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Nos lecteurs ont la parole - Par Amine Jules Iskandar

Les projets de développement que préconisait Maurice Gemayel

À l’occasion de l’inauguration, dimanche dernier, à Bickfaya du monument et de la statue érigés en hommage à Maurice Gemayel, disparu il y a 50 ans et qui fut député du Metn, ministre du Plan et président de la FAO, il serait utile de présenter les principaux projets de développement avant-gardistes préconisés à l’époque par cette personnalité qualifiée de visionnaire.

Maurice Gemayel ne pensait le Liban que dans sa dimension universelle. Pour lui, ce petit pays ne pouvait nullement survivre réduit à lui-même. Se limiter à son milieu syrien ou à son environnement arabe lui serait, selon lui, fatal.

Maurice Gemayel préconisait un plan de développement particulièrement ambitieux. D’emblée, il soulignait la nécessité d’en finir avec la pauvreté qui asservissait le peuple au profit d’une féodalité traditionnelle et d’une féodalité nouvelle, aussi égoïste et arriérée l’une que l’autre.

En bon chrétien, Maurice Gemayel ne pouvait se résoudre au désespoir que manifestaient nombre de ses contemporains profondément déçus par l’entité libanaise naissante. Ce n’est pas comme cela que les Libanais avaient imaginé leur pays après tant de siècles d’attente, de souffrances, d’espoir, de prières et de promesses.

L’ancien ministre du Plan voulait en finir avec le mythe du Liban pauvre en ressources. La solution concrète qu’il présentait se résumait en trois points : l’eau; l’électricité ; le facteur humain.

1- L’eau

Il s’agit de la richesse naturelle principale du Liban. Ce sont une centaine de barrages, de lacs et de centrales hydroélectriques qui agrémenteraient le territoire libanais surnommé alors le Château d’eau du Levant. Cette étude poussée jusqu’aux moindres détails fut avancée avec la collaboration de plusieurs experts dont Albert Naccache. Elle fut publiée en 1951 dans La Planification intégrale des eaux libanaises.

Dans les années 50, Maurice Gemayel déplorait l’insuffisance des surfaces agricoles du Liban. Elles représentaient alors 40 000 hectares seulement sur les 500 000 hectares cultivables une fois son plan mis en œuvre. Or ces 40 000 hectares de l’époque sont eux-mêmes aujourd’hui réduits à une peau de chagrin continuellement agressée par une urbanisation sauvage et des carrières criminelles.

Quant au stockage des eaux de pluie et des fontes des neiges, il représente encore aujourd’hui 20 millions de m3 alors que nous devrions en être déjà à 850 millions de m3.

2- L’électricité

Lorsqu’un pays montagneux possède des lacs en altitude, il ne peut que profiter de la loi de la gravité pour engendrer une énergie propre. L’énergie hydroélectrique devient dès lors la seconde richesse du Liban offrant une chance immense à l’industrie qui jouit d’une source énergétique très bon marché.

La planification des eaux libanaises permettait donc un développement dans le total respect des valeurs modernes de l’écologie et de la durabilité. La santé des citoyens ne pouvait qu’en ressentir les bienfaits à tous les niveaux. Il est évident aussi, qu’avec autant d’eau et d’électricité, les voies de circulation auraient été toutes agrémentées de verdure et de systèmes de transports en commun sous forme de trains ou de tramways électriques sur le littoral, et de funiculaires pour desservir les zones montagneuses.

3- Le facteur humain

Il est impossible de développer le facteur humain tant que nous sommes soumis au système féodal et à sa mentalité réductionniste. Le citoyen, otage de son protecteur, ne peut œuvrer à la construction d’un État. Aristote définissait justement la République comme une communauté d’hommes libres. Or il n’y a aucune place pour la liberté lorsque nous sommes limités et prisonniers de ceux que Maurice Gemayel appelait « les professionnels de la politique et parasites de la nation ».

Ces professionnels ont sacrifié le Liban pour pouvoir faire du pouvoir leur chasse gardée. Ils ont réduit la politique à une affaire d’héritage alors qu’en réalité, elle est une science noble puisqu’elle gère des questions existentielles pour l’homme et pour l’environnement. Ils ont transformé « la fonction publique en dépotoir des éléments incapables de toutes les confessions », disait-il encore.

Mais il va encore plus loin dans son analyse de l’élite dirigeante, pour déceler les ravages qu’elle a causés au niveau du citoyen. Les responsables ont pensé l’enseignement comme une industrie dédiée à la productivité et à la rentabilité. Ce comportement dangereux vint s’ajouter au cataclysme de la Première Guerre mondiale que Maurice Gemayel considère comme la « source de tout notre malheur ». En plus d’avoir décimé la population, ce génocide a fait basculer les survivants dans un semi-illettrisme causant un effondrement intellectuel. C’est à ce moment même que naissait le Grand Liban qui se trouvait dépourvu de l’effectif humain nécessaire à sa formation. Le recours à la diaspora libanaise d’Égypte ne pouvait, à lui seul, combler la carence en enseignants qualifiés. Les effets néfastes de la guerre de 14-18, doublés de la mentalité marchande de nos dirigeants, ont conduit à un système éducatif désuet avec un enseignement inapproprié. C’est une « surproduction de catégories bien déterminées de lettrés » qui allait, dès lors, inonder le marché du travail libanais alors que tant de spécialisations cruciales se trouvaient totalement inexistantes. Médecins, avocats et ingénieurs se bousculaient sur les mêmes opportunités, alors que d’autres domaines comme l’hydraulique ou l’agriculture moderne ne pouvaient faire appel à aucun spécialiste qualifié. C’est dans la reconsidération de notre enseignement primaire, secondaire et supérieur que commence le redressement du pays et la rectification de sa vision pour l’avenir.

Parmi les nombreux projets de Maurice Gemayel, certains ont tout de même vu le jour, bien qu’avec beaucoup de retard. Réalisés, ou en cours de réalisation, leur concrétisation demeure partielle, bien entendu, puisque forcément amputée de la vision et de la clairvoyance propres à leur auteur disparu. Mais ce qui est étonnant, pour ne pas dire révoltant, c’est l’occultation totale du nom de cet auteur exceptionnel qui n’a jamais recherché le moindre profit personnel. Pourquoi ne jamais le nommer ? Pourquoi effacer sa mémoire de ces projets pour lesquels il s’est battu toute sa vie ? Parmi ceux-là nous entendons parler de plus en plus aujourd’hui des projets suivants :

– Le tunnel Beyrouth-Békaa (préconisé par Maurice Gemayel en 1957).

– Les barrages hydroélectriques (dont l’étude complète fut présentée en 1951).

– L’Académie des sciences de l’homme (de Byblos) pour la rencontre et le dialogue (annoncée en 1952)

Ces projets sont non seulement de lui, mais il en avait même fourni les études complètes. Pourquoi taire son nom ? Il n’est évoqué nulle part, ni pour le tunnel, ni pour les barrages, ni pour l’Académie des sciences de l’homme que le Liban vient de soumettre à l’Assemblée générale des Nations unies. Est-ce comme cela que le Liban honore ses grands hommes ?

Amine Jules ISKANDAR

Président de l’Union syriaque

maronite Tur Levnon

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

À l’occasion de l’inauguration, dimanche dernier, à Bickfaya du monument et de la statue érigés en hommage à Maurice Gemayel, disparu il y a 50 ans et qui fut député du Metn, ministre du Plan et président de la FAO, il serait utile de présenter les principaux projets de développement avant-gardistes préconisés à l’époque par cette personnalité qualifiée de visionnaire. Maurice Gemayel ne pensait le Liban que dans sa dimension universelle. Pour lui, ce petit pays ne pouvait nullement survivre réduit à lui-même. Se limiter à son milieu syrien ou à son environnement arabe lui serait, selon lui, fatal. Maurice Gemayel préconisait un plan de développement particulièrement ambitieux. D’emblée, il soulignait la nécessité d’en finir avec la pauvreté qui asservissait le peuple au profit d’une féodalité...
commentaires (1)

Un étoile filante que le Liban aurait dû attirer et garder à jamais! et pourtant, le désintéressement, et même moqueries au parlement, ont accélérer la disparition de ce cèdre moderne du Liban. Ils nous manque des visionnaires de son calibre.

Wlek Sanferlou

14 h 50, le 06 octobre 2019

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Commentaires (1)

  • Un étoile filante que le Liban aurait dû attirer et garder à jamais! et pourtant, le désintéressement, et même moqueries au parlement, ont accélérer la disparition de ce cèdre moderne du Liban. Ils nous manque des visionnaires de son calibre.

    Wlek Sanferlou

    14 h 50, le 06 octobre 2019

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