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Liban

Barreau de Beyrouth : deux indépendants et deux partisans FL et CPL entrent au conseil

Conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth

Aucun avocat de confession musulmane ne figure parmi les quatre gagnants, mais un membre du conseil a démissionné en faveur de son confrère sunnite pour permettre l’application du pacte interne.

Claude ASSAF | OLJ
19/11/2018

Élie Bazerli (indépendant), Élie Hachache (Forces libanaises), Fadi Haddad (Courant patriotique libre) et Imad Martinos (indépendant) ont été élus hier au sein du conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth. Les quatre nouveaux membres ont obtenu respectivement 1 482, 1 474, 1 405 et 1 305 voix. Des scores qui reflètent les rôles désormais quasi égaux que jouent les partis politiques et les avocats indépendants dans la répartition des voix.

Avec 1 267 voix, Jamil Kambris (courant du Futur) a été élu membre suppléant, mais Wajih Massaad, membre du conseil de l’ordre, a démissionné en sa faveur, lui permettant de siéger à sa place pour la durée d’un an qui reste de son mandat de trois ans. Aussitôt les résultats connus, M. Massaad (chrétien) a ainsi fait part de sa décision de céder sa place à M. Kambris, de confession sunnite, dans une volonté de remédier au non-respect du pacte conclu au sein du barreau, en vertu duquel les avocats portent chaque année au conseil au moins un candidat musulman.

La journée électorale a débuté tôt, les avocats commençant à affluer dès 9h. Malgré la forte fièvre dont il souffrait, le bâtonnier André Chidiac a ouvert et mené la séance, à commencer par les discussions sur l’approbation des comptes, jusqu’à la proclamation des résultats vers 14h, en passant par l’annonce de l’ouverture des urnes à 11h15.

Grâce au système de vote électronique instauré il y a trois ans, il n’aura pas fallu plus de dix minutes après la fermeture des bureaux de vote pour que M. Chidiac proclame les résultats. Des avocats interrogés par L’Orient-Le Jour ont d’ailleurs exprimé leur contentement sur ce plan ainsi que vis-à-vis de l’organisation du scrutin, notamment la répartition des points de vote sur deux étages, le premier dans la salle des pas perdus, et le second à l’étage au-dessus, ce qui a évité autant que faire se peut la bousculade. Malgré ces dispositions, un avocat âgé a ressenti un fort malaise, mais a été rapidement secouru par une équipe de la Croix-Rouge accourue sur place.


(Lire aussi : Les avocats accusent des magistrats de porter atteinte à la dignité de leur profession)


Rencontré dans la salle des pas perdus, l’ancien député Ghassan Moukheiber fait part de sa satisfaction concernant le déroulement des élections. « L’ordre des avocats demeure un bastion de la pensée libre », estime-t-il, en réponse à la question de L’Orient-Le Jour sur le point de savoir son avis sur l’omniprésence des partis qui avaient installé côte à côte leurs quartiers généraux dans l’enceinte du Palais de justice. « Tout comme les autres ordres professionnels, notre ordre est politisé », reconnaît M. Moukheiber, mais il reste « celui dans lequel les membres sont les plus libres et autonomes ».

Roula Tabch Jaroudi, députée du courant du Futur, venue également accomplir son devoir de vote, constate dans le même esprit que « les blocs politiques sont présents au sein du barreau, comme dans tous les autres ordres », soulignant en outre que « les partis proposent les meilleurs candidats, en l’occurrence ceux qui œuvrent à la préservation et au développement de la profession d’avocat ».

L’ancien ministre Chakib Cortbaoui déclare pour sa part que « si les considérations partisanes gagnent de l’ampleur, il ne faudrait pas toutefois négliger le facteur professionnel », d’autant, dit-il, que « la vocation du conseil de l’ordre est de se préoccuper davantage de la profession que de la politique ».

Mayssa Abou Khalil, militante du mouvement Amal, estime quant à elle que « les partis sont un élément du tissu social, et partant, il est naturel qu’ils jouent un rôle dans l’ordre des avocats, le barreau faisant partie de cette société ».

Tel n’est pas l’avis de Imad el-Khazen, un jeune avocat qui estime que « l’ingérence des partis nuit à l’ordre plutôt qu’elle ne lui est utile ». « Lorsqu’il est confronté à une question interne, un partisan parvenu au conseil de l’ordre risque de faire primer l’intérêt de son parti », craint M. Khazen, qui a décidé de donner sa voix à des indépendants.


(Lire aussi : Pour que les avocats exercent leur fonction dans la dignité et l’efficacité)


« Avocats des avocats »
Parmi les candidats indépendants, Élie Bazerli est arrivé en tête de liste, l’annonce de sa victoire provoquant un tonnerre d’applaudissements dans la salle des pas perdus. « Plusieurs anciens bâtonniers ont appuyé ma candidature et ma bataille, estimant que mon action en tant qu’indépendant favorise la préservation de la dignité de l’ordre », confie-t-il à L’OLJ. En ce qui concerne la conduite qu’il compte suivre à l’égard du CPL qui l’a soutenu officiellement, M. Bazerli assure qu’« autant les partisans que les indépendants doivent mettre de côté leurs opinions politiques au sein du conseil ». Et de souligner que « l’important est que les membres se fassent les avocats des avocats ».

Imad Martinos, autre indépendant ayant gagné, affirme à L’OLJ qu’il a compté sur les voix de nombreux avocats parmi « les 60 % d’indépendants », ajoutant qu’il s’était également rendu auprès des responsables de tous les partis, leur demandant un appui « sur base de (son) indépendance ». Il s’engage à « faire parvenir sur la plate-forme nationale du conseil de l’ordre une opinion libre défendant la dignité et les droits des avocats ».


« En toute souveraineté »
Quant aux deux candidats partisans qui ont remporté la victoire, ils assurent eux aussi que leur action au sein du conseil de l’ordre ne dépendra pas de leur affiliation partisane. Notant que « les élections sont maintenant révolues », Fadi Haddad (CPL) déclare qu’il prendra ses décisions en « toute souveraineté ». « Je mènerai ma mission conformément à mes convictions ordinales et professionnelles », ajoute-t-il.

Élie Hachache, candidat FL qui s’est hissé à la deuxième place après avoir reçu l’appui du courant du Futur, du Parti national libre (PNL), des Kataëb et du Parti socialiste progressiste (PSP), affirme dans le même esprit que « l’affiliation partisane est secondaire dans le contexte du barreau ». Il assure ainsi qu’il sera « libre » dans son action au sein de l’ordre.

Interrogé sur un tout autre plan quant au fait de savoir pourquoi les avocats n’ont pas accordé un second mandat au candidat sunnite sortant Jamil Kambris, M. Hachache indique qu’« un autre sunnite, Saadeddine Khatib, a bénéficié de nombreux votes, ce qui a diminué la chance des deux candidats ». À noter que M. Khatib est arrivé en 6e position, obtenant le score honorable de 1 073 voix. Si les votes n’avaient pas été ainsi éparpillés, M. Kambris serait probablement venu en tête de liste. Un autre facteur qui, selon M. Hachache, a entravé la victoire de Jamil Kambris est que « les électeurs de la Békaa, de Saïda et de Tyr ne sont pas venus nombreux ».

La démarche de M. Massaad – qui s’est désisté en faveur de M. Kambris – a été saluée par la commission de la justice et de la législation au sein du PSP. « La démission de Wajih Massaad reflète l’esprit national dont jouissent les membres du conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth », indique le communiqué publié par la commission, décrivant en outre la journée d’hier comme « une noce de la démocratie grâce à laquelle des avocats qui se distinguent par leur professionnalisme et leur morale professionnelle vont œuvrer pour un ordre fort, libre et indépendant, ainsi que pour la défense des libertés publiques et de la liberté de leurs confrères ».

Quant à Ibrahim Kanaan, député du CPL, qui a accompli son devoir de vote en tant qu’avocat, il a affirmé dans une déclaration que « l’ordre des avocats incarne la diversité et la concurrence démocratique, loin des jeux de pouvoir et des intérêts étroits ».

Notons enfin que l’assemblée générale des avocats à élu cinq membres au sein de la commission de la caisse des retraités. Il s’agit de Saïd Alamé (1 689 voix), Youssef Khatib (1 181), Raymond Jamhouri (1 122), Maurice Diab (1 045) et Souad Cheaib (1 013).

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L’azuréen

La profession d’avocat s’inscrit principalement dans la liberté . Or que viennent faire les partis politiques dans une élection professionnelle ? Le candidat devra t il faire chaque semaine un rapport en 3 exemplaires et y prendre ses directives dans son système de défense des libertés et des individus ? L’appartenance politique ou autre est une affaire personnelle qui n’a rien a fait dans un tribunal .

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