Dario Scannapieco : La BEI améliore la vie de millions de personnes dans toute la région

Dario Scannapieco, vice-président de la Banque européenne d’investissement. Photo DR

INTERVIEW

À l’occasion de la tenue de la 19e édition de la conférence MED 2019 de la Banque européenne d’investissement qui se tient aujourd’hui à Beyrouth, son vice-président, Dario Scannapieco, est revenu pour « L’Orient-Le Jour » sur les principaux projets et ambitions de l’institution, aux niveaux global et régional.

30/09/2019

Quelle est l’actualité récente de la BEI au niveau mondial ?

La Banque européenne d’investissement joue un rôle important de catalyseur pour promouvoir des projets d’investissement durables qui contribuent à la réalisation des grands objectifs stratégiques de l’UE en Europe et ailleurs dans le monde. En 2018, la BEI a procuré 55,6 milliards d’euros de financements à long terme à l’appui d’investissements productifs des secteurs public et privé, dont 16,2 milliards d’euros dédiés à la lutte contre le changement climatique, soit 30 % de ses investissements totaux.

Il y a une semaine, au sommet des Nations unies sur le climat à New York, la BEI a annoncé son ambition de mobiliser 1 000 milliards de dollars en faveur d’investissements pour le climat et l’environnement au cours des dix prochaines années. Les projets soutenant l’adaptation et la résilience aux changements climatiques représenteront au moins 50 % des investissements totaux de la banque d’ici à 2025.

Quelle est l’actualité récente de la BEI au niveau des pays du voisinage européen MED ?

Les pays du voisinage européen MED présentent un immense potentiel en termes d’investissements pour la BEI. Grâce à l’Initiative de résilience économique (Economic Resilience Initiative), la Banque européenne d’investissement a mis en place une politique de prêts avantageux pour des projets d’investissements durables et stratégiques au niveau de la région. Pas moins de 2,3 milliards d’euros ont été attribués à des projets publics et privés entre 2016 et 2018.

Que ce soit en soutenant une start-up innovante en Égypte, une université de pointe au Maroc ou des panneaux solaires sur les toits d’une école en Palestine, la Banque européenne d’investissement améliore la vie de millions de gens dans toute la région.

Dans les pays du voisinage, la BEI observe les politiques de l’UE et exerce une incidence concrète sur le terrain par le biais de son mandat de prêt extérieur. Par exemple, son prêt de 300 millions d’euros à la banque jordanienne Arab Bank a permis de soutenir 18 000 entreprises en Jordanie, en Égypte, au Liban, au Maroc et en Jordanie.

Où souhaitez-vous vous développer davantage ?

En ligne avec notre ambition pour le climat, nous souhaiterions développer davantage les énergies renouvelables dans la région. Il s’agit en effet d’un potentiel conséquent à exploiter qui générera des emplois tout en offrant aux populations des solutions énergétiques vertes.

À combien cela portera-t-il le montant total des aides de la BEI au Liban, et les enveloppes déjà allouées ont-elles atteint les objectifs fixés ?

Depuis qu’elle est active au Liban, la BEI a investi plus de 2,3 milliards d’euros, répartis de façon quasiment égale entre secteur public et privé. L’exposition actuelle de la BEI au Liban est de 418 millions d’euros, auxquels il faudra ajouter les montants à venir au titre du programme CEDRE.

Les projets financés par la BEI au Liban, comme dans l’ensemble des pays couverts par la banque, ont des durées de réalisation évidemment diverses selon leur nature. Dans le secteur privé, par exemple, la BEI est très satisfaite des résultats obtenus par ses activités de lignes de crédit allouées aux banques libanaises, permettant de soutenir des entreprises (PME et MidCaps) qui n’auraient autrement pas accès aux prêts de la BEI.

Afin de soutenir l’ensemble des acteurs économiques du Liban, nous cherchons aujourd’hui à accompagner un spectre encore plus large de PME, et ce au travers de prêts à des banques plus petites que celles avec lesquelles la BEI travaille habituellement dans le pays.

En ce qui concerne le secteur public, la banque a essentiellement investi dans les domaines de l’assainissement et des transports, dans le but de développer les infrastructures du pays et soutenir l’emploi et la compétitivité des entreprises libanaises.

Lors de la conférence de Paris en avril 2018, la BEI a réservé une enveloppe de 800 millions d’euros pour des investissements publics. Quel est l’état d’esprit de l’institution aujourd’hui, sachant que le Liban a pour l’instant enregistré peu de progrès tangibles en matière de réformes, plus d’un an après que ses dirigeants se furent engagés à réduire le déficit public, réformer le secteur de l’électricité, renforcer la transparence ou encore restructurer l’économie ?

Nous travaillons étroitement avec les autorités libanaises et tenons à accompagner le pays dans ses efforts de réforme en vue d’atteindre un développement économique durable, comme nous l’avons fait depuis toujours. Comme la BEI l’avait précisé lorsqu’elle s’est engagée à hauteur de 800 millions d’euros à la conférence de Paris, une condition préalable à cet investissement est la mise en œuvre par le gouvernement libanais des réformes fiscales et structurelles qu’il s’était engagé à mener.

Depuis la conférence, le Liban a parcouru une partie du chemin en nommant un nouveau gouvernement en début d’année et en approuvant le plan pour l’électricité, notamment. Le budget 2019 a été ratifié en juillet dernier et le gouvernement s’est engagé à approuver le budget 2020 avant la fin de l’année. Cela va donc dans le bon sens. Néanmoins, il reste du chemin à parcourir et nous invitons le gouvernement libanais à poursuivre et accélérer ses efforts. Nous nous tenons prêts à le soutenir et l’aider dans cette démarche. Rappelons également que l’Europe représente à elle seule 37 % du total des engagements au programme CEDRE.

Plus précisément : la BEI a-t-elle encore confiance ou envisage-t-elle d’adopter une position plus sévère, et quelle est l’ambiance générale du côté des donateurs ?

Comme la BEI l’a annoncé à la conférence de Paris et répété depuis, les réformes et leur mise en œuvre sont primordiales et il semble que l’ensemble des donateurs soient d’accord sur ce point. Le gouvernement a commencé à travailler sur un certain nombre de points et à s’attaquer à la question de la corruption. Il a naturellement tout le soutien de la BEI et de la communauté internationale.

Les donateurs soutiennent et accompagnent le Liban et son gouvernement afin que les réformes promises lors de la conférence de Paris puissent rapidement être ratifiées et mises en œuvre.

Comment progresse l’étape préliminaire du projet de développement des transports publics à Tripoli, qui en est encore aux premiers stades ? Quels sont les autres projets de la BEI pour la 2e ville du pays ? 

Nous sommes actuellement en train de travailler à l’amélioration des services de bus de Tripoli. Nous mettons en place une opération d’assistance technique afin de développer un nouveau réseau de transport par bus dans le Grand Tripoli, un système intégré de tarification et billets ainsi qu’une réforme ambitieuse du secteur du transport public dans la ville.

Le projet comprendra des financements joints, potentiellement liés à des subventions provenant du fonds ERI (Economic Resilience Initiative) ou du Programme national indicatif de l’Union européenne – EU NIP). Sous réserve des résultats de l’étude en cours, l’instruction du projet est prévue pour la première moitié de l’année 2020 avec une signature potentielle du financement à suivre.

La banque s’apprête également à financer la construction de réseaux d’assainissement dans la région de Tripoli, qui seront connectés à la station d’assainissement de la ville, déjà financée par la BEI. Ce projet contribuera à améliorer l’environnement et la qualité de vie des habitants concernés en leur fournissant de meilleurs services de gestion des eaux usées, tant en termes de qualité que de couverture. Le projet permettra également à la station d’assainissement de fonctionner enfin à sa capacité nominale. Ce projet bénéficiera d’un investissement de 74 millions d’euros de la BEI, d’une subvention d’investissement ERI de 18,3 millions d’euros et d’une assistance technique ERI TA pour l’implémentation du projet de 4 millions d’euros.

Au début des années 2000, la BEI avait également soutenu la mise à niveau des infrastructures du port de Tripoli (45 millions d’euros, signés en 2002, en cours de remboursement).

Où en est le dossier des zones industrielles, un autre projet suivi par la BEI ?

La BEI a décidé de financer trois zones industrielles avec un investissement de 52 millions d’euros signé en 2018, accompagné d’une subvention d’assistance technique de 4 millions d’euros provenant de l’Initiative de résilience économique. Il s’agit d’un projet prioritaire pour le gouvernement libanais dans le cadre de la première phase de son Capital Investment Plan (CIP).

Les autorités libanaises ont récemment modifié le champ du projet initial, replaçant deux des trois zones proposées initialement et ajoutant un certain nombre de zones nouvelles. Nous comprenons que le projet reste une priorité pour le gouvernement libanais dans le cadre de la phase 1CIP. Comme en témoignent les analyses effectuées par le gouvernement et McKinsey, le projet se révèle toujours pertinent et promet de générer des impacts positifs significatifs pour la création d’emplois et la croissance.

Avec nos partenaires financiers, qui sont le gouvernement italien et la BERD, nous soutenons ce projet qui devrait être mis en œuvre prochainement.

L’amélioration de la situation au Liban reste étroitement liée à l’établissement d’un statu quo durable dans la région, et plus précisément du côté des voisins directs du pays. Ce scénario vous semble-t-il aujourd’hui plausible ou en sommes-nous encore loin ?

Il est évident que la stabilité du Liban, et globalement de toute la région, est primordiale. C’est pourquoi la BEI s’est engagée, notamment dans le cadre de la conférence de Londres sur la Syrie, auprès des pays affectés par les conséquences de la crise. Cela concerne les populations locales et les réfugiés situés au Liban comme en Jordanie.

Aujourd’hui, l’engagement de la BEI se traduit par le financement de projets visant à accroître la résilience de ces pays, c’est-à-dire qu’ils doivent permettre aux collectivités de faire face aux besoins tant en matière d’infrastructures de base, notamment dans les secteurs sociaux, qu’en termes de développement économique, d’accès aux financements pour des activités génératrices de revenus, et globalement d’accès à l’emploi. Cela s’étend à l’ensemble des populations des pays affectés, y compris les réfugiés.

Dossier réalisé par Philippe HAGE BOUTROS

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