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Liban

Depuis Paris, Hariri s’engage à appliquer les réformes prévues par la CEDRE

Diplomatie

Dans le contexte de tensions exacerbées entre Israël et le Hezbollah, Macron appelle toutes les parties à « faire preuve de la plus grande retenue ».

21/09/2019

Le Premier ministre, Saad Hariri, a assuré hier, après avoir été reçu par le président français Emmanuel Macron, qu’il s’engageait à appliquer les réformes prévues par la conférence internationale de soutien au Liban (CEDRE) d’avril 2018, estimant que le pays ne pouvait plus perdre de temps au vu de la situation économique inquiétante.

« La France est toujours aux côtés du Liban. Nous avons parlé de la région et de la CEDRE, qui est le dossier le plus important pour nous, surtout avec la situation économique à laquelle nous sommes confrontés. Nous nous sommes également mis d’accord sur la poursuite de la communication, et espérons avoir une réunion du comité stratégique de la CEDRE à la mi-novembre à Paris », a déclaré M. Hariri après l’entretien avec Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. Deux mécanismes de suivi du processus de la CEDRE sont prévus : un groupe de coordination à Beyrouth, très opérationnel, et un autre qui réunira les donateurs multilatéraux (Banque mondiale, Union européenne, Nations unies) et les pays ayant le plus contribué (Allemagne, France, Arabie saoudite, Koweït), avec une vision plus stratégique. Selon nos informations, la partie libanaise y sera représentée par la présidence du Conseil des ministres, le Conseil pour le développement et la reconstruction, le ministère des Finances et le ministère de l’Économie. L’inclusion d’un organisme de contrôle public, plus spécifiquement l’Inspection centrale, avait un temps été proposée par les principaux bailleurs de fonds, mais a finalement été abandonnée. Les bailleurs de fonds ont toutefois obtenu de pouvoir solliciter des cabinets d’audit internationaux pour des contrôles a priori et a posteriori sur chaque projet, lorsqu’ils jugent cela nécessaire.

Saad Hariri a également souligné qu’il était essentiel pour le Liban d’appliquer « les réformes nécessaires dont nous avons discuté au sein du cabinet et qui sont prévues dans le budget. Cela crée une atmosphère positive pour que les choses se remettent progressivement en place sur le plan économique, en particulier lorsque le monde voit que nous faisons notre devoir envers notre économie ».



(Lire aussi : Cedre : Duquesne esquisse un calendrier pour aller plus vite)



« Nous ne pouvons pas continuer de travailler comme par le passé. Le président français tient à aider le Liban et sa stabilité, ce qui est rassurant. Il est prêt à continuer dans cette direction et à aider le Liban de toutes les manières possibles. Ce qui est important pour lui, c’est que les Libanais et les partis politiques veuillent mener à bien les réformes », a encore dit le Premier ministre. « Les réformes ne sont pas que nécessaires pour obtenir des fonds, mais aussi pour améliorer les performances de l’État au Liban, dans l’intérêt des citoyens et pour lutter contre la corruption. Nous sommes optimistes à propos de la CEDRE et espérons que nous progressons à ce niveau », a-t-il encore dit.

En réponse à une question d’un journaliste qui lui demandait si Paris était satisfait de ce qui a été accompli en termes de réformes, M. Hariri a répondu : « Certes, il y a eu des remarques. Nous les avons prises en considération. Mais ce qui importe aujourd’hui est d’accélérer ces réformes. Nous n’avons plus de temps. Si nous avions procédé à ces réformes avant les rapports Fitch et S&P, nous n’en serions pas là aujourd’hui. »Le président français a, pour sa part, invité les responsables à Beyrouth à « mettre en œuvre les réformes administratives et celles relatives au secteur de l’électricité ». Lors de la conférence CEDRE, la communauté internationale avait promis des aides financières à hauteur de près de 11 milliards de dollars au Liban, à la condition que Beyrouth s’engage à mener des réformes économiques, financières et au niveau des infrastructures. En parallèle, un dépôt bancaire de 250 millions d’euros, accordé par la France en faveur de la Banque du Liban, devrait être débloqué sous peu. Avant de rencontrer le chef de l’État français, M. Hariri s’était entretenu avec le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, et avait participé à une réunion avec des hommes d’affaires français portant sur le suivi de la CEDRE. Le diplomate français chargé par le président Macron d’assurer le suivi de la CEDRE, Pierre Duquesne, s’est joint à cette réunion, ainsi que l’ambassadeur de France au Liban, Bruno Foucher, et l’ambassadeur du Liban en France, Rami Adwan.

Plusieurs entreprises françaises ont participé à cette réunion, notamment Total, Groupe Aéroports de Paris, General Electric France, Bouygues, CMA CGM et Suez. Au cours de la réunion, M. Hariri a souligné que, malgré les difficultés que connaissent le Liban et la région, le pays du Cèdre regorge d’opportunités d’investissement, notamment dans le secteur des hydrocarbures et dans le cadre du programme d’investissement pour la modernisation des infrastructures (présenté à la CEDRE) qui prévoit plusieurs potentiels partenariats public-privé pour une valeur totale de 5 à 8 milliards de dollars sur huit ans. Interrogé par les journalistes, M. Hariri a affirmé que « beaucoup d’hommes affaires sont impatients d’investir dans les projets de la CEDRE ».



(Lire aussi : Hydrocarbures en Méditerranée : Beyrouth s'engage à acheter du matériel militaire à la France)



« Éviter toute escalade  »
Dans la cour de l’Élysée, a également été abordée la question des tensions entre le Hezbollah et Israël. Sur ce dossier, M. Macron a souligné que le Liban, « qui traverse un moment délicat, peut compter sur le soutien de la France ». Il a appelé à « éviter toute escalade avec Israël », appelant les différentes parties impliquées à « faire preuve de la plus grande retenue ». Il a souligné que Paris s’est engagé « pour la stabilité et la sécurité » du pays du Cèdre, notamment dans le cadre de la participation de la France au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) et de l’aide financière que la communauté internationale s’est engagée à fournir à l’armée libanaise lors de la conférence de Rome de 2018.

De son côté, Saad Hariri a remercié le président français pour son intervention et les efforts qu’il a « personnellement déployés pour endiguer l’escalade après l’attaque israélienne, inédite depuis la guerre de 2006, contre la banlieue de Beyrouth ». « Le Liban est attaché à l’application de la résolution du Conseil de sécurité 1701, qui maintient le calme et la stabilité sur notre frontière sud depuis 13 ans », a-t-il assuré.

Les tensions entre le Hezbollah et l’État hébreu s’étaient exacerbées après que deux drones israéliens se sont écrasés le 25 août dans la banlieue sud de Beyrouth. Peu après cet incident, le Hezbollah avait tiré des roquettes sur un véhicule israélien, et l’armée israélienne avait répliqué en lançant des roquettes incendiaires au Liban-Sud. Cet échange de tirs était resté limité, suite à l’intervention diplomatique de Washington et Paris. Emmanuel Macron était notamment intervenu personnellement auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et du président iranien, Hassan Rohani, pour éviter une escalade entre le Hezbollah et Israël.

Concernant la situation régionale, M. Hariri, qui venait d’Arabie saoudite où il a effectué une courte visite, a estimé que les récentes attaques contre les infrastructures pétrolières saoudiennes d’Aramco, revendiquées par les rebelles yéménites mais que Riyad et Washington considèrent comme « parrainées par l’Iran », constituent « une crise très dangereuse » et une « escalade de la situation ». « Nous espérons qu’il n’y aura plus d’escalade, et le royaume (saoudien) a le droit de réagir de la manière qu’il considère appropriée. En fin de compte, il s’agit d’une attaque contre son territoire et sa souveraineté. » La situation au Liban et dans la région a également été au menu d’une rencontre, dans la journée, entre le Premier ministre libanais et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, dans la résidence parisienne du premier.



(Lire aussi : « Nous sommes entrés dans une nouvelle étape » de la confrontation entre Israël et le Hezbollah)



Les réfugiés
Par ailleurs, M. Macron a assuré au chef du gouvernement libanais le soutien de la France en ce qui concerne la prise en charge des réfugiés syriens, déclarant que l’objectif ultime de toutes les initiatives à ce sujet est « que les réfugiés rentrent chez eux ». Il a toutefois indiqué qu’il était « naïf de croire » que le retour des réfugiés en Syrie puisse se faire en « quelques semaines ». Avec une population de quatre millions d’habitants, le Liban affirme accueillir plus de 1,5 million de Syriens, dont un million inscrits comme réfugiés auprès de l’ONU. Régulièrement, des voix s’élèvent au sein de la classe politique et dans les médias pour réclamer leur départ, mettant en avant la fin des combats dans plusieurs régions syriennes et leur reprochant de contribuer aux difficultés économiques du pays. Depuis plusieurs mois, la Sûreté générale organise, en coopération avec les autorités syriennes, des opérations de « rapatriement volontaire » de ces Syriens.


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Amère Ri(s)que et péril.

Ils sont mignons tous les 2 à se promettre monts et merveilles .

M.E

Une vraie réforme fait des mécontents. Alors, pour un politique, le choix est d'être pointé du doigt en cas de tentative de réforme affectant un groupe donné (qui plus est n'assurant pas en soi la réussite globale du sauvetage car, en cas de non survenance de la catastrophe généralisée, encore faut-il reconnaître que ledit sauvetage a servi pour l'éviter alors qu'un autre groupe n'a pas été autant mis à contribution), ou de ne rien faire de sérieux et en cas de catastrophe généralisée, pointer ses adversaires du doigt. La base des réformes à effectuer est donc la légitimité démocratique et même morale indiscutable des décisionnaires. On est au Liban ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

APPLICATION DES ENGAGEMENTS DE LA CEDRE SOUS LE CONTROLE DES DONATEURS ET DES INVESTISSEURS. MAIS CELA NE SUFFIT PAS A TIRER LE PAYS DU PRECIPICE OU LES ABRUTIS CORROMPUS ET INCOMPETENTS L,ONT POUSSE. IL FAUT PLUS DE MESURES D,AUSTERITE ET DE VRAIES REFORMES DANS TOUS LES DOMAINES ET CE NE SONT PAS DES CHOSES QU,ON PUISSE ACHEVER EN UN TEMPS RACCOURCI. LA GRECE COMMENCE A PEINE A S,EN TIRER APRES UNE DECENNIE DE RUDE AUSTERITE. ET IL LUI FAUT PLUSIEURS AUTRES DECENNIES POUR ABOLIR TOUTES SES MESURES D,AUSTERITE ET POUR APPLIQUER TOUTES SES REFORMES ET ASSAINNIR SON ECONOMIE, SES FINANCES ET REDUIRE SA DETTE.

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