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La Dernière

Élie Gharzouzi ou la quête perpétuelle du beau

Vient de paraître

En ouvrant les portes d’une vingtaine d’intérieurs d’exception, créés entre 1980 et 2019, l’auteur livre son goût du solennel et du luxe.

May MAKAREM | OLJ
04/10/2019

Architecte d’intérieur-décorateur, Élie Gharzouzi présente, en images, une sélection de ses plus belles réalisations. Qu’il s’agisse d’appartements somptueux décorés avec opulence, d’une maison de campagne ou de garçonnières, qu’ils soient estampillés « traditionnel » ou « moderne », ces intérieurs ont été pour lui « un challenge, une quête du meilleur, de ce qui peut exister de plus beau ».

Fort de plus de 200 photographies signées Roger Moukarzel, et d’une vingtaine de remarquables perspectives à l’aquarelle réalisées par le décorateur pour ses projets en Arabie saoudite, le présent ouvrage intitulé Élie Gharzouzi, une vie en images déploie une extraordinaire palette d’images dans un kaléidoscope d’environnements. Publié par les éditions Skira, maison spécialisée dans les livres d’art, il renferme un avant-propos rédigé par Fifi Abou Dib et un texte de Nabil Gharzouzi. Après une séance de dédicace, à Paris, dans les salons de Sotheby’s, le 16 septembre dernier, l’auteur signera son ouvrage à l’Eau de Vie, hôtel Phoenicia, le lundi 7 octobre, entre 17h30 et 21h.

On le dit tyran, on évoque son mauvais caractère. Élie Gharzouzi ne s’en défend pas et réplique avec humour qu’« avoir du caractère, c’est l’avoir mauvais » !

Après des études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), à Paris, Élie Gharzouzi rentre à Beyrouth en 1965. Jeune et fraîchement diplômé, il est tout d’abord sollicité pour les décors de fêtes et de soirées, pour agencer une chambre à coucher ou un salon, avant de décrocher ses premiers projets en 1966 : recréer la maison de Claude Trad, celle d’Yvonne Bustros et celle de Marcelle Rubeiz (Oum Aziz). « Trois clientes qui ont marqué mes débuts à Beyrouth. En moins de huit mois, les commandes ont afflué, j’ai enchaîné les projets », confie le décorateur. Dans chaque maison et appartement, « j’ai essayé de satisfaire, avec ma propre vision du beau, le désir du client. J’ai surtout œuvré à me rapprocher de l’excellence ». Les clichés illustrent des atmosphères qui respirent une certaine idée de la grandeur, du luxe, de la perfection.

Il habille les palais d’Arabie et de Baabda

Quand, en 1975, éclate la guerre civile au Liban, Élie Gharzouzi installe son bureau boulevard Haussmann, à Paris. Son agenda, bientôt rempli à pleine capacité, le mène au Koweït, Qatar, dans les pays du Golfe ou encore en Arabie saoudite où il a décoré la plupart des palais du prince Mohammad ben Fahd ben Abdelaziz al-Saoud et ceux de la famille royale saoudienne; mais aussi à New York, Washington, Houston et en Californie, où les princes et cheikhs arabes possèdent des demeures. Il recrée également un « home », un chez-soi élégant et chaleureux aux Libanais qui, fuyant la guerre, s’étaient établis à Paris, sur le Côte d’Azur, à Genève ou à Londres. Ses scénographies mettent en dialogue tout à la fois sa culture parisienne et son sens de l’Orient. « J’ai eu beaucoup de plaisir à manipuler les styles – que j’ai souvent mélangés –, à jongler avec les couleurs, toujours avec discrétion, créant une empreinte très personnelle en décloisonnant les siècles, les années, les tendances et les modes. »

De sa période parisienne, Gharzouzi gardera le souvenir d’un succès qui a fait un effet boule de neige. « Je ne compte plus le nombre de maisons que j’ai décorées, tant il y en a », dit-il. Alors qu’il opérait toujours de son bureau boulevard Haussmann, il reçoit, en 1992, un coup de téléphone de Mona Hraoui, Première dame à l’époque. Elle lui « enjoint presque » de rentrer au pays pour remettre à neuf le palais de Baabda, sérieusement endommagé par les années de guerre puis par les combats du 11 octobre 1990. Gharzouzi aura 45 jours pour livrer le travail. Il accepte le défi, à condition « d’avoir carte blanche pour mener l’opération à son terme ». Quarante-cinq jours plus tard, le palais est prêt à être habité. « De nombreux meubles existants ont été exhumés des caves et rafraîchis. La plupart des objets proviennent du domicile familial du couple présidentiel. Mais au final, les lieux ont eu fière allure et semblaient flambant neufs », dit-il.

Une passion pour l’objet d’art

À une question portant sur les difficultés et/ou exigences rencontrées lors des différents projets, il répond que « la réalité impose des contraintes d’espace, de temps ou d’argent, alors que l’esprit ne connaît aucune limite ». « Je rêve de pouvoir un jour être débarrassé de ces contraintes, de laisser libre cours à mon imagination, de mettre en scène les objets les plus sublimes, d’aller toujours plus loin », ajoute-t-il.

Élie Gharzouzi a une passion pour la peinture et les objets d’art, dont les terracottas, la céramique rakka et les terre cuites phéniciennes. « Je suis un “artoolique”. Je ne résiste pas devant un bel objet ou une belle toile. Souvent, je me serre la ceinture pour acheter une pièce qui est au-delà de mes moyens. » Et d’ajouter : « Qu’elle soit contemporaine, qu’elle remonte à l’Antiquité, qu’elle soit de facture européenne ou de style ottoman, une pièce d’art est un incontournable dans une maison. À condition qu’elle soit authentique. J’élimine tout ce qui est faux. » Aussi, dans les intérieurs qui lui ont été confiés, on trouve un Damien Hirst, un des leaders de l’art contemporain, un Van Dongen (1877-1968), des peintures des XVIIIe et XIXe siècles ou encore une sculpture de Louis-Ernest Barrias qui cohabitent avec les artistes libanais. Mais aussi des objets archéologiques, pour ne citer que les tanagras (Grèce, IIIe et IVe siècles), le jouet d’enfant de l’époque hittite ou des statues romaines ou palmyriennes. Ou encore cette grande coupe en cristal de roche taillée et ornée d’une pendeloque en tourmaline de plusieurs dizaines de carats attachée à une monture en or sertie de rubis !

Un superbe ouvrage pour celles ou ceux qui se passionnent pour la déco d’intérieur. On le trouve dans les librairies au Liban, mais aussi à Paris, à la librairie Galignani, la librairie d’Arcurial, au musée des Arts décoratifs, au Louvre et sur Amazon.


Pour mémoire 

Dans l’attente du nouveau président, le palais de Baabda a peaufiné sa déco

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES BEAU. TRES ELOQUENT.

Tina Chamoun

Quel zèle avec adresses des librairies et tout. L'auteur de l'avant-propos de l'ouvrage y est sûrement pour beaucoup dans ces propos aux allures de pub lol.

Cadige William

Mauvais caractère tres probablement...
Mais Perfectionniste et grand Genie de la Deco,
Indéniablement !

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