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Nos lecteurs ont la parole - Carole Georges Chelhot

Le sacrifice, le sacrifié et moi

Je devais avoir sept ou huit ans lorsque assise sur les genoux de mon père, il me conta l’histoire de l’obéissance d’Abraham à Dieu, de l’offrande de son fils et du sacrifice d’Isaac.

Je me souviens encore de toute la peur qui me fit tressaillir, de l’angoisse qui envahit mon cœur et de la frayeur immense qui remplit mon esprit. Plus mon père racontait, plus j’ignorais pour lequel des deux individus je devais m’émouvoir, pour Abraham qui offrait son fils à Dieu ou pour Isaac qui serait égorgé comme un mouton, à quoi devais-je goûter, à l’offrande du père à Dieu ou le sacrifice du fils à Dieu.

J’écoutais : mes idées s’entremêlaient déconcertées et déroutées de ce même bon Dieu que je priais tous les soirs, à genoux, en joignant les mains pour lui demander de m’assurer ce que je n’avais pas.

Je retins mon souffle jusqu’à la fin, jusqu’au dernier moment, où mon père fit intervenir dans son histoire les anges envoyés par Dieu. Ils arrêtèrent le bras d’Abraham, jetèrent à terre le couteau déjà prêt à immoler Isaac et sauvèrent Isaac.

Conscient de mon effroi, papa se voulait rassurant, me jurant la présence des anges, les envoyés de Dieu et leur arrivée à temps. « Ne t’inquiète jamais ma fille, me dit-il, les anges, envoyés de Dieu, arrivent toujours à temps pour te ramener à Lui, mais toi, il faudrait que tu sois toujours prête, disposée à les recevoir. »

Prête à quoi au juste ? « Prête à embarquer dans cette magnifique histoire d’Amour, d’obéissance par Amour et de sacrifice par Amour, à Dieu, le Père, ma petite. »

Je n’osais pas regarder mon père, je ne voulais pas être la victime désignée pour être sacrifiée, je voulais juste rester sur ses genoux, blottie dans ses bras. Je ne comprenais pas comment un père pouvait accepter de sacrifier son fils. Mon père m’expliqua alors avec des mots que ma tête d’enfant ne comprenait pas et ne pouvait concevoir que l’obédience d’Abraham traduit une obéissance totale et une soumission sans réserve à la volonté divine, un abandon immodéré à la volonté de Dieu. Abraham avait un lien unique avec Dieu. Pour Dieu il a pu se détacher de son fils unique, le don de Dieu pour choisir de donner à Dieu. Abraham avait une confiance infinie en Dieu. Il comprit que pour accueillir Dieu qui donne il faudrait accepter de mourir ou de perdre ce qu’il nous a donné.

Il faut, ma petite, accueillir Dieu dans ton cœur en toute liberté pour ce qu’Il est et non pour ce qu’Il te donne. Dieu continuera à te donner par la voix des anges qui viendraient à toi pour te relever pour autant que tu leur ouvres ton cœur et ton esprit. Le sacrifice, ce n’est pas toi, c’est Dieu qui est en toi. Il ne plaira pas à Dieu de te voir basculer dans des dévotions et des adorations, des effusions et des missions qui t’apporteraient souffrances et mortifications. Il ne Lui conviendrait pas de voir sa fille se noyer dans des abnégations et des vénérations insensées et effrénées pour mériter sa bonté divine et sa clémence céleste.

Parce qu’Il est en toi, tu vivras alors pleinement, tu rêveras sûrement, tu préserveras ton intégrité absolument, tu jouiras de liberté complètement en ayant Dieu avec toi.

Et parce que Dieu est avec toi, tu aimeras ton prochain tel que toi-même, tu lui donneras comme tu donnerais à toi-même, tu l’accepteras comme tu t’accepterais toi-même, tu le respecteras dans sa différence tel que tu te respecterais toi-même, tu lui pardonneras comme tu pardonnerais à toi-même, dans un altruisme outré, un dévouement incommensurable et un bonheur parfait.

Tu obéiras à Dieu avec respect et déférence, tu t’abandonneras à Lui. Tu seras alors heureuse vraiment, car Dieu sera en toi, par toi Dieu fera des sacrifices et toi tu te sacrifieras à Lui pour remplir la mission qu’Il t’a assignée, celle d’Aimer.

Et, lorsque tu seras fatiguée, épuisée ou perdue, dans son Amour immense, Il t’enverra les anges qui te porteront vers lui. Il te prendra alors dans ses bras pour te ramener à lui et te bercer !

Papa me mit dans mon lit. Je joignis les mains et fit ma prière : mon Dieu, s’il te plaît, aide-moi à t’obéir inconditionnellement pour que je puisse être par Toi et avec Toi le sacrifice et le sacrifié.

Papa me borda et m’embrassa, il éteignit les lumières et doucement ferma la porte derrière lui.

Bonne fête de l’Adha à nous tous.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Je devais avoir sept ou huit ans lorsque assise sur les genoux de mon père, il me conta l’histoire de l’obéissance d’Abraham à Dieu, de l’offrande de son fils et du sacrifice d’Isaac. Je me souviens encore de toute la peur qui me fit tressaillir, de l’angoisse qui envahit mon cœur et de la frayeur immense qui remplit mon esprit. Plus mon père racontait, plus j’ignorais pour lequel des deux individus je devais m’émouvoir, pour Abraham qui offrait son fils à Dieu ou pour Isaac qui serait égorgé comme un mouton, à quoi devais-je goûter, à l’offrande du père à Dieu ou le sacrifice du fils à Dieu. J’écoutais : mes idées s’entremêlaient déconcertées et déroutées de ce même bon Dieu que je priais tous les soirs, à genoux, en joignant les mains pour lui demander de m’assurer ce que je...
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