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La vengeance du dollar

Il y eut, dans le passé, la fiction européenne d’un Hezbollah pourvu de deux branches, l’une politique et l’autre militaire. Se référant à ce mythique Janus à deux faces, tournées l’une vers le passé et l’autre vers l’avenir, plusieurs pays du Vieux Continent se préservaient ainsi une bonne marge de manœuvre diplomatique au Liban et dans la région : contournant en quelque sorte l’interdit américain qui frappe la milice taxée de terrorisme, ils s’estimaient en droit de garder un pragmatique regard sur une force politique libanaise majeure, bien présente au Parlement comme au gouvernement.


L’Oncle Sam, comme on sait, n’est pas du genre à apprécier de telles nuances. Dès lors, et comme il le proclamait hier devant l’Assemblée générale des Nations unies, c’est à coups de sanctions économiques chaque fois plus sévères que Donald Trump entend ramollir l’Iran. Et avec lui le Hezbollah, comme vient de nous le rappeler durant un bref séjour à Beyrouth le numéro deux du département du Trésor américain Marshall Billingslea.


Au moins aussi performant que la CIA ou le FBI passe pour être ce ministère, dans son implacable chasse aux auteurs de délits fiscaux ou financiers. De surcroît, et sous ses airs de tranquille pasteur presbytérien, le sieur Billingslea ne fait pas dans la dentelle. Haut fonctionnaire au Pentagone sous George W. Bush, il s’était fait l’ardent avocat de l’emploi de la torture contre les terroristes prisonniers, en venant même à choquer les plus endurcis des militaires de carrière. Comble d’ironie, c’est pourtant lui que Trump vient de désigner au poste de sous-secrétaire d’État pour la démocratie et… les droits de l’homme. Du coup pleuvent sur le Congrès les pétitions indignées des associations civiles.


Toujours est-il qu’avec ou sans le sieur Billingslea aux commandes, tout porte à croire que la pression financière ne va cesser d’aller crescendo. En même temps qu’il délivrait un certificat de bonne conduite aux banques libanaises, le visiteur américain a désigné pour cibles nouvelles tous ceux qui apporteraient une aide matérielle (notamment de l’argent) au Hezbollah. Mais on a peut-être vite fait de passer du matériel au moral, comme le veut la rumeur, comme le prédisait très clairement aussi, dans notre édition de lundi, le directeur du respectable centre de recherches Washington Institute. On risquerait alors de voir des personnages politiques libanais faire leur entrée dans la liste noire, en raison de la couverture politique qu’ils fournissent à la formation pro-iranienne. L’argent sale n’étant souvent pas bien loin de la politique au Liban, il y a effectivement là de quoi en inquiéter plus d’un …


Bien qu’à pas de tortue, voilà enfin le judiciaire qui vient se rappeler au souvenir de tous. La semaine dernière, le Tribunal spécial pour le Liban saisi de l’assassinat de Rafic Hariri publiait les conclusions d’une enquête connexe, relative à trois autres attentats à l’explosif perpétrés contre des personnalités politiques, toutes actions attribuées à un même cadre du Hezbollah. En faisant état d’une association de malfaiteurs, la juridiction internationale retenait pour la première fois la thèse d’un vaste complot visant clairement le camp souverainiste libanais : là réside l’importance de l’événement. Bien moins dramatique mais significative, elle aussi, est la mésaventure que vient de connaître, lors de vacances en Grèce, le journaliste Mohammad Saleh, arrêté par erreur car il portait les mêmes nom et prénom que l’un des auteurs du détournement d’un avion de ligne américain survenu en 1985, recherché depuis par Washington et ses alliés.


Le dollar comme arme de pression massive, on connaissait déjà. C’est une mémoire d’éléphant qu’on lui redécouvre aujourd’hui.


Issa GORAIEB
[email protected]


Il y eut, dans le passé, la fiction européenne d’un Hezbollah pourvu de deux branches, l’une politique et l’autre militaire. Se référant à ce mythique Janus à deux faces, tournées l’une vers le passé et l’autre vers l’avenir, plusieurs pays du Vieux Continent se préservaient ainsi une bonne marge de manœuvre diplomatique au Liban et dans la région : contournant en...