« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. » (proverbe)
J’ai toujours pris cette sentence pour acquise, sans vraiment me pencher dessus, la soupeser ou la visualiser. Je l’entendais, comme une ritournelle, depuis petit, à chaque fois qu’on devait brimer ma liberté ou celle des autres.
Pourquoi et comment ma liberté doit-elle s’arrêter là où commence celle de l’autre ? Existe-t-il des frontières entre les libertés ? Les libertés sont-elles des propriétés strictement privées, délimitées, dont on ne peut « sortir » sans empiéter sur le terrain de l’autre ? Sont-elles, par conséquent, des prisons aux clôtures invisibles ?
Ne puis-je pas cheminer, librement, dans un espace public sans craindre de marcher sur les plates-bandes de quelqu’un ? Existe-t-il une sorte de « marquage de territoire », comme dans le règne animal ?
Et si ma liberté, comme dit le dicton, « s’arrête » à une certaine limite, que dois-je faire ? Du surplace ou rebrousser chemin ? Et si je choisis de m’arrêter à la limite, dois-je passer le flambeau de la liberté à cet « autre » qui cheminera avec pour le passer à son tour à un autre une fois sa limite atteinte, et ainsi de suite ? Et qui nous dit que la liberté est linéaire ? Ou unidimensionnelle ?
Qu’est-ce à dire, « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » ? Est-ce à dire que ma liberté prend fin dès que l’autre « commence » à être libre ? Qu’il n’était pas libre avant? Qu’il m’a fallu lui passer la main? Que je ne suis plus libre après ?
Les libertés doivent-elles nécessairement se rencontrer ? Se confronter? Entrer en collision ? Empiéter les unes sur les autres ? Ne peuvent-elles pas rouler en parallèle ? Comme les automobiles sur une autoroute à plusieurs voies ?
Si j’exerce ma liberté de penser, ou de chanter, ou d’écrire, ou de dessiner, pourquoi faut-il que cet exercice soit circonscrit dans des limites spatiales ? En quoi mon prochain peut-il être dérangé ou se sentir envahi si je pense, ou je chante, ou je danse dans mon « univers parallèle », dans mon monde à moi, tant que je ne lui cause aucune nuisance, ni sonore, ni visuelle, ni olfactive, nos univers étant distants et disjoints ? À lui son monde, à moi le mien ; à lui ses goûts, à moi les miens ; à lui ses valeurs, à moi les miennes ; à lui ses limites, s’il le veut, et à moi mes illimitations, qui ne sauraient lui créer la moindre entrave, puisque chacun évolue dans son univers. Il n’a pas à venir coller son oreille à ma « porte » pour entendre ce que je dis et s’en offusquer, ni moi de mon côté.
Rien ne devrait arrêter ma liberté car devant moi, il n’y a pas les autres : il y a ma liberté. Les autres sont à côté, dans leur voie de circulation, dans leur direction, vers leur destination. À chacun sa dimension. À chacun son univers, son royaume ou son enfer !
Ma liberté ne finit pas au seuil de celle d’autrui, tout comme la liberté d’autrui ne commence pas à la fin de la mienne. Aucune liberté ne devrait marquer le début ou la fin d’une autre. Ce ne sont pas des bouts à joindre. Ce n’est pas une course de relais. Ce n’est pas une exploitation agricole. À toi ton enclos, à moi le mien. Tu t’arrêtes là où ma propriété commence.
C’est un tout autre schème, un tout autre paradigme. C’est un « multivers », qui n’a ni limites ni frontières, qui se situe en dehors de l’espace-temps.
Laissez-moi nager, voyager, voltiger dans ma « galaxie ». Jouer ma musique, dessiner mes formes, chanter, rêver, danser, tournoyer, farandoler avec mes anges ou mes démons ! Et si je me perds dans le vide, c’est ma perdition, pas la vôtre ! Vous, vous ne risquez rien. Et je ne vous ai pas demandé de me rejoindre !
Mais laissez ceux qui aiment mon spectacle astral emprunter ma Voie lactée ! Elle ne peut croiser la vôtre ! C’est une voie alternative !
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LA LIBERTE DES UNS, LIBERTE D,EXPRESSION FUSSE-T-ELLE, S,ARRETE LA OU COMMENCENT LES DROITS, LA DIGNITE ET LA LIBERTE DES AUTRES.
12 h 48, le 07 août 2019