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Liban - Ordre Des Avocats

Huit postulants au bâtonnat présentent leur programme

L’élection, prévue le 17 novembre, opposera dix-neuf avocats pour cinq postes de membres du conseil.

André Chidiac, bâtonnier de Beyrouth. Photo C.A.

Pour aider les avocats à choisir en connaissance de cause un nouveau bâtonnier et cinq nouveaux membres du conseil de l’ordre, dont l’élection est prévue dimanche 17 novembre, le conseil présidé par André Chidiac a organisé hier une séance permettant aux postulants de présenter chacun son programme électoral sur la plate-forme neutre que constitue le siège de la Maison de l’avocat, à Beyrouth. Cette initiative, qui s’inscrit dans l’esprit de démocratie dont se distingue le barreau, a permis à l’assistance de mieux connaître et comparer les différents candidats.

Dix-neuf avocats briguent cinq postes de membres du conseil de l’ordre laissés vacants par Abdo Lahoud, Iskandar Élias, Georges Stéphan et Jamil Kambris, ainsi que par Aziz Torbey qui avait démissionné il y a quelques mois. Huit d’entre eux sont candidats au bâtonnat, mais ils doivent d’abord assurer une victoire au premier tour, c’est-à-dire faire partie du conseil de l’ordre. Le bâtonnier sera élu pour une période de deux ans, et quatre membres seront élus pour trois ans, sachant que le conseil, composé de 12 membres, se renouvelle chaque année par tiers. Le cinquième vainqueur sera élu pour un an, puisque le mandat de Aziz Torbey, dont il prendra la place, devait expirer à cette date.


Six minutes et 30 secondes

Après la diffusion de l’hymne national et celui du barreau, André Chidiac explique la règle du jeu : chaque orateur a droit à six minutes et trente secondes. Avec le dépassement de temps de certains candidats et les discussions et protestations qui en ont résulté, la séance se prolongera pendant près de trois heures.

M. Chidiac appelle à la tribune tour à tour les huit candidats au poste de bâtonnier, par ordre de date de dépôt de candidature.

Wajih Massaad est le premier à prendre la parole. Il avait démissionné du conseil l’an dernier en faveur de Jamil Kambris, de confession sunnite, arrivé alors en cinquième position. M. Massaad avait agi dans une volonté de remédier aux résultats qui n’ont pas respecté le pacte conclu au sein du barreau, en vertu duquel les avocats portent chaque année au conseil au moins un candidat musulman.

Lors de sa présentation, Wajih Massaad a promis, s’il est élu, d’œuvrer à « mettre fin à la lenteur judiciaire », dénonçant « le faible nombre des magistrats et le manque de sérieux de certains d’entre eux ». Il a par ailleurs indiqué que « des fonctionnaires dans les administrations publiques ne remplissent pas leurs obligations », ce qui, selon lui, « rend ardue la mission des avocats ».

Ali Foussaï brigue également le bâtonnat, quand bien même la coutume veut que ce poste revienne à un chrétien. Depuis la fondation du barreau de Beyrouth, il y a 100 ans, aucun musulman n’a accédé à ce poste, mis à part Mohammad Chéhab, qui, en 1982, alors qu’il occupait le poste de secrétaire général de l’ordre, avait remplacé Issam Khoury, fraîchement désigné ministre.

Affirmant qu’il avait joué un rôle lors de la fondation du mouvement Amal par l’imam Moussa Sadr, M. Foussaï a indiqué qu’il est toutefois indépendant et aconfessionnel, réclamant un pouvoir judiciaire non soumis aux ingérences politiques. Il a en outre préconisé « des relations cordiales entre les avocats et les juges, fondées sur le respect mutuel », refusant le fait que « les avocats attendent dans les couloirs devant les parquets et soient fouillés aux portes de la prison de Roumieh ». Sur un autre plan, M. Foussaï a réclamé que soient radiés du barreau 1 500 avocats travaillant parallèlement comme employés.


Rendre des comptes et en exiger

Melhem Khalaf, indépendant, a évoqué la nécessité de parfaire la formation des stagiaires à travers notamment l’activation du rôle de l’institut consacré à cette fin, et au moyen de travaux pratiques plutôt que de conférences uniquement. Comme il a appelé à moderniser la loi sur l’organisation de la profession d’avocat, vieille d’un demi-siècle (1970). Au plan national, M. Khalaf a prôné « un pouvoir judiciaire efficient, qui doit rendre des comptes et en exiger ». Il a en outre affirmé qu’il n’aura de cesse de « protéger les droits de l’homme et (d’) élever la voix pour préserver les libertés publiques », et s’est indigné contre l’éventualité de supprimer la Commission nationale des droits de l’homme (des rumeurs néanmoins démenties par plusieurs représentants politiques, NDLR). Présentant sur grand écran son CV, M. Khalaf a affirmé que même s’il n’a jamais fait partie du conseil, il détient une longue expérience tant dans le travail auprès des commissions de l’ordre, qu’au plan international, en tant que vice-président du Comité des Nations unies pour l’élimination des discriminations raciales.

Pierre Hanna, candidat des Forces libanaises, s’est engagé à travailler pour renforcer l’immunité de l’avocat, d’autant, a-t-il dit, que nul ne peut défendre la dignité de l’autre s’il est atteint lui-même dans sa dignité. Sur un autre plan, M. Hanna a évoqué le déficit de près de 13 millions qui crève la Caisse mutuelle des avocats, l’attribuant à « une ingénierie financière erronée », et promettant de « définir les responsabilités dans cette affaire ».

Rebondissant sur la question, Aziz Torbey, indépendant, a affirmé qu’il avait démissionné de l’actuel conseil de l’ordre parce que celui-ci, avec seulement 4 de ses membres, avait pris la décision de se désister de la garantie de 10 millions accordée au barreau par les sociétés Globmed, AXA et Libano-Suisse. Le conseil avait en effet décidé en accord avec ces compagnies de supprimer cette garantie en contrepartie de la diminution des cotisations d’assurance des avocats.

Au niveau professionnel, M. Torbey veut informatiser l’administration de l’ordre, notamment en fixant des relais entre les centres régionaux et le siège principal pour éviter autant que possible les déplacements.

Il a affirmé sur un autre plan que « le conseil de l’ordre devrait être plus actif quant à la proposition de lois, comme cela aurait dû l’être lors de l’élaboration de la loi électorale ». M. Torbey a par ailleurs soutenu que s’il est élu, il œuvrera à faciliter le travail des avocats dans les Palais de justice, estimant que ceux-ci « remplissent leur mission dans des circonstances logistiques difficiles, notamment devant les juges d’instruction ».

Tanios Eid, indépendant, a critiqué le vote électronique, estimant qu’il est une source de fraudes. Il s’est par ailleurs élevé contre la construction de la Maison de l’avocat qui a coûté 10 milliards de livres, alors qu’il considère le Palais de justice comme sa propre maison.

Nader Gaspard, indépendant appuyé par le courant du Futur, a dès le début de sa présentation assuré qu’il luttera pour « mettre fin au gaspillage ». « Nous ne pouvons demander aux responsables politiques de prendre des mesures d’austérité, alors que nous dépensons tellement », a-t-il martelé, soulignant qu’« il faut réduire les dépenses effectuées par le bâtonnier, les membres du conseil et les employés ». Évoquant lui aussi le dossier de l’assurance médicale, il a affirmé vouloir « enquêter en vue de savoir pourquoi il y a un déficit ». M. Gaspard est revenu sur les relations entre magistrats et avocats, assurant qu’il favorisera des réunions périodiques avec le président du Conseil supérieur de la magistrature, les ministres concernés, les directeurs généraux et les chefs des services sécuritaires en vue de « préserver l’immunité et la dignité de l’avocat là où il se trouve, notamment au cours de l’exercice de sa profession, afin qu’il ne soit pas à la merci de poursuites toutes les fois qu’il exprime son opinion ». « Si vous m’accordez votre confiance, je vous promets de crier fort à chaque fois qu’un citoyen est détenu arbitrairement et qu’il est privé des libertés garanties par la Constitution », a-t-il ajouté.


« Speaker’s corner »

Dernier à prendre la parole parmi ceux qui briguent le bâtonnat, Georges Nakhlé, candidat du Courant patriotique libre (CPL), a critiqué l’attitude dédaigneuse des magistrats, alors que, a-t-il dit, « ils font un même corps avec les avocats ». Il a proposé, s’il est élu, d’« établir une hotline pour rapporter tous les problèmes et incidents survenus aux avocats dans les Palais de justice » et d’autre part de « réclamer le droit de porter des recours auprès du Conseil constitutionnel ».

Promettant de développer le dispensaire qui se trouve au siège de la Maison de l’avocat, M. Nakhlé a suggéré d’y établir un cabinet de dentisterie. Enfin, le candidat CPL a lancé l’idée d’un « speaker’s corner », une plate-forme où les avocats pourraient venir discuter et exprimer leurs opinions.

C’était ensuite au tour des onze avocats qui postulent aux seuls postes de membres du conseil de s’exprimer : Saadeddine el-Khatib (candidat du courant du Futur), Jamil Kambriss (indépendant), Mohammad Hamad (indépendant), Myrna Traboulsi (indépendante), Ibrahim Moussallem (indépendant), Ali Abdallah (candidat du mouvement Amal), Ali Jaber (indépendant), Ali Mcheimech (indépendant), Arlette Bejjani (indépendante), Samar Semrani (parti Sabaa) et Hani Ahmadiyé (indépendant).


Pour mémoire

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