayigh, chercheur au Carnegie Middle East Center à Beyrouth. Le caractère inédit de ces rassemblements et la tension toujours palpable pourraient toutefois annoncer des jours plus difficiles pour le pouvoir, ajoute-t-il.

Après avoir anéanti l’opposition politique et la société civile, le régime se retrouve sans interlocuteur face à lui, et n’a d’autre option que la répression, explique encore M. Sayigh. Et, avec le temps, cette « dépendance » envers la répression produira « des résultats moins efficaces », « tandis que les problèmes sociaux de l’Égypte empireront », prédit-il, en référence à la frustration croissante des Égyptiens.

Vague d’arrestations

Après les manifestations du 20 septembre, les autorités ont vite réagi en procédant à une vague d’arrestations : quelque 2 000 personnes, journalistes, avocats, intellectuels, militants politiques, manifestants, ont été interpellés. Cette « vague d’arrestations (...) a fait réfléchir beaucoup de gens sur ce qui pourrait leur arriver » s’ils participent à des manifestations, dit Youssef el-Chazli, chercheur au Crown Center for Middle East Studies de l’Université Brandeis, près de Boston (États-Unis).

Les réseaux sociaux ont été pendant quelques jours le théâtre d’un regain d’activité politique, avec des échanges passionnés entre pro et anti-Sissi.

Hier, les sujets habituels, comme le football ou les célébrités, avaient toutefois repris le dessus sur la toile. Deux jours plus tôt, des journalistes ont vu des policiers arrêter de nombreux passants dans les rues du Caire, pour les fouiller et vérifier parfois le contenu de leur téléphone portable. Certains ont été interpellés temporairement.

Parallèlement, un rassemblement d’au moins un millier de personnes a été organisé par les autorités en soutien à M. Sissi, dans l’est de la capitale, près de la tombe de l’ancien président Anouar el-Sadate. Un concert a aussi eu lieu face à une foule brandissant des portraits du président et des drapeaux égyptiens, près de la place Rabaa, théâtre du massacre de quelque 800 personnes, selon des ONG, lors de la dispersion en 2013 d’un sit-in de partisans du président islamiste déchu Mohammad Morsi. Parallèlement, des journaux ont consacré beaucoup de place à des articles fustigeant l’organisation islamiste interdite des Frères musulmans comme étant à l’origine de l’agitation.

Rappel « à la loi »

Samir Ragheb, un général à la retraite, chef de l’Arab Foundation for Development and Strategic Studies, a affirmé que les manifestations, sans organisation ni objectif défini, avaient pour seul but de « créer le chaos durant quelques minutes ».

Si les autorités ont été surprises initialement, elles ont appris des failles du dispositif sécuritaire qui avaient permis la révolte populaire de 2011. M. Raghed, un partisan du gouvernement, estime ainsi qu’il n’y aura pas d’autre manifestation dans un avenir proche.

Mais il reconnaît que la frustration est forte en Égypte en raison des mesures d’austérité économique, accentuées en 2016 en vue de l’obtention d’un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). Mais si « souffrir économiquement » est légitime, « vous ne pouvez pas protester en dehors de la loi », argue-t-il, en rappelant l’interdiction de manifester qui est en vigueur en Égypte depuis 2013. Si, dans le cadre d’un mouvement structuré, les classes les plus populaires se soulevaient, alors « personne ne serait en mesure de les arrêter », met-il en garde. Avec la répression et les difficultés économiques, « il est difficile d’imaginer que les manifestations s’arrêteront complètement, sauf peut-être pour un court moment », avance quant à lui M. Chazli.

Source : AFP


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,EGYPTE NE PEUT ETRE GOUVERNEE QUE PAR DES MOUBARAK OU DES SISSI...

VIRAGE CONTRÔLÉ

Ce qui m'interpelle le plus c'est pourquoi on s'en prend au dictateur égyptien autant !

Il fait pourtant du bon boulot pour ses maîtres , à moins que il aurait eu l'intention de retourner sa veste quelquefois , mais on est pas dans les secrets des dieux.

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