Entretien express

« On a l’impression que les photographes libanais naviguent dans l’intranquillité »

Gabriel Bauret, commissaire général de la Biennale des photographes du monde arabe à Paris, précise les orientations générales de l’édition 2019.


Gabriel Bauret, commissaire général de la Biennale des photographes du monde arabe à Paris. DR

Comment est né le projet d’une Biennale des photographes du monde arabe à Paris ?

La première Biennale a eu lieu en 2015, et le schéma d’ensemble était semblable à celui d’aujourd’hui, avec l’idée d’exposer des travaux sur le monde arabe (IMA), selon une approche artistique et personnelle, en contrepoint par rapport à la photographie de reportage. Le cadrage géographique est celui de ce qu’on a appelé la Ligue arabe, avec le Maghreb, le Proche-Orient et les pays du Golfe.

En 2017, il y a eu un focus sur la photographie tunisienne et algérienne, et cette fois, nous présentons, entre autres, la scène libanaise à l’Institut du monde arabe, de jeunes photographes égyptiens à la Cité des arts, et un artiste anglo-marocain, Hassan Hajjaj, à la Maison européenne de la photographie. Les galeries jouent également un rôle essentiel, en mettant en avant des artistes qui travaillent sur le monde arabe.


Pourquoi avoir choisi de mettre le Liban à l’honneur cette année ?

Lors de la Beirut Art Fair de 2018, la directrice des expositions de l’IMA, Aurélie Clemente Ruiz, a beaucoup apprécié l’effervescence du monde de la photographie au Liban, soutenue par des institutions anciennes (dont la Fondation arabe pour l’image), des galeries et des lieux alternatifs d’exposition. En voulant donner une certaine visibilité à la scène photographique libanaise contemporaine, nous avons été frappés par l’importante présence féminine, qui s’est faite d’une manière spontanée. J’ai trouvé intéressant que les femmes artistes prennent la parole, qu’elles expriment des éléments liés à leur genre – comme le statut de la femme au Liban avec Lamia Maria Abillama (« Clashing realities », 2006) – ou non.


L’ensemble de ce corpus photographique est-il plutôt marqué par des contrastes, ou par une forme de cohérence ?

On retrouve des préoccupations communes, le motif de la guerre civile est récurrent, comme dans l’œuvre de Dalia Khamissi (The Missing of Lebanon, 2010), qui a fait un travail sur les disparus, ou dans celle de François Sargologo (Beyrouth Empire, 2017-2018). L’exposition s’ouvre avec le documentaire d’un réalisateur italien, Tanino Musso (Beyrouth Centre-Ville), commandé par la Fondation Hariri, afin de montrer l’état de la capitale libanaise en 1991. On a voulu faire un point de référence pour la jeune génération, et pour tous ceux qui ne connaissent pas l’histoire du pays.

L’ensemble exprime une certaine fragilité. D’ailleurs, une rencontre a eu lieu le 12 septembre, dans le cadre des jeudis de l’IMA, avec certains des artistes et Nabil Canaan, de l’espace d’exposition Station à Beyrouth. Elle était intitulée L’Intranquillité, ce qui résume bien l’esprit dans lequel on a l’impression que les photographes évoluent.


Comment est né le projet d’une Biennale des photographes du monde arabe à Paris ?

La première Biennale a eu lieu en 2015, et le schéma d’ensemble était semblable à celui d’aujourd’hui, avec l’idée d’exposer des travaux sur le monde arabe (IMA), selon une approche artistique et personnelle, en contrepoint par rapport à la photographie de reportage. Le cadrage...

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