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Conjonction astrale

…Et la lumière fut, au bout du long tunnel ; sauf que ce que laissait voir la lumière n’était pas joli, joli.


On aurait certes mauvaise grâce de bouder l’importance de la réconciliation intervenue entre les deux fractions rivales du druzisme politique libanais. Quand s’enrhume la Montagne, c’est le Liban tout entier qui prend froid. De fait, il n’y allait pas seulement de la santé d’une communauté éminemment constitutive de la formation du Liban. Tout aussi en péril était la pérennité des retrouvailles druzo-chrétiennes dans le Chouf, un moment compromises par la conquérante percée qu’avait entreprise dans cette région le ministre des AE Gebran Bassil, dans le cadre d’une vaste manœuvre visant à circonscrire le leader du PSP Walid Joumblatt. Et pour couronner le tout, c’est à un chômage forcé de six semaines qu’était assigné un gouvernement incapable de trancher sur les suites judiciaires qu’exigeait la sanglante fusillade de Qabr Chmoun.


Au vu de nos mœurs politiques s’imposait pourtant, dès le premier jour, le scénario finalement retenu pour une franche explication et un accommodement entre les frères ennemis. C’est ce même rituel qui se déroulait vendredi dernier en présence et sous le triple parrainage du président de la République, du chef du législatif et du Premier ministre. Un salutaire bol d’air pour le pays qui retenait son souffle, une dose de vitamines pour le gouvernement perclus et le repos éternel pour les infortunées victimes de la pétarade ! Ce sont, en revanche, les institutions qui prenaient une belle pelletée de plomb dans l’aile : la plus gravement touchée étant sans doute un appareil judiciaire objet de mille ingérences à peine occultes et qui attend de l’autorité politique qu’elle lui signifie devant quelle instance il lui faut juger les fauteurs de troubles. Juridictions à la carte, on aura tout vu…


Il y a peu pourtant, le chef de l’État se défendait vigoureusement d’être un de ces cheikhs de tribus s’érigeant en juges de paix entre clans antagonistes. C’est avec la même indignation qu’il rejetait une communication de l’ambassade américaine mettant en garde contre toute exploitation de la justice à des fins politiques. Convoyée – comme le veut la mode – sous forme de tweet, une aussi spectaculaire initiative, c’était effectivement du jamais-vu. Mais au bout du compte, et après s’être livré à un baroud d’honneur, on fait avec ce que l’on a face à une superpuissance mondiale : face aussi aux taloches que flanquent régulièrement à l’élève Liban les agences de notation internationales, qu’exaspère sa lenteur à concrétiser les progrès promis en matière de réformes.


Mais l’Amérique, ce n’est quand même pas tout. Non moins remarquables en effet que le tweet de l’ambassadrice Richard auront été les discrets mais très agissants efforts du Hezbollah pour pousser ses alliés au compromis et calmer un jeu qui menaçait de mener trop loin. C’est là qu’était la véritable première : dans l’improbable convergence de deux volontés normalement contradictoires, habituellement antagonistes, obéissant à des motivations on ne peut plus diverses mais embouchant un même sifflet d’arbitre.


Deux coups de baguette magique en somme, plutôt qu’un. Et vogue la galère, jusqu’à la prochaine tempête …


Issa GORAIEB
[email protected]


…Et la lumière fut, au bout du long tunnel ; sauf que ce que laissait voir la lumière n’était pas joli, joli.


On aurait certes mauvaise grâce de bouder l’importance de la réconciliation intervenue entre les deux fractions rivales du druzisme politique libanais. Quand s’enrhume la Montagne, c’est le Liban tout entier qui prend froid. De fait, il n’y allait...