Une photo aérienne d’un iceberg en train de fondre au Canada, datant de juin 2019. Johannes Eisele/AFP
Bouleversés par le réchauffement, les océans et les zones gelées dépérissent à vue d’œil, menaçant des pans entiers de l’humanité qui n’a qu’une option pour les protéger et se sauver elle-même : réduire ses émissions de CO2, avertit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Montée du niveau des océans, îles menacées de submersion, fonte des glaciers comme celui du Val d’Aoste en Italie qui menace de s’effondrer dans la vallée... Certains des impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà « irréversibles », a noté le groupe d’experts climat de l’ONU à l’issue d’une réunion marathon de cinq jours à Monaco. Deux jours après le sommet climat de New York qui n’a pas suscité l’impulsion espérée, ce rapport souligne toutefois que réduire les émissions de gaz à effet de serre pourrait faire une vraie différence. Les modifications de l’océan ne s’arrêteront pas soudainement en baissant les émissions, mais leur rythme devrait être ralenti. « Ça permettrait de gagner du temps », souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a participé à la rédaction du rapport de 900 pages.
Gagner du temps pour, par exemple, se préparer à la montée des eaux et aux événements météo extrêmes qui lui sont liés (vagues de submersion, tempêtes) : en construisant des digues autour des grandes mégapoles côtières comme New York ou en anticipant le déplacement inéluctable de certaines populations, notamment celles de petits États insulaires qui pourraient devenir inhabitables d’ici à la fin du siècle.
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« Des centaines de milliards de dollars »
Le niveau des océans s’accroît aujourd’hui 2,5 fois plus vite qu’au XXe siècle où il avait pris 15 cm, et cette hausse va encore s’accélérer. « Quel que soit le scénario, nous aurons un monde avec des mers plus hautes », insiste un autre auteur, Bruce Glavovic, de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande. Sur les côtes du monde entier, construire des protections pourrait réduire de 100 à 1 000 fois les risques d’inondations, selon le rapport. À condition d’investir « des dizaines à des centaines de milliards de dollars par an ». Au total, selon le rapport, plus d’un milliard de personnes vivront d’ici au milieu du siècle dans des zones côtières peu élevées particulièrement vulnérables.
Et même dans un monde à +2°C, de nombreuses mégapoles et petites îles devraient être frappées d’ici à 2050 au moins une fois par an par un événement extrême qui ne se produisait jusqu’alors que tous les cent ans. Le monde s’est engagé en 2015 dans l’accord de Paris à limiter le réchauffement à +2°C, voire +1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. Les océans, qui couvrent plus de 70 % de la surface du globe, ont absorbé environ un quart de ces émissions et 90 % de la chaleur supplémentaire générée par le CO2 produit par l’homme. Les conséquences sont déjà palpables (hausse de la température de la mer, acidification, perte d’oxygène), mais le GIEC prévoit que les océans aspirent 2 à 4 fois plus de chaleur d’ici à 2100, dans un scénario optimiste. « À cause de cette chaleur emmagasinée, nous ne pouvons plus revenir en arrière, quoi que nous fassions avec nos émissions, le changement climatique est irréversible », assène Valérie Masson-Delmotte. Avec des effets en cascade sur les écosystèmes dont dépend l’homme, des récifs coralliens aux régions de montagne.
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Promesses trop « faibles »
Ce rapport adopté par les 195 États membres du GIEC est le quatrième opus scientifique de l’ONU en un an à tirer la sonnette d’alarme sur les impacts du dérèglement climatique et à pointer des pistes vers les façons d’y remédier ou au moins de les limiter.Mais les dirigeants mondiaux réunis à New York lundi n’ont pas été à la hauteur des engagements nécessaires, accusent les défenseurs de la planète. « Avec ces faibles promesses des États, nous avons probablement plus de chance de faire sauter la banque au casino de Monte-Carlo que de limiter le réchauffement à +1,5°C », a commenté Stephen Cornelius, de WWF.
Les engagements internationaux actuels, s’ils étaient respectés, conduiraient à un monde à +3°C. L’océan peut offrir des solutions contre le réchauffement, notamment par le développement d’aires marines protégées. Mais « la clé pour protéger la vie marine, c’est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre aussi vite que possible et à un rythme rapide », estime Valérie Masson-Delmotte.
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